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PAR AUTEUR

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On ne peut pas aller très loin avec une seule spécialité.

Vincent Bezault / Le Délit


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Les savoirs comme un «tout»

Notre éducation (en contexte) >

Les programmes universitaires devraient miser davantage sur l’interdisciplinarité

Amélie Lemieux

Le Délit


Je vous invite, l’espace d’un instant, dans l’imaginaire de l’étudiante caméléon que je suis. Je dis étudiante caméléon, car mes intérêts sont loin d’être limités à une seule discipline: l’histoire de l’art m’intéresse pour sa part interprétative, la sociologie percute mon sens des statistiques, l’éducation me donne espoir, la littérature nourrit mes rêves et la traduction me ramène sur Terre. J’envisage de peine et de misère l’autonomie absolue de chacune de ces disciplines. Je trouve qu’une mineure et une majeure n’étanchent pas non plus ma soif de savoir; du moins, pas selon ma conception utopique du premier cycle d’université.

Peut-être ne suis-je pas la seule à être de cet avis, mais je me lance: la multidisciplinarité devrait occuper une plus grande place en milieu universitaire.

J’ose donc imaginer un type différent de formation à l’université: un baccalauréat au cours duquel l’étudiant développerait sa connaissance d’un maximum de domaines. Il suffirait de 120 crédits pour satisfaire les différents types d’intelligence de cet étudiant. Ainsi, à la fin de quatre ans d’université, il aurait acquis à des connaissances personnelles en matière d’éducation, de médecine, de sciences politiques, de littérature anglaise, de traduction, de sciences sociales et de communication, par exemple. Bref, cet apprentissage lui lèguerait une banque de principes qui ne limiteraient pas les horizons de cet humain en quête de savoir.

Je ne songe pas au concept de cette formation multidisciplinaire uniquement par soif de savoir: il m’arrive aussi de douter de l’efficacité d’une formation centralisée et hyperspécialisée quant à son incidence sur l’épanouissement de l’être humain. Ce scepticisme surgit lorsque, entre autres, je vois certains spécialistes de la santé se montrer trop arbitraires dans leurs jugements. Il ne faut pas nécessairement se laisser surprendre par cette situation: comme je l’ai mentionné, leurs décisions relèvent de la formation très spécialisée qu’ils ont reçue. Certes, nous avons besoin de spécialistes, mais il reste à voir s’ils répondent convenablement à leurs responsabilités civiles, éthiques, écologiques et citoyennes. Vous conviendrez que ces compétences ne sont pas énumérées dans un livre de biologie moléculaire.

À l’heure actuelle, bon nombre d’apprentis médecins, généticiens, biologistes devraient approfondir leurs connaissances en termes d’enjeux éthiques, philosophiques et sociaux. Pour en témoigner, je suis tombée cette semaine sur l’entrevue d’un professeur de biochimie à Paris VI, Gilbert Béréziat, qui a curieusement donné raison à ma conception multilatérale de l’éducation: «Il faudrait développer la pluridisciplinarité. Je ne comprends pas qu’aujourd’hui un étudiant en sciences n’ait plus aucun cours de littérature, et inversement. Je propose que pour les trois premières années, on crée des universités où toutes les disciplines soient représentées, afin de permettre aux étudiants de les suivre aisément», a-t-il dit lors de son entretien avec France-Soir. La littérature elle-même n’est pas à isoler: elle est indissociable de son contexte historique, sociopolitique, éthique, et j’en passe.

Pour illustrer mon propos selon lequel une éducation complète serait nécessaire, je vous renvoie à l’exemple de l’ingénieur, de l’architecte ou du contacteur: comment peuvent-ils penser implanter arbitrairement un système hydroélectrique sur un territoire nordique sans d’abord connaître les enjeux éthiques et historiques de la population qui l’habite? Vous pouvez aussi bien prendre un laissez- passer double pour: «Conflits d’intérêt – le spectacle».

Il faut que vous sachiez que les théories relatives à mon utopie ne datent pas d’hier. Abdelkrim Hasni, professeur en didactique des sciences à l’Université de Sherbrooke, en retrace les débuts: «Au Québec, la question de l’interdisciplinarité dans l’enseignement est à l’ordre du jour depuis les années 1980», alors que le Conseil supérieur de l’éducation a publié un rapport qui recommandait que «chaque élève arrive à mieux comprendre les liens qui existent entre tous les apprentissages qu’il réalise». À mon avis, cette approche éducative a tout pour perdurer et, avec un peu de volonté, on saura peutêtre mettre sur pied une faculté autonome, celle du savoir.

Tout compte fait, j’en reviens à cette question: les thèses à nature holistique ont-elles leur place au sein des études de premier cycle à l’université? Maintenant que vous m’avez lue, la réponse s’avère évidente. Seulement, il faut voir si le projet éducatif de l’université va de pair avec cet objectif; ensuite, il faut s’assurer que les méthodes utilisées pour atteindre cet objectif sont convenables.

Loin de moi l’idée de lancer des idées complètement folles et sans fondement, mais, malgré ma conviction de la nécessité d’une éducation universelle, j’ai la forte impression que mon plan souhaité restera une utopie. J’aurai beau militer avec ma pancarte «Hors de ma vue, curriculums trop bornés!», je suis consciente que ce projet aura de la difficulté à prendre vie, à moins d’un miracle de l’Immaculée Conception qui, elle, aurait foi en la multidisciplinarité menée à son paroxysme.



Commentaires

Commentaire de bereziat
Le 1 décembre 2009 à 4:22

Vous avez raison, c’est pourquoi j’ai créé en 2005 à l’UPMC en coopération avec Sciences Po et l’université Paris Sorbonne les doubles cursus de licence. Mais le problème est plus profond et remonte à l’enseignement secondaire. Une mesure simple serait de supprimer les coefficients et de rééquilibrer le poids des humanités par rapport au reste. Mais il y a un obstacle fort : les concours à la françaises. Il faut vraiment les remplacer par des processus sélectifs plus intelligents.
C’est pourquoi aussi le rapprochement entre l’UPMC, Paris Sorbonne et Panthéon Assas est une très bonne nouvelle!
Gilbert Béréziat

Commentaire de Amélie Lemieux
Le 1 décembre 2009 à 23:39

Merci pour ces belles paroles, M. Béréziat. D’emblée, je suis curieuse de savoir comment vous avez réussi à trouver mon article! Il faut croire qu’internet fait bel et bien des miracles. Ici, au Québec, la démarche a été adoptée plutôt tardivement. Le CEGEP où j’ai poursuivi mes études pré-universitaires (le Collège International des Marcellines)m’a offert la possibilité de suivre un an de cours en sciences et un an de cours en arts. J’ai terminé mon DEC honorifique d’Arts et Sciences en deux ans, avec tous les crédits nécessaires pour mon admission à McGill. Encore aujourd’hui, je crois que cette Institution qui mise sur l’interdisciplinarité m’a formée en tant qu’être en quête de savoir, et j’insiste ici sur le mot « être ».
Merci encore pour ces mots encourageants qui me font croire que les dires de ma chronique ne resteront pas dans l’utopie.

Amélie Lemieux

Commentaire de traduction sherbrooke
Le 21 décembre 2009 à 9:35

Ce n’est pas façile de choisir une carrière, et ce n’est pas façile de
changer une fois le choix fait!

Commentaire de Karl
Le 6 janvier 2010 à 10:12

Bel article! Je crois que nous devrions avoir le choix de faire seulement une discipline ou plusieurs à la fois. L’instruction est quelque chose de précieux.

Commentaire de Patrick
Le 8 janvier 2010 à 8:38

Nous savons tous que maintenant, plus tu as d’instruction, plus tu as de chances de trouver un bon emploi donc pour moi, plus de discipline est la clé!

Commentaire de Amélie Lemieux
Le 10 janvier 2010 à 0:06

Bonjour à tous,
Je vous remercie de vos commentaires.
À mes yeux (et sûrement ne suis-je pas la seule à penser de la sorte), le choix de carrière dépend de la personnalité de l’individu. Certaines carrières touchent heureusement à plusieurs domaines et, donc, permettent aux individus qui le désirent de s’épanouir dans une multiplicité de domaines (je pense, entre autres, à l’enseignement : pédagogie, éducation, matière enseignée, sociologie des genres…). L’éducation n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Ensuite, je trouve que l’instruction devrait être effectuée à l’intérieur et à l’extérieur du curriculum : on fait ce que l’on peut au sein le système dans lequel nous nous développons en tant qu’êtres, mais ce n’est pas suffisant. La culture générale ne s’apprend pas seulement avec un livre d’histoire ou la visite annuelle d’un musée.

En ce qui a trait à la discipline, je suis en partie d’accord avec le point que tu as soulevé Patrick. Là encore, elle n’est pas suffisante : l’intérêt de l’étudiant pour la mtière étudiée joue pour beaucoup.

Merci de vos commentaires

Amélie Lemieux

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