Archives des Actualités - Le Délit https://www.delitfrancais.com/category/actualites/ Le seul journal francophone de l'Université McGill Thu, 27 Mar 2025 15:48:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 Quand l’armement américain ne fait plus l’unanimité https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/quand-larmement-americain-ne-fait-plus-lunanimite/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57865 Washington inquiète ses alliés par son imprévisibilité.

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L es dernières semaines ont vu plusieurs alliés traditionnels des États-Unis remettre en question certains de leurs contrats d’armement avec le complexe militaro-industriel américain. En première ligne : le F‑35, l’avion de chasse de 5e génération ultra-connecté, mais aussi les sous-marins de type Virginia. Ces revirements soulèvent des questions sur une éventuelle perte d’attractivité de l’armement américain. L’incertitude liée à l’administration Trump suscite en effet crainte et méfiance chez les alliés traditionnels des États-Unis, notamment en matière de défense.

Au milieu d’une crise diplomatique et politique sans précédent entre les États-Unis et le Canada, le nouveau premier ministre canadien, Mark Carney, a ordonné le 15 mars dernier la réévaluation du contrat de 19 milliards de dollars conclu avec l’entreprise américaine Lockheed Martin pour l’acquisition des avions de combat F‑35. Cette décision s’inscrit notamment autour d’un litige avec le constructeur américain, qui refuse de donner l’accès au « code source » de l’aéronef. Une telle restriction empêche le Canada de disposer d’un contrôle total sur l’appareil, alimentant les craintes que Lockheed Martin et les États-Unis puissent en conserver un contrôle à distance, une dépendance technologique critique que l’industriel et le Pentagone ont toutefois démentie.

Des alliés sur la réserve

Mark R. Brawley, professeur à l’Université McGill au département des sciences politiques, rappelle que le F‑35 est au cœur de vifs débats à l’international : « Le F‑35 est compliqué, principalement parce qu’il a été conçu par et pour les Américains ; il ne correspond pas forcément aux besoins canadiens.(tdlr) »

Lorsqu’on lui demande ce que doit être capable de faire un avion de chasse moderne, il précise : « Il doit être capable de combattre de potentiels ennemis, comme la Chine, la Russie ou leurs pays relais. Dans ce domaine, le F‑35 excelle. Il y a peu d’alternatives. » Ces propos mettent en lumière le dilemme auquel sont confrontés les élus canadiens : aller au bout de ce contrat malgré toutes les incertitudes ou se tourner vers l’une des rares alternatives, au risque d’aggraver davantage la situation. Il est important de rappeler que le Canada collabore étroitement avec les États-Unis depuis plusieurs décennies sur les questions de défense (système de communication, formation, armement…) Un éventuel divorce diminuerait considérablement la force de projection du Canada à l’étranger, en plus d’affaiblir très largement sa défense.

« L’administration Trump se tire une balle dans le pied, au moment même où l’industrie américaine devrait dominer le marché »

Mark R. Brawley, professeur de sciences politiques

Un cas similaire s’est produit récemment au Portugal, où le gouvernement a décidé de ne plus se tourner vers le F‑35 pour remplacer sa flotte vieillissante de F‑16, par crainte que les États-Unis ne se montrent pas un allié aussi fiable qu’auparavant, a expliqué le ministre portugais de la Défense sortant, Nuno Melo. Ce dernier estime que la « prévisibilité » doit être un facteur essentiel lors d’un tel choix. Ce climat de doute a très certainement été renforcé après avoir observé la pression américaine exercée sur l’Ukraine, avec notamment l’interruption de l’aide promise. Une situation qui nourrit la crainte que le F‑35 soit confronté à de telles restrictions en termes de pièces de rechange ou de mise à jour logicielle si la coopération avec les Américains devait être interrompue.

De l’autre côté du globe, l’Australie connaît l’émergence d’une vague de critiques dans le cadre de l’accord AUKUS, qui prévoit l’achat de sous-marins américains et britanniques. D’anciens membres du gouvernement et de l’armée remettent désormais en question ce partenariat : coûts trop élevés, délais jugés déraisonnables et surtout des doutes sur la pertinence de ces sous-marins dans les eaux australiennes. Le professeur Brawley explique : « C’est un peu comme ce que j’avais dit vis-à-vis des F‑35 : ces sous-marins sont conçus initialement pour répondre aux besoins américains. »

L’Europe face à une opportunité stratégique historique

Face à ces remises en question, une question s’impose : assistons-nous à un déclin de l’influence du complexe militaro-industriel américain? « Absolument, oui », affirme le professeur Brawley. Il estime que l’administration Trump agit à contre-courant de ce que devrait faire une puissance militaire dominante : « L’administration Trump se tire une balle dans le pied, au moment même où l’industrie américaine devrait dominer le marché. Le matériel américain a pourtant largement fait ses preuves sur le terrain, notamment en Ukraine, en démontrant sa nette supériorité face à l’équipement soviétique. Ce conflit aurait dû lui servir de très bonne publicité. »

« Un éventuel divorce diminuerait considérablement la force de projection du Canada à l’étranger, en plus d’affaiblir très largement sa défense »

Mais à force de multiplier les tensions avec ses alliés, à travers ses politiques tarifaires et sa diplomatie, l’administration américaine ouvre la voie à d’autres fournisseurs rivaux : « Si les pays n’estiment pas pouvoir faire confiance aux États-Unis pour assurer l’approvisionnement de cet équipement, alors ils vont se tourner vers le peu d’alternatives de qualité similaire, et l’Europe est un candidat crédible. » Cette situation remet également en question la logique de dépendance technologique, et plus largement les choix en matière de défense, en ouvrant la voie à la promotion d’un modèle européen plus autosuffisant. Bien que dominant sur le marché, le géant américain perd progressivement du terrain, à cause de facteurs politiques et techniques, décourageant certaines nations à faire recours à leur service afin de se procurer leur matériel militaire.

Brawley ajoute : « Cela crée des opportunités pour les Européens, qui peuvent s’imposer sur des marchés où les acheteurs tournent le dos aux produits américains. Les industries françaises et allemandes risquent d’en bénéficier. »

L’Europe, qui revendique une volonté d’autonomie stratégique depuis plusieurs années, voit donc s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. Si elle parvient à se coordonner et à proposer une offre crédible, elle pourrait profiter du recul de l’attractivité américaine pour renforcer sa propre base industrielle de défense et retrouver une place de choix sur la scène internationale. Plus qu’une remise en cause des seuls contrats, c’est une redéfinition profonde des alliances et de l’ordre mondial qui semble s’esquisser.

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« Le néolibéralisme est un échec » https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/le-neoliberalisme-est-un-echec/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57886 Conférence avec Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie.

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Le mercredi 12 mars, à l’hôtel InterContinental de Montréal, se tenait une conférence autour de Joseph Stiglitz, récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2001 et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il est maintenant professeur à Columbia. L’économiste Christopher Ragan s’est entretenu avec lui pour discuter de son nouveau livre intitulé Les routes de la liberté (The Road to Freedom : Economics and the Good Society). Durant cet événement organisé par McGill, Stiglitz a pu réitérer ses thèses majeures et plus récentes, en relief avec l’actualité politique nord-américaine.

L’échec du néolibéralisme

L’auteur de La grande désillusion (Globalization and its Discontents) a d’abord exprimé sa farouche opposition au capitalisme néolibéral, qu’il définit comme « le retrait de toutes les régulations économiques et environnementales de l’État, et la libéralisation totale du commerce et de la finance (tldr) ». Notamment promu par des économistes tels que Milton Friedman ou Friedrich Hayek, cet ensemble de directives économiques vise à « rendre l’économie prospère » via « l’effet de ruissellement », grâce auquel l’accroissement des grandes richesses permises par la libéralisation finirait par bénéficier à l’ensemble de la société.

Cette politique, implantée dans la majorité des pays du monde depuis les années 1980, est largement un échec, selon Stiglitz. Prenant l’exemple des États-Unis, pionniers de la doctrine, il explique : « L’accroissement majeur des inégalités de revenu, la crise financière de 2008 et le manque de couverture médicale prouvent que les marchés ne sont pas la solution à tout ». Sur ce dernier exemple, il développe : « 20% du PIB américain correspond à des dépenses de santé. C’est quatre fois plus par habitant que Singapour, mais nous figurons parmi les derniers sur de nombreux indicateurs de santé parmi les pays développés.»

Une question d’idéologie

Comment expliquer, dans ce contexte, que les politiques économiques néolibérales restent en vigueur aujourd’hui? D’après Stiglitz, l’une des raisons principales est idéologique. L’économiste estime que les défenseurs du néolibéralisme ont mal interprété la notion de liberté : « Le terme “libéralisme” est dérivé de “liberté” […] cependant, la liberté que crée le néolibéralisme est d’abord celle d’exploiter les individus. » Il ajoute que « de manière générale, la liberté des uns peut être la non-liberté des autres. […] Par exemple, la liberté de polluer pour une entreprise restreint celle d’un asthmatique à vivre. […] Les néolibéraux agissent, à tort, comme si la liberté était un absolu, alors qu’il s’agit d’un compromis ».

Sur la question des inégalités, il explique : « D’un point de vue économique, la liberté consiste en l’ensemble des possibilités d’un individu. Si vous n’avez aucune opportunité, comme cela arrive dans nos sociétés inégalitaires, vous n’êtes pas libre. […] C’est aux politiques publiques d’offrir des opportunités à tous, au moyen de l’éducation publique et des soins de santé. » Ces politiques devraient être collectivement déterminées, selon lui, comme si « nous étions ignorants de toutes nos conditions de vie, d’où nous sommes placés dans la société. Si c’était le cas, nous serions tous en faveur de cette action publique, même si elle nécessite des taxes ».

Dans l’ère de Trump et de Musk

Comment raisonner à l’ère Trump-Musk, alors que les partisans de ces derniers érigent régulièrement la liberté, plus particulièrement notamment la liberté d’expression, comme un absolu justifiant leurs propos et positions? L’ancien prix Nobel étend alors son raisonnement : « La même logique de compromis s’applique ici. La dérégulation de la pluralité des médias dans les années 70, par exemple, a en réalité partiellement limité la parole publique aux opinions de leurs propriétaires. » En fin de conférence, nous avons pu l’interroger sur le rachat de Twitter (devenu X) par Elon Musk : « L’objectif plus large de Musk est la destruction totale de l’État pour prévenir toute entrave à ses opérations. Son influence majeure sur l’administration et l’opinion publique montre la nécessité de freiner l’enrichissement excessif, car il mène inévitablement à une influence politique démesurée. » Malgré la mise en place progressive de ce projet, les voix comme celles de Joseph Stiglitz proposent une vision du monde différente, et demeurent un contre-pouvoir important face à l’influence du milliardaire américain.

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La sélection d’actus du Délit https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/la-selection-dactus-du-delit-11/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57892 Baie d'Hudson, projet de loi 89, et campagne électorale fédérale.

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LIQUIDATION DE LA BAIE D’HUDSON : LA FIN D’UNE ÉPOQUE ?

Le vendredi 14 mars dernier, la Baie d’Hudson, la plus importante chaîne de magasins grande surface au Canada, a annoncé la liquidation de l’ensemble de ses actifs. Elle est confrontée à d’importantes difficultés au cours des dernières années, notamment une baisse générale des ventes, aggravée par la pandémie. L’entreprise est lourdement endettée auprès de nombreux créanciers, incluant fournisseurs et propriétaires immobiliers. La compagnie a pris la décision de passer en liquidation alors qu’elle risquait de ne plus être capable de payer ses 9 364 employés, qui à leur tour, se retrouvent aujourd’hui dans une situation très précaire.

Le vendredi 21, l’entreprise a reçu l’approbation de la Cour supérieure de l’Ontario pour passer à la phase active de liquidation. Ils ont donc pu lancer cette dernière le lundi 24 mars. Cependant, La Baie semble rester relativement confiante en sa capacité à pouvoir survivre au sein du paysage commercial canadien. En effet, la compagnie a annoncé vouloir sauver six de ses 80 magasins, dont trois au Québec, incluant celui du centre-ville de Montréal. Ce rebond d’optimisme est en partie dû à une recrudescence de l’engouement des consommateurs. Après l’annonce initiale de liquidation, ces derniers se sont rués en masse sur les produits à rayures emblématiques de La Baie, de peur de ne plus jamais pouvoir mettre la main sur ces derniers.

À l’intérieur du magasin du centre-ville, l’ambiance reste positive : malgré les visages ternes de certains employés, la majorité reste souriante. Bien que les panneaux « liquidation » soient omniprésents, accompagnés de quelques portants vestimentaires abandonnés, le magasin est toujours dynamique, de nombreux clients arpentant ses couloirs. Reste à voir si la stratégie de dernière minute des dirigeants parviendra à sauver ce magasin, ainsi que les cinq autres « heureux élus ». Pour les autres, la liquidation s’étendra jusqu’au 15 juin, après quoi ils disparaîtront définitivement.

PROJET DE LOI 89 ET RÉSISTANCE SYNDICALE : LE GOUVERNEMENT JETTE-T-IL DE L’HUILE SUR LE FEU ?

En février dernier, le gouvernement du Québec a annoncé un nouveau projet de loi, numéro 89, sobrement intitulé « Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out ». Rédigé par le ministre du Travail Jean Boulet, le projet de loi semble à première vue mettre les intérêts des Québécois au premier plan. Il permettrait au gouvernement d’intervenir directement pour mettre fin aux conflits de travail entre patrons et employés, notamment en cas de grève dans des industries qui impactent la société québécoise dans son ensemble. Par exemple, les grèves dans le milieu de la construction ont souvent un impact très négatif sur l’économie, et le gouvernement juge donc nécessaire d’intervenir dans certains cas pour protéger la société. Le projet de loi est soutenu par de nombreux grands patrons dans plusieurs secteurs clés de l’économie québécoise.

Ce nouveau projet de loi fait cependant face à une résistance féroce des syndicats québécois. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) a exprimé son scepticisme dans une lettre cosignée par les quatre centrales syndicales ainsi que cinq autres organisations syndicales. Caroline Senneville, présidente de la CSN, décrit le projet comme une « manœuvre explosive. » Elle explique que « non seulement [le] projet de loi vient brimer les travailleuses et les travailleurs dans leur droit de négocier et d’améliorer leurs conditions de travail, mais il vient en prime déstabiliser le fragile, mais important équilibre qui existait depuis l’adoption, en 1977, des dispositions anti-briseurs de grève prévues au Code du travail. »

Le mardi 18 mars dernier, une importante manifestation a été organisée en plein centre-ville, en face du portail Roddick de McGill (photographie). La CSN était présente, avec plusieurs autres syndicats. La circulation sur la portion adjacente de la rue Sherbrooke a dû être interrompue par les forces de l’ordre, présentes en nombre pour encadrer la manifestation.

Stu Doré | Le Délit

ÉLECTIONS FÉDÉRALES 2025 : UN DUEL POILIEVRE-CARNEY SOUS L’OMBRE DE TRUMP

C’est officiel, le Canada est maintenant en période de campagne électorale fédérale. Ce dimanche 23 mars, la gouverneure générale Mary Simon a accepté de dissoudre le Parlement à la demande du premier ministre Mark Carney. Le premier scrutin aura lieu le 28 avril, et pour l’instant, les résultats restent imprévisibles. Bien que le Parti libéral du Canada soit radicalement remonté dans les sondages depuis l’arrivée du nouveau chef, la course reste très serrée avec le Parti conservateur. Selon un sondage récent, les libéraux reçoivent un appui de 42%, contre 39% d’intentions de vote pour le parti de Pierre Poilievre. Cependant, les résultats dans les différents sondages d’opinion ont tellement fluctué ces derniers mois qu’il est impossible de faire une prévision fiable.

Eileen Davidson | Le Délit

Nous pouvons toutefois déterminer quels seront les enjeux les plus importants de cette campagne. Indéniablement, le débat phare gravitera autour des États-Unis de Donald Trump : la guerre commerciale qu’il a engagée avec nombre de ses partenaires internationaux est au centre de l’attention, et risque de desservir Pierre Poilievre, considéré comme aligné avec Trump sur plusieurs enjeux. Lors du lancement de sa campagne à Gatineau, le chef des conservateurs a néanmoins déclaré qu’il tiendrait tête à Trump et qu’il placerait les intérêts des Canadiens au cœur de son mandat.

Les partis restants naviguent au sein de ce duel majeur entre libéraux et conservateurs. Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique, a par exemple déclaré vouloir favoriser les intérêts des travailleurs et a critiqué à la fois Mark Carney et Pierre Poilievre pour leurs politiques, estimant qu’elles favorisent les ultra-riches.

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L’Université Columbia rend les armes https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/luniversite-columbia-rend-les-armes/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57889 Une ingérence politique inédite de l’administration Trump.

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Le vendredi 21 mars, l’Université Columbia à New York a annoncé son intention d’appliquer une série de mesures exigées par l’administration de Donald Trump. Cette décision intervient dans l’espoir de récupérer les 400 millions de dollars de fonds fédéraux que le gouvernement avait suspendus, accusant l’établissement de tolérer l’antisionisme et l’antisémitisme sur son campus.

Dans une lettre adressée au gouvernement américain, Columbia s’est engagée à revoir en profondeur sa gestion des manifestations étudiantes, à adopter une définition stricte de l’antisémitisme et à réformer plusieurs départements académiques, notamment ceux consacrés au Moyen-Orient, à l’Afrique et à l’Asie du Sud.

Depuis plusieurs semaines, Columbia tente de concilier les pressions gouvernementales avec la mobilisation persistante de ses étudiants, qui manifestent pour la liberté d’expression et la cause propalestinienne. La décision du 21 mars marque un tournant majeur, susceptible d’avoir des répercussions sur d’autres universités américaines confrontées aux mêmes tensions sous la gouvernance de Trump.

Le corps étudiant en colère

Depuis le début du mois de mars, des manifestations agitent le campus de Columbia et les rues de New York. Celles-ci s’attaquent aux mesures imposées par Trump, mais aussi à la réaction jugée trop conciliante de l’université. La semaine dernière déjà, pour apaiser la pression fédérale, Columbia avait pris la décision de sanctionner les étudiants impliqués dans le campement propalestinien de l’été 2024. Certains risquent l’expulsion ou la perte de leurs diplômes, tandis que d’autres font déjà face à des poursuites judiciaires.

« Il suffit de prendre la parole ou de participer à une manifestation où on se ferait prendre en photo pour risquer le renvoi ou la déportation »
Camille, étudiante à Columbia

L’affaire a pris une tournure dramatique début mars avec l’arrestation par la police fédérale de l’immigration (ICE) de Mahmoud Khalil, un Palestinien diplômé de Columbia et figure du mouvement étudiant. Son interpellation, qui pourrait conduire à son expulsion du pays, a provoqué une vague d’indignation dans le monde universitaire. À l’heure actuelle, Khalil est toujours détenu en Louisiane, bien qu’il possède les documents nécessaires pour justifier sa présence légale aux États-Unis.

Camille, étudiante en programme de maîtrise à Columbia, témoigne : « C’est difficile, parce qu’on a envie de prendre la parole pour exprimer notre colère face à la situation – que ce soit les coupes budgétaires ou les arrestations – mais le fait de lever la voix nous expose à beaucoup de dangers. Il suffit de prendre la parole ou de participer à une manifestation où on se ferait prendre en photo pour risquer le renvoi ou la déportation. » Elle ajoute que la situation actuelle sur le campus est très tendue et anxiogène : « C’est vraiment inquiétant, surtout en tant qu’étudiants étrangers, de se dire qu’à tout moment sur le campus ou aux abords on peut se retrouver face à l’ICE ou le DHS [Department of Homeland Security], qu’on peut assister à la déportation de quelqu’un », confie-t-elle.

Un élan de solidarité au-delà des frontières

Au Canada, des universitaires et associations étudiantes ont exprimé leur soutien aux étudiants de Columbia. L’association Étudiants pour l’honneur et la résistance de la Palestine (Students for Palestinian Honour and Resistance, SPHR) de l’Université McGill a publié un message de soutien à Mahmoud Khalil sur Instagram : « Depuis 16 mois, nous avons vu des administrateurs d’universités à travers l’Amérique du Nord collaborer avec la police, les gouvernements fédéraux et les groupes de pression sionistes pour tenter d’étouffer l’Intifada étudiante. […] Les étudiants canadiens ne sont ni inconscients ni immunisés contre la répression de l’État. Nous exigeons la libération de Mahmoud Khalil et le désinvestissement immédiat! (tdlr) »

Alors que les tensions ne faiblissent pas, la situation de Columbia illustre un climat de plus en plus hostile aux mouvements étudiants contestataires aux États-Unis, et pose la question de l’avenir de la liberté d’expression dans les campus américains.

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Conversation avec Deep Saini https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/conversation-avec-deep-saini/ Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57730 Discussion avec une étudiante pour la Francofête 2025.

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L e 12 mars dernier, j’ai participé à une discussion filmée avec le recteur de McGill, Deep Saini, pour promouvoir la Francofête 2025. Curieuse d’en apprendre plus sur l’un des personnages clés de notre Université, j’ai rapidement constaté qu’au-delà de son rôle à McGill, il possède une riche expérience en tant que père, recteur, enseignant et personne immigrante.

C’était important pour moi de trouver un angle de questions qui permettrait à Deep Saini de raconter un peu plus son histoire à la communauté mcgilloise, tout en continuant de se focaliser sur le rôle du français à McGill. Avec l’aide et le soutien du professeur Pascal Brissette, directeur du programme d’études sur le Québec, ainsi que de Stéphan Gervais, coordonnateur scientifique des études québécoises, j’ai préparé une discussion dans le thème de la Francofête 2025. Mes questions ont porté sur le parcours de Deep Saini, ses divers rôles, ainsi que sur sa perception de l’importance de la francophonie, tant sur le plan personnel qu’institutionnel pour McGill. Ce fut une excellente occasion d’en apprendre plus sur un homme qui est l’un des symboles majeurs de notre université.

Un retour sur notre discussion

Depuis le début de son mandat, le recteur fait face à de multiples défis, dont notamment celui de la place de la langue française à McGill. Ayant un solide parcours académique à l’international, Deep Saini a vécu des expatriations enrichissantes aux quatre coins de la planète, que ce soit au Canada, en Australie ou en Inde. Après avoir quitté l’Inde pour faire son doctorat en biologie végétale, il s’installe à Adélaïde, en Australie, où il reviendra, 30 ans plus tard, comme recteur de l’Université de Canberra en 2016. Il arrive au Canada en 1982, d’abord en Alberta, pour un postdoctorat. Il entame alors une série de déménagements à travers plusieurs provinces, occupant divers postes de professeur et, dans certains cas, de recteur, notamment à l’Université de Toronto, Dalhousie, Waterloo et à l’Université de Montréal.

Au bout de quelques heures passées avec le recteur, j’ai été surprise d’apprendre que non seulement il possède une bonne maîtrise de la culture québécoise, qu’il est fier d’avoir intégrée au fil des années, mais qu’il considère aussi que le français a un rôle crucial au sein de l’Université McGill. Que ce soit par son amour pour la chanson Je reviendrai à Montréal de Robert Charlebois, ses connaissances sur Jean Chrétien ou encore son attachement à l’art de l’improvisation francophone, découvert lors de ses premières années à l’Université de Montréal, Deep Saini affiche son amour et son intérêt pour la culture québécoise de multiples façons. J’ai trouvé intéressant d’écouter son récit sur son arrivée au Canada.

Malgré son rôle à la tête d’une institution de renommée internationale comme McGill, Deep Saini s’est montré accessible et ouvert. Au cours de cette discussion, j’ai pu explorer des facettes de notre recteur qui ne sont pas souvent mises en lumière, ainsi que ses liens et son affection pour la culture québécoise et la francophonie.

La vidéo de l’entrevue sera publiée en ligne le 20 mars pour célébrer la Journée internationale de la Francophonie, dans le cadre de la Francofête et de la série Entretien sur les campus. Vous pourrez visionner cette discussion sur les réseaux sociaux de McGill.

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La sélection d’actus du Délit https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/la-selection-dactus-du-delit-10/ Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57755 Restriction de l’initérance dans le métro montréalais, suppression de la taxe carbone et potentiel cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie

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RESTRICTION DE L’ITINÉRANCE DANS LE MÉTRO MONTRÉALAIS

Le jeudi 13 mars, la Société des Transports de Montréal (STM) a annoncé une mesure visant à interdire le « flânage » dans ses stations de métro et leurs entrées. Selon la STM, cette décision vise à « améliorer le sentiment de sécurité, la propreté des stations et à faciliter la fermeture des installations la nuit, tout en maintenant la fluidité du transport ».

Cette décision semble principalement cibler la population itinérante de la ville, qui trouve souvent refuge dans les stations de métro pendant l’hiver. Désormais, les constables spéciaux de la STM auront le pouvoir d’expulser les « flâneurs » sans avoir à fournir d’explications. Cette nouvelle mesure s’accompagne d’une augmentation de la présence policière, effective depuis le 7 février, qui inquiète de nombreux observateurs.

Jade, étudiante de McGill qui fréquente quotidiennement la station Atwater, témoigne qu’il y a « toujours des personnes sans-abri à la station ». Celle-ci est en effet connue comme étant une des stations attirant le plus grand nombre de personnes sans domicile fixe. Elle raconte également avoir vu beaucoup plus de constables spéciaux dans le métro depuis quelque temps. Si elle précise qu’elle « évite de prendre le métro la nuit » et qu’elle « fait attention », elle souligne aussi qu’elle habite à proximité de la station depuis trois ans, sans avoir jamais rencontré de problème avec les sans-abris. « Je ne trouve pas cela justifié de leur demander de partir, alors que c’est encore l’hiver… », confie-t-elle. Un sentiment partagé par plusieurs autres usagers qui jugent cette mesure excessive, tout particulièrement en période hivernale.

La Ville de Montréal a également annoncé qu’elle prolongera jusqu’à la fin avril la période d’ouverture de ses deux haltes-chaleur, Lucien-Saulnier et Saint-Laurent. Bien que les mesures de la STM visent à rendre les transports publics plus sûrs et agréables pour tous les usagers, elles soulèvent des interrogations sur leur impact social. Les mesures, qui seront appliquées jusqu’à la fin avril, remettent en question l’efficacité de la réponse apportée à la crise de l’itinérance à Montréal.

LA FIN DE LA TAXE CARBONE AU CANADA

Eileen Davidson | Le Délit

Le vendredi 14 mars, le jour même de son assermentation en tant que nouveau chef du Parti libéral du Canada et premier ministre du pays, Mark Carney a signé un décret pour supprimer, à compter du 1er avril, la taxe carbone. Cette décision marque sa première action en tant que premier ministre et pourrait avoir un impact considérable sur les Canadiens.

Lors de l’annonce de cette décision, Carney a tenu à rassurer les Canadiens inquiets des conséquences de l’élimination de la taxe : « Cette mesure fera une réelle différence pour ceux en difficulté, tout en faisant partie d’un ensemble de politiques visant à lutter contre le changement climatique, à renforcer la compétitivité de nos entreprises et à soutenir le progrès de notre pays (tdlr). » Il a annoncé que le prix à la pompe allait baisser de façon considérable, et que d’autres initiatives seraient mises en place pour continuer à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre – mentionnant notamment des mesures incitatives pour encourager les Canadiens à adopter des comportements plus écologiques, en particulier en ce qui concerne les consommateurs.

Or, les militants pour l’environnement craignent malgré tout les effets potentiellement néfastes de cette mesure. Selon Eulalie Reesink-Babillon, coordinatrice de la mobilisation au sein de l’organisation environnementale Last Generation à Ottawa, « il faut que Carney comprenne que la crise climatique pose un danger immédiat, et que ses politiques doivent être encore plus radicales que celles de Trudeau. Enlever la taxe carbone crée un précédent dangereux pour Carney ; c’est synonyme de négliger la sécurité des Canadiens ».

Cela fait plusieurs années que le Parti conservateur milite pour l’abolition de la taxe carbone, avec le célèbre slogan « axe the tax » de Pierre Poilievre. Cette taxe avait été introduite par l’ancien premier ministre Justin Trudeau en 2019, dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’encourager les Canadiens à adopter des pratiques plus écologiques. La décision de Carney marque un tournant dans la politique canadienne : entre impact économique et objectifs environnementaux à long terme, seul le futur saura nous révéler l’impact d’une telle décision.

VERS UNE TRÊVE DANS LA GUERRE RUSSO-UKRAINIENNE?

Eileen Davidson | Le Délit

Le mardi 11 mars, l’Ukraine a accepté une projet de cessez-le-feu de 30 jours avec la Russie, sous la pression du président américain Donald Trump, à condition que la Russie y consente également. Le 14 mars, Donald Trump a déclaré sur le réseau social Truth Social : « Nous avons eu de très bonnes et productives conversations avec le président russe Vladimir Poutine, et il y a une très forte probabilité que cette guerre sanglante puisse enfin prendre fin. »

Toutefois, bien que Vladimir Poutine ne s’oppose pas formellement à une trêve, le président russe a exprimé des réserves en soulignant qu’il restait « des nuances » à considérer avant d’accepter. Il a notamment précisé que les prochaines étapes vers un cessez-le-feu dépendraient de la libération de la région frontalière de Koursk, occupée partiellement depuis le mois d’août par l’armée ukrainienne.

Face à cette incertitude, Keir Starmer, le premier ministre britannique, a convoqué un sommet virtuel le 15 mars, réunissant une trentaine de dirigeants alliés de l’Ukraine. Parmi les participants figuraient des représentants de nombreux États européens, de pays membres de l’OTAN et de la Commission européenne.

Au cours de cette rencontre, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de renforcer la pression exercée sur la Russie afin de mettre fin à ce conflit de manière définitive. « La balle est dans le camp de la Russie », a affirmé Keir Starmer, soulignant que la Russie devait «tôt ou tard s’engager dans des négociations sérieuses ». De son côté, Emmanuel Macron, le président français, a ajouté que Vladimir Poutine cherchait à « tout obtenir avant de négocier », précisant que la Russie « ne semblait pas véritablement désireuse de la paix ».

La situation demeure donc complexe, et la fin de la guerre reste incertaine, malgré les appels croissants à la négociation.

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La Francofête 2025 : célébrer le français à McGill https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/la-francofete-2025-celebrer-le-francais-a-mcgill/ Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57757 La Francofête comme espace de dialogue.

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Depuis le 10 mars dernier, McGill voit son campus baigné dans la langue française à travers la Francofête, un événement qui vise à mettre en valeur la francophonie, et qui se clôturera le 21 mars prochain. La Francofête, organisée par un comité organisateur dédié, comprend des activités variées, telles qu’un concours d’écriture, un rallye dans Montréal, un championnat de débat et bien d’autres évènements mettant en valeur la richesse de la cette langue.

Malgré une francophonie décriée comme étant en déclin à Montréal, et plus largement au Québec, ce phénomène risque de s’inverser au cours des prochaines années sur le campus de McGill. L’annonce du 13 octobre 2023 par le gouvernement québécois de doubler les frais de scolarité pour les étudiants détenteurs du statut « Canadien non québécois », dans le but de protéger la langue française, aura des répercussions considérables sur l’écosystème linguistique de l’Université McGill. 80% des étudiants commençant leurs études en automne 2025 devront atteindre un niveau 5 en français (sur un échelle allant jusqu’à 12) avant l’obtention de leur diplôme, et la francophonie au sein de l’université va devoir progresser pour atteindre cet objectif. Une partie importante du corps étudiant avait protesté contre ces mesures par l’organisation de multiples manifestations.

« Dans une université anglophone, le français peut être un puissant vecteur de diversité et d’inclusion en offrant un espace d’expression et de reconnaissance des francophones et francophiles où se côtoient des identités diverses »
Marion Vergues, directrice du Centre d’enseignement du français

C’est dans ce climat de tensions que la Francofête prend tout son sens. Faire usage de festivités pour célébrer la langue française et en faire un vecteur d’unité plutôt que de provoquer des clivages. Mais alors, comment est-ce que le français peut être un vecteur de diversité et d’inclusion dans une université anglophone? Marion Vergues, directrice du Centre d’enseignement du français et membre du comité d’organisation de la Francofête répond : « Dans une université anglophone, le français peut être un puissant vecteur de diversité et d’inclusion en offrant un espace d’expression et de reconnaissance des francophones et francophiles où se côtoient des identités di-verses, à l’image du comité organisateur de la Francofête. Ce modèle d’action partenariale est essentiel pour valoriser le fait français mcgillois dans toute sa diversité. »

Depuis 2004, la Francofête gagne en popularité, initialement victime d’un succès mitigé. La création en 2007 de la Commission des affaires francophones (CAF) a permis de métamorphoser ces festivités, les rendant bien plus attrayantes. Au lieu de la traditionnelle série d’évènements culturels échelonnés sur un mois, la Francofête se tient désormais sur une période réduite, mais plus intense, avec des événements quotidiens. Interrogée sur l’importance de la tenue de ces festivités, Marion Vergues explique : « L’Université McGill est fièrement ancrée dans la pluralité montréalaise et compte nombre de francophones, de francophiles, d’étudiants et d’étudiantes faisant preuve d’une grande curiosité intellectuelle, linguistique et culturelle envers le français. Si la Francofête existe au Québec depuis 1997, elle est présente à McGill depuis 2004, à l’initiative de l’AÉUM. Autant dire combien cette initiative revêt une importance capitale, et tout aussi pertinente dans le contexte actuel. »

En effet, les organisateurs de la Francofête insistent sur l’ouverture de l’événement à tous les profils, de fervents francophones, dont le français est la langue natale, jusqu’aux anglophones et à ceux qui font simplement preuve de curiosité et désirent en apprendre un peu plus sur la francophonie. La Francofête est ainsi un événement inclusif qui se vit à travers la communauté mcgilloise. Manon Gadbois, responsable de l’initiative Vivre McGill en français et coordonnatrice de programmes en français langue seconde, explique que ce sont les étudiants, peu importe leurs milieux et leurs expériences, qui donnent vie à l’événement, « en participant, en animant, en découvrant ce qui se fait ici, en partageant leurs parcours, leurs expériences, et leur amour de la langue. »

La pluralité des événements proposés au cœur de cette édition de la Francofête reflète cette volonté d’explorer chaque facette linguistique du français. Manon Gadbois affirme que « notre diversité, c’est ce qui fait notre force et notre richesse comme université anglophone. Cette diversité est multiple : culturelle, linguistique, de genre, de l’âge et des formats de diffusion de la langue, la littérature, le théâtre, la poésie, entre autres. La langue peut aussi être plurielle avec l’écriture inclusive et neutre, par exemple ».

« Nous avons aussi voulu refléter la diversité de l’université, mais aussi sa rigueur intellectuelle, avec des volets thématiques, à l’image d’un colloque en quelque sorte. Le but pour les années à venir : reprendre ce modèle, cette signature, et offrir encore davantage d’activités »
Manon Gadbois, responsable de l’initiative Vivre McGill en français

Tous les moyens sont bons pour faire rayonner la francophonie, et les organisateurs font souvent preuve d’originalité. C’était le cas pour le rallye de la Francofête (voir photographie), organisé par le Centre d’enseignement du français à travers le centre-ville de Montréal, survenu le 14 mars. A travers différentes activités et défis, l’objectif était de faire découvrir aux participants la ville dont les nombreuses influences internationales font la force, mais qui reste profondément ancrée dans une tradition francophone. Avec pour point de départ le Centre des mémoires montréalaises, et passant du Vieux-Montréal au quartier chinois, le rallye a vu plusieurs équipes de 3–4 personnes étudier des indices liés aux facettes historiques et culturelles de Montréal.

La Francofête 2025 paraît jusqu’ici comme un franc succès. Elle devient un moyen de réconciliation avec le français, au cœur d’une époque marquée par les clivages dus aux mesures gouvernementales visant à sécuriser la langue au détriment de la diversité. McGill devra faire des efforts conséquents pour surmonter ces changements, maintenir sa réputation à l’international et concilier intégration de la culture québécoise et attractivité. Des initiatives comme la Francofête permettent de nous rappeler que le français est avant tout une langue culturellement riche qui a le potentiel d’unir.

Manon Gadbois conclut : « Cette année, nous avons mis de l’avant un nouveau format. Tout d’abord, la création d’un comité organisateur pan-universitaire afin d’en faciliter la gestion et créer davantage de partenariats aussi bien en interne qu’en externe. Nous avons aussi voulu refléter la diversité de l’université, mais aussi sa rigueur intellectuelle, avec des volets thématiques, à l’image d’un colloque en quelque sorte. Le but pour les années à venir : reprendre ce modèle, cette signature, et offrir encore davantage d’activités. »

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L’art de convaincre https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/lart-de-convaincre/ Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57793 Deuxième tour du concours d’éloquence de McGill.

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Ce vendredi 14 mars, le club francophone d’éloquence de McGill organisait le deuxième tour de la première édition de son concours. Au rez-de-chaussée du bâtiment Leacock, huit étudiant·e·s construisaient en une trentaine de minutes leur argumentaire pour répondre aux questions suivantes : « Le conformisme est-il un moteur ou un frein? », « La passion est-elle solitaire? », « Le collectif est-il un refuge ou une prison? », « L’union dépend-elle d’une seule voix? ». Les participant·e·s se sont ensuite affronté·e·s au sein de joutes verbales par binôme. Le mois dernier, ils·elles avaient été sélectionné·e·s parmi une dizaine de candidat·e·s lors du premier tour en défendant leur plaidoirie sur le thème « L’un dans le Tout : Cohabiter entre Soi et le Monde ».

Une opportunité de s’exprimer en français à McGill

Le Délit s’est entretenu avec Salomé Bourdet, actuellement vice-présidente et chargée des affaires internes de McGill Éloquence. En février 2024, elle a fait partie des quelques étudiant·e·s qui ont donné naissance à l’association. Elle raconte avoir constaté en arrivant à McGill un manque de « structures où s’exprimer en français ». Le club a alors pris ancrage dans ce qu’elle décrit comme « une volonté générale à McGill de développer davantage d’opportunités pour les francophones ». Les jurys de chacun des tours étaient composés d’une avocate, d’un animateur radio et de professeur·e·s et doctorant·e·s en français et en droit, comme Élisabeth Veilleux, Jérémie Torres-Ceyte ou Célia Hadid. Ils·elles ont unanimement exprimé leur engagement à soutenir les initiatives faisant la promotion de l’usage de la langue française sur le campus.

Tao Ramiandrasoa, participant du concours et désormais finaliste, nous explique pourquoi il s’est inscrit : « Comme on est dans un univers anglophone où on parle en permanence anglais […] ça me donnait un cadre dans lequel parler et produire des écrits plus académiques en français ». Salomé indique que, bien que le français soit la langue maternelle de la totalité des participant·e·s du concours, « le club aimerait attirer de plus en plus de gens dont ce n’est pas forcément la première langue mais qui souhaitent prendre confiance, développer leurs compétences » ou simplement se familiariser avec son usage.

Plus qu’une pratique formatrice

Être à l’aise à l’oral, c’est un atout au quotidien et « prendre confiance » est un des enjeux de la discipline de l’éloquence. Salomé explique que l’association aspire à mettre à disposition des étudiant·e·s qui le souhaitent les clés nécessaires pour se démarquer en entretien d’embauche, lors d’une présentation orale en cours, ou en postulant en maîtrise.

« Comme on est dans un univers anglophone où on parle en permanence anglais […] ça me donnait un cadre dans lequel parler et produire des écrits plus académiques en français »
Tao Ramiandrasoa, finaliste du concours

Mais au-delà de son aspect pratique, l’éloquence est un art ; celui de manier les mots pour convaincre, d’user les procédés rhétoriques pour réfuter, d’exploiter les regards, les silences, la gestuelle, les intonations, l’humour. Chacun des ateliers bi-mensuels tenus par McGill Éloquence se concentre sur un de ces points. Au semestre d’automne, les membres ont participé au procès fictif d’Astérix et Obélix, et des ateliers sur la narration et l’utilisation du ton sont proposés ce semestre.

La finale du concours aura lieu le vendredi 4 avril et sera ouverte au public! Salomé espère que cette édition sera la première d’une « série de concours annuels » et que l’association sera bientôt capable de prendre part à des compétitions inter-universités au Canada, voire peut-être en France.

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Déclarations incendiaires de J.D. Vance à Munich https://www.delitfrancais.com/2025/02/26/declarations-incendiaires-de-j-d-vance-a-munich/ Wed, 26 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57585 Un tournant diplomatique dans la guerre en Ukraine.

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V endredi 14 février, à la Conférence de Munich sur la sécurité, réunissant des dirigeants mondiaux, des ministres et d’autres responsables politiques de premier plan, J.D. Vance a créé le choc. Alors que l’on pouvait s’attendre à ce que le vice-président américain s’exprime sur la guerre en Ukraine, les États-Unis demeurant leur principal soutien militaire face à l’invasion russe, il a surpris en ne prononçant pas un mot sur le sujet. Vance a plutôt choisi de donner une leçon aux représentants européens sur leur gouvernance démocratique : « la menace qui m’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe n’est ni la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur externe. Ce qui m’inquiète, c’est la menace de l’intérieur : le recul de l’Europe sur certaines de ses valeurs les plus fondamentales. […] Dans toute l’Europe, je crains que la liberté d’expression ne recule (tdlr). » Je me suis entretenu avec Juliet Johnson, politologue et professeure de science politique à l’Université McGill spécialiste de la Russie, pour tenter de comprendre cette déclaration.

Un choix diplomatique (in)conscient

L’angle de l’attaque, la liberté d’expression, peut d’abord surprendre. Cette déclaration survient néanmoins à la suite de l’annulation du premier tour des élections présidentielles roumaines dans laquelle Călin Georgescu, candidat d’extrême droite pro-russe, est arrivé en tête, à la surprise générale, avec 22% des suffrages. La Cour constitutionnelle roumaine a pris cette décision sous suspicion d’interférence russe dans la campagne éclair du candidat sur les réseaux sociaux, en particulier sur TikTok.

Ignorant ces éléments de contexte, J.D. Vance a interprété cette décision comme un signe de recul démocratique en Europe : « si vous avez peur de vos propres électeurs, il n’y a rien que les États-Unis puissent faire pour vous. » Au sujet de la Roumanie spécifiquement, il a déclaré : « lorsque nous voyons des cours européennes annuler des élections […] nous devons nous demander si nous nous tenons à des normes assez élevées. » Selon la Dre Johnson, l’utilisation de la notion de « liberté d’expression » n’est alors pas à prendre au premier degré : « J.D. Vance comprend la liberté d’expression comme la liberté pour lui et les partisans de Trump de dire ce qu’ils désirent sans être critiqués. » Un choix de mots qu’elle juge témoin « d’ignorance » alors que Trump prévoit d’interdire l’usage de quelque 120 mots dans les travaux universitaires américains, comme « préjugé » ou « climat » sous la menace de retraits de financement. « Leur partisanisme les empêche de voir cette décision-ci comme une attaque contre la liberté d’expression », indique-t-elle.

Plusieurs pistes peuvent être établies pour expliquer les déclarations de J.D. Vance : volonté de déstabilisation des démocraties libérales? Une envie de plaire à la Russie? Ou encore de créer le choc pour ne pas avoir à se positionner sur le sujet sensible de l’Ukraine? Dre Johnson, de son côté, est formelle : « l’objectif de ces déclarations est d’affirmer la dominance américaine et de semer la division en Europe. » Néanmoins, elle précise que « ces déclarations montrent surtout l’étendue du manque de culture de J.D. Vance vis-à-vis de l’Europe, et des relations internationales en général. […] C’est un novice à la confiance démesurée par rapport à ses connaissances. » Elle rappelle également que cette stratégie n’est pas forcément efficace : « un retour de flamme s’opère clairement ; les dirigeants européens ont remis sur la table la question des efforts de défense paneuropéens pour la première fois depuis longtemps. » Depuis une semaine, l’Europe multiplie en effet les sommets. Ses dirigeants étaient à Paris le lundi 17 février pour convenir de l’élaboration et du financement d’une politique commune de défense. Une réaction qui s’inscrit dans le contexte plus large de la non-fiabilité des États-Unis de Trump, qui sont « connus pour ne pas respecter les accords qu’ils signent », explique Dre Johnson.

Europhobie… et russophilie

Les propos du vice-président s’inscrivent dans une stratégie diplomatique plus large du camp de Trump vis-à-vis la guerre en Ukraine : celle de s’éloigner de l’Europe et de se rapprocher de la Russie. Le président américain s’est ainsi longuement entretenu au téléphone mercredi dernier avec son homologue russe Vladimir Poutine, sans la présence de l’Union européenne ni de l’Ukraine, dans la quête d’un plan de paix. Une discussion préliminaire de laquelle Poutine sort grand gagnant, selon Dre Johnson : « l’équipe de Trump a déjà concédé à tout ce que Poutine veut : la non-intégration de l’Ukraine à l’OTAN, l’abandon de plus d’un cinquième du territoire du pays, l’idée du besoin d’élections en Ukraine… ce sont les principales demandes du Kremlin! »

Comment comprendre alors ce revirement? Similairement à son analyse de J.D. Vance, Dre Johnson blâme « l’absence de compétences diplomatiques » de Trump : « l’auteur de The Art of the Deal commet deux fautes majeures : la relâche de tous ses leviers de négociations dès le début, et l’exclusion de partis clés. Ce sont des erreurs d’amateur. » En effet, l’absence de l’Ukraine des négociations, qui témoigne selon la professeure de « la vision du monde simpliste de Trump, concentrée seulement sur les grandes puissances », pourrait mener à l’échec de l’entreprise. « L’Ukraine, surtout supportée par l’UE, n’acceptera jamais ces termes, et les États-Unis ne peuvent pas les y forcer », explique-t-elle.

Volodymyr Zelensky, de son côté, commence à pointer du doigt ses désaccords avec la méthode Trump. Interrogé au lendemain du discours de Vance, il réclamait la présence de l’Europe et de l’Ukraine aux négociations : « nous sommes très reconnaissants à l’égard des États-Unis. Ils nous ont beaucoup donné et soutenu […] et nous sommes également très reconnaissants à l’égard de l’UE, un partenaire stratégique important. C’est pourquoi il faut que l’on soit au même niveau, côte à côte, et à la table des négociations. » D’abord diplomate, le président ukrainien a changé de ton mercredi, après que Trump a accusé l’Ukraine d’avoir « commencé la guerre », il a déclaré : « le président américain vit malheureusement dans un espace de désinformation [russe]. » Des propos soutenus par Dre Johnson : « Trump en sait très peu au sujet de l’Ukraine, et ment énormément, souvent par ignorance. Il a par exemple déclaré que la cote de popularité de Zelensky était de 4%, alors qu’elle est en réalité de 57%. C’est un grand consommateur de la propagande russe. » L’heure semble donc à l’escalade entre les deux leaders. Quelques minutes après notre entrevue avec Dre Johnson mercredi 19 février, Trump a qualifié Zelensky de « dictateur sans élections ». Le lundi suivant, les États-Unis ont voté contre une résolution de l’ONU condamnant la Russie pour la guerre, aux côtés de Moscou et de ses soutiens. L’administration Trump s’est également abstenue de voter sur sa propre résolution appelant simplement à une négociation pour mettre fin à la guerre. Les États-Unis ont ainsi confirmé leur rupture diplomatique avec l’UE et l’Ukraine à travers les organisations internationales.

Que doit-on attendre de la suite de la guerre?

Ainsi, malgré la tentative de diplomatie éclair du président américain, un accord de paix durable semble encore loin, selon Dre Johnson. Elle explique : « Vladimir Poutine, comme Trump, n’est pas connu pour respecter les accords qu’il passe. […] Pourquoi les Russes s’arrêteraient-ils, ils gagnent! Ils contrôlent un cinquième du territoire ukrainien, et n’ont aucune raison d’interrompre les hostilités. » Interrogée sur les difficultés militaires russes, elle répond : « ils traversent en effet des difficultés, notamment de conscription. Ils ont été obligés de promettre des bonus, d’appeler des soldats nord-coréens et des sociétés militaires privées. Mais tout est relatif ; ils restent moins en danger que l’Ukraine, qui risque des carences de ravitaillement militaire et de soldats. L’Ukraine demeure en effet un pays bien moins peuplé que la Russie, ce qui signifie que, malgré le nombre supérieur de pertes russes, chaque perte ukrainienne compte plus. » L’analyse de Dre Johnson nous permet d’y voir plus clair dans la diplomatie agressive de Trump et son administration. Quelques jours après le troisième anniversaire de l’invasion russe, l’arrêt des hostilités ne semble pas être facilité par l’arrivée au pouvoir des républicains. En ignorant les demandes et positions de l’Union européenne et de l’Ukraine tout en se rapprochant de celles de la Russie, Trump pousse l’Europe à une réorganisation stratégique.

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La sélection d’actus du Délit https://www.delitfrancais.com/2025/02/26/la-selection-dactus-du-delit-9/ Wed, 26 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57634 Projet ferrovaire Alto, ingérence au cégèp Dawson et finale de hockey entre le Canada et les États-Unis

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TGV TORONTO-QUÉBEC : UN PROJET À GRANDE VITESSE À L’AVENIR INCERTAIN

Ce mercredi 19 février, Justin Trudeau a annoncé le lancement du projet « Alto », visant à mettre en place des trains à grande vitesse (TGV) entre Toronto et Québec. Décrit comme « le plus grand projet d’infrastructure de l’histoire du Canada », Alto prévoit de desservir les arrêts de Trois-Rivières, Laval, Peterborough, Ottawa et Montréal. Le premier ministre a expliqué que ce projet vise à apporter des changements majeurs au réseau de transport ferroviaire canadien, car, selon lui, le système actuel « n’est tout simplement pas à la hauteur des Canadiens ». Grâce à Alto, les temps de trajet entre les grandes villes du tracé seraient réduits de manière significative : il faudrait environ 3 heures pour relier Toronto et Montréal, et seulement 1h30 pour aller de Montréal à Québec.

Le coût total du projet n’est pas encore connu, mais le cabinet du premier ministre a déjà estimé que 3,9 milliards de dollars seront dépensés dans la seule phase de développement du projet. Sur le long terme, le coût total pourrait s’élever à plus de 100 milliards de dollars.

Cependant, ces prévisions ne se manifesteront que si le projet est bel et bien réalisé. Le gouvernement
canadien a déjà promis à maintes reprises l’amélioration du réseau ferroviaire, et les Canadiens n’en ont pourtant jamais vu la couleur. D’aucuns seront d’autant plus sceptiques compte tenu que les responsables du projet n’ont présenté aucun échéancier. Par ailleurs, rien ne garantit que le prochain gouvernement reprendra le dossier après le départ du gouvernement Trudeau.

INGÉRENCE AU CÉGEP DAWSON : LA MINISTRE PASCALE DÉRY CRITIQUÉE

Ce mardi 18 février, la ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Pascale Déry, a admis avoir interféré directement avec le contenu d’un cours offert au collège Dawson, un des plus grands cégeps du Québec. La ministre aurait demandé d’éviter d’aborder le sujet de la Palestine dans ce cours, dont une des thématiques se nommait « appartenances palestiniennes ». Cette confession a lieu dans un climat de suspicion, avec des accusations portées depuis décembre à l’encontre du ministère pour abus de pouvoir, ingérence, et atteintes à la liberté académique dans certains cégeps. Au lendemain de la confession de la ministre, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a exigé la fin immédiate de cette d’ingérence, sans quoi la capacité de la ministre à occuper ses fonctions devrait être remise en cause. La FQPPU estime que les incidents sont loin d’être isolés, et que « l’attitude de la ministre révèle un réel mépris pour les principes d’autonomie qui doivent pourtant guider les milieux de l’enseignement supérieur ».

Eileen Davidson | Le Délit

L’ingérence directe dans le contenu d’un cours sur la Palestine, dans le contexte actuel de la guerre à Gaza, pourrait mettre en évidence certains conflits d’intérêts impliquant Pascale Déry. En effet, celle-ci a siégé au conseil d’administration de la branche québécoise du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) entre 2016 et 2022, et a récemment entretenu des liens avec cette même entreprise de lobbyisme. Selon le cabinet de la ministre, l’intervention directe de la ministre dans les affaires du collège Dawson serait due à des signalements d’élèves concernant une montée de l’antisémitisme au collège depuis le début du conflit à Gaza. Certains enseignants ont pourtant expliqué que le cégep avait amplement les moyens de répondre lui-même aux craintes et requêtes de sa communauté. Cette affaire ternit un peu plus la réputation du gouvernement de la CAQ, déjà largement affaibli depuis plusieurs mois.

CLIMAX ABSOLU : LA GRANDE FINALE CANADA – ÉTATS-UNIS

Du 12 au 20 février s’est déroulé le tournoi de hockey des quatre nations comprenant les États-Unis, le Canada, la Suède et la Finlande. Couronnée par la double confrontation entre les deux géants d’Amérique du Nord, cette compétition s’est avérée épique.

Les différentes rencontres ont eu lieu à Montréal, au Centre Bell et à Boston, au TD Garden. Les règles de ce tournoi sont simples : les quatre équipes s’affrontent respectivement, puis une finale a lieu entre les deux équipes ayant accumulé le plus de points, en l’occurrence le Canada et les États-Unis cette année.

Eileen Davidson | Le Délit

Les deux voisins se sont rencontrés dans un match préliminaire, avec notamment trois bagarres en neuf secondes et la huée de l’hymne américain au Centre Bell. Les nombreux incidents dévoilent toute la tension et les enjeux extrasportifs de la rencontre, dans une période politique très tendue entre les deux pays, notamment à cause de la déclaration de Donald Trump proposant au Canada de devenir le 51e état des États–Unis. Malgré la défaite du Canada lors de ce match, une victoire contre la Suède et la Finlande leur a permis de se qualifier pour la grande finale face aux États-Unis.

Cette ultime confrontation avec, à la clé, un trophée et une victoire chargée de sens a commencé d’emblée sur les chapeaux de roues. Avec les huées de l’hymne canadien à Boston, le ton de cette rencontre était alors donné. Au cours d’un match épique, les Canadiens se sont imposés, notamment grâce à une belle performance du gardien de but Binnington et à un ultime but de Connor McDavid dans les prolongations qui délivre le Canada au paroxysme de suspense. Ô Canada a alors pu résonner dans l’enceinte du TD Garden, réjouissant et réunissant tous les Canadiens, le temps d’une soirée au moins.

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Le « couronnement » annoncé de Mark Carney https://www.delitfrancais.com/2025/02/26/le-couronnement-annonce-de-mark-carney/ Wed, 26 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57641 Le point sur la course à la chefferie du Parti libéral du Canada.

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Il ne reste plus que 11 jours avant le dénouement de la course à la chefferie du Parti libéral du Canada. Le 9 mars, les membres du parti désigneront non seulement leur nouveau chef, mais aussi le futur premier ministre du pays, qui occupera ses fonctions jusqu’aux prochaines élections fédérales. Alors que la campagne touche à sa fin, faisons le point sur les enjeux et les dynamiques de la course.

À l’heure actuelle, les sondages placent l’ex-gouverneur des banques du Canada et de l’Angleterre, Mark Carney, en tête, loin devant l’ancienne vice-première ministre de Justin Trudeau, Chrystia Freeland, l’ancienne leader du gouvernement à la Chambre des communes, Karina Gould, et l’ancien élu montréalais, Frank Baylis. Carney réussirait même à combler l’écart qui sépare les libéraux et les conservateurs dans l’opinion publique, avec un taux de popularité estimé à 39%, qui suit de très près les 40% du chef conservateur Pierre Poilièvre.

Liberal McGill, l’association officielle du Parti libéral du Canada à McGill, a choisi de soutenir la candidature de Mark Carney, qui aurait reçu « un appui massif de la part des membres (tdlr) », selon Quinn Porter, président de l’association. Ce dernier a expliqué au Délit que l’association a eu l’opportunité de rencontrer Carney, Freeland et Gould, « une expérience formidable qui a attiré de nouveaux membres et nous a permis d’aborder différentes idées ». Rowan Watchmaker, membre de Liberal McGill, explique que l’objectif principal de l’association est de « veiller à ce que les étudiants libéraux sachent quand et comment voter, tout en s’assurant qu’ils disposent de suffisamment d’informations sur tous les candidats pour faire un choix éclairé, en accord avec leurs valeurs personnelles ».

« Il faudrait vraiment un drame ou une catastrophe pour qu’il ne devienne pas le leader du Parti libéral du Canada le 9 mars »

Daniel Béland, professeur de science politique

Les candidats à la chefferie du Parti libéral

Afin d’éclaircir les enjeux de la course à la chefferie, le Délit s’est entretenu avec Daniel Béland, professeur de science politique canadienne à l’Université McGill et directeur de l’Institut d’études canadiennes à McGill (IÉCM). Le professeur Béland explique que le public a une image très favorable de Mark Carney, un candidat nouveau en matière de politique qu’on a tendance à voir comme un « grand technocrate, un économiste, un expert ».

Par rapport aux autres candidats, Carney a « plus de soutien populaire, plus de soutien de l’élite de son parti et plus de soutien financier. Il faudrait vraiment un drame ou une catastrophe pour qu’il ne devienne pas le leader du Parti libéral du Canada le 9 mars. »

La situation n’est pas la même pour le reste des candidats. Chrystia Freeland, ancienne vice-première ministre dont la démission en décembre a précipité celle de Justin Trudeau, peinerait d’après Béland à sortir de l’ombre du premier ministre. « Pendant neuf ans, elle a été ministre dans le cabinet de Justin Trudeau. C’est difficile pour elle de créer une distance entre elle et l’héritage Trudeau, parce qu’elle en fait directement partie », explique-t-il.

Quant aux candidats moins populaires, à savoir Karina Gould et Frank Baylis, le professeur rappelle que « les gens se lancent dans des courses électorales pour des raisons différentes. Il y en a qui se lancent dans une course à la chefferie pour gagner », comme Freeland et Carney, et d’autres qui se lancent plutôt pour gagner en visibilité. Gould, à l’âge de 37 ans, est encore considérée très jeune dans le milieu politique. En se présentant pour la course à la chefferie, elle se positionne pour un avenir en politique, elle « fait passer son message et elle se met de l’avant ». Il en va de même pour Baylis, le seul candidat québécois à la chefferie du parti.

Par ailleurs, la candidate Ruby Dhalla a été disqualifiée de la campagne le 21 février, en raison de « violations graves » des règles relatives à la campagne. Elle est notamment accusée d’avoir reçu des dons dépassant la limite individuelle autorisée, une allégation qu’elle nie catégoriquement. Dhalla a appris sa disqualification alors qu’elle était en pleine entrevue télévisée avec CBC.

« Le nouveau chef du Parti libéral devra rapidement s’imposer, car une lutte politique intense pourrait s’amorcer dès son élection »

Carney pas au bout de ses peines

Il est très probable que le candidat élu le 9 mars soit amené à représenter son parti lors d’élections générales anticipées. Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique, a en effet affirmé vouloir déclencher des élections dès le 10 mars si Mark Carney est choisi. Cette éventuelle élection, qui plane au-dessus du gouvernement canadien, s’accompagnerait d’enjeux bien différents de ceux de la course à la chefferie.

Selon le professeur Béland, « on va lancer des grenades à Mark Carney pendant la campagne. Et Carney n’a jamais fait de campagne électorale, pas même comme aspirant député. On ne l’a pas encore vu tellement en action ; et l’action, pour les politiciens, c’est une campagne électorale. C’est ce qui est le plus important ».

Dans ce contexte d’incertitude électorale, le Parti libéral du Canada cherche à ajuster sa position. Béland indique que « le plus important pour les libéraux, c’est de gagner, de rester au pouvoir ou d’obtenir le pouvoir. Je pense qu’il y a de plus en plus de consensus au sein du parti, qu’on se dirige vers un réalignement vers le centre, ou peut-être même dans certains domaines, vers le centre droit. Pour affronter Poilièvre, mais aussi parce qu’il y a la situation fiscale, la situation économique ». Quoi qu’il en soit, le nouveau chef du Parti libéral devra rapidement s’imposer, car une lutte politique intense pourrait s’amorcer dès son élection.

Poilièvre ne sait plus sur quel pied danser

Pierre Poilièvre, chef du Parti conservateur du Canada, se prépare déjà à affronter Mark Carney au cours des prochaines élections. Sur les réseaux sociaux, il enchaîne les attaques personnelles et politiques ponctuées de slogans. Le 20 février, il écrit sur la plateforme X : « Déjà vu. Carney imite la promesse du “petit déficit” de trois ans de Justin Trudeau […] Carbon Tax Carney est Just Like Justin. »

Selon le professeur Béland, le Parti conservateur a véritablement peur de la nouveauté qu’incarne Mark Carney. « Les conservateurs n’ont pas encore réussi à vraiment trouver la faille, le talon d’Achille de Carney. On l’appelle en anglais, “Carbon Tax Carney.” C’est un peu niaiseux. Ils n’ont pas l’air de trouver exactement le bon ton pour l’attaquer », explique-t-il.

Le Parti conservateur doit également s’adapter à un changement d’enjeux dans les prochaines élections présidentielles. Alors qu’il s’attendait à des débats centrés sur le coût de la vie et la taxe carbone, Poilièvre doit désormais composer avec un Canada profondément touché par la guerre tarifaire avec les ÉtatsUnis et une résurgence du sentiment patriotique. Béland affirme que Poilièvre « est en train de pivoter, mais c’est difficile pour lui parce que beaucoup de ses partisans aiment ou aimaient Trump. Poilièvre doit défendre le Canada, mais ne peut pas trop attaquer le président américain non plus ».

À quelques jours du vote, l’issue de la course semble presque scellée, mais l’avenir du Parti libéral et du paysage politique canadien reste incertain.

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Vivre les élections fédérales allemandes à l’étranger https://www.delitfrancais.com/2025/02/26/vivre-les-elections-federales-allemandes-a-letranger/ Wed, 26 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57661 Soirée électorale à l’Institut Goethe de Montréal.

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Dimanche dernier, environ 60 millions d’Allemands ont été appelés à voter pour les élections fédérales allemandes, afin d’élire un nouveau parlement. Ces élections anticipées avaient été annoncées par le chancelier Olaf Scholz en décembre, à la suite de la dislocation de la coalition « feu tricolore », composée du Parti social-démocrate (SPD), des Verts, ainsi que du Parti libéral-démocrate (FDP). C’est finalement le parti conservateur CDU/CSU de Friedrich Merz qui est sorti vainqueur des élections, avec 28,5% des votes. Pour cette occasion, le consulat général d’Allemagne à Montréal et l’Institut Goethe de Montréal ont organisé une « Wahlparty » ou « fête électorale » afin de permettre à la communauté germanique de suivre les élections en compagnie. Au total, une petite trentaine de personnes s’est retrouvée à l’angle de la rue Ontario et du boulevard Saint-Laurent, afin de partager ce moment autour d’un café, d’une pâtisserie, ou d’un bretzel.

Des élections cruciales

Si l’ambiance à l’institut Goethe était légère, les élections fédérales restent cruciales pour l’avenir de l’Allemagne. Le Bundestag [parlement] est la branche la plus importante de la gouvernance allemande – sa composition influençant quels partis gouvernent et qui devient chancelier·ère. Ces élections ont été marquées par une percée de l’AfD – parti d’extrême droite. En janvier, le parti avait notamment fait parler de lui lorsqu’un projet de « remigration » visant à expulser plus de deux millions de personnes étrangères ou allemandes d’origine étrangère. Pendant la campagne, l’AfD a bénéficié du soutien du milliardaire américain Elon Musk, avec qui la cheffe du parti, Alice Weidel, s’est entretenue en vidéoconférence sur la plateforme X, le 9 janvier dernier.

« Une fois de plus, une démocratie européenne voit un parti d’extrême droite réaliser un score historique »

Pendant la fête électorale, Le Délit a pu interroger Linda et Stefan, deux Allemands originaires de Bavière, établis à Montréal depuis un an. Linda nous a confié son ressenti sur le comportement de Musk : « pour moi, il est très inquiétant de voir un milliardaire américain essayer si ouvertement d’interférer avec les élections allemandes. Honnêtement, je ne pense pas que cela ait eu un gros impact sur les élections. Bien que cela ait provoqué une grande agitation dans les médias, ça n’a pas fait basculer les électeurs indécis vers une direction ou une autre. J’ai trouvé que la conversation entre Weidel et Musk était parfois gênante et maladroite, comme s’ils n’avaient rien à se dire… (tdlr) » Le parti d’extrême droite a réalisé le plus haut score de son histoire, se classant en deuxième position derrière le CDU/CSU avec 20% des suffrages. Regardant avec dépit l’écran géant, Stefan affirme : « c’est ce que les plus récents sondages prédisaient, donc je ne suis pas étonné, mais cela n’est tout de même pas agréable à voir. »

Observer depuis l’étranger

Pour les deux Allemands, cette première expérience de vote depuis l’étranger a été amère. Contrairement à d’autres pays, il n’existe pas de circonscription dédiée aux Allemands établis à l’étranger : les électeurs doivent voter pour leur circonscription d’origine, en Allemagne. Pour ce faire, ils sont contraints d’envoyer leur vote par la poste, ce qui a posé problème à de nombreux Allemands. Selon Linda, comme « les élections qui devaient initialement avoir lieu en automne ont été anticipées à la suite de la chute de la coalition, cela nous a laissé très peu de temps pour faire le processus administratif. Nous n’avons donc pas eu le temps de voter ». Dans un communiqué, la présidente fédérale des élections a reconnu avoir reçu de nombreuses plaintes à ce propos en fin de campagne, sans apporter d’autres réponses que « la seule option restante est de se rendre dans un bureau de vote en allemagne ». Préoccupé, Stefan ajoute que « le manque de numérisation et la bureaucratie moderne font que les élections sont en quelque sorte biaisées, car la majorité des personnes vivant à l’étranger sont plus progressistes, mais leur vote est perdu à cause de la lenteur administrative ».

Une fois de plus, une démocratie européenne voit un parti d’extrême droite réaliser un score historique. Malgré les signes de division et de polarisation indiqués par les résultats des élections, la fête électorale s’est déroulée
au sein d’une ambiance amicale. Cela montre que, malgré les potentielles divisions politiques, les gens peuvent tout de même se retrouver, pour discuter autour d’un café et d’un bretzel.

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Souper de l’héritage des personnes noires : inspirer et motiver https://www.delitfrancais.com/2025/02/26/souper-de-lheritage-des-personnes-noires-inspirer-et-motiver/ Wed, 26 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57669 Comment NSBE parvient-elle à inspirer les générations futures?

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Près de 100 étudiant·e·s le mercredi 19 février, dans le bâtiment de l’AÉUM, dans le cadre du Black Legacy Dinner ou Souper de l’héritage des personnes noires. Cet événement, organisé par la Société Nationale des étudiant·e·s noir·e·s en Ingénierie (NSBE : National Society of Black Engineers) à l’occasion du Mois de l’Histoire des Noir·e·s, avait pour but d’inspirer et de motiver les étudiant·e·s mcgillois·e·s à poursuivre différentes carrières en ingénierie. Ayant pour slogan « Ne soyez jamais limités par l’imagination limitée des autres » tiré d’une citation de la Dre Mae C. Jemison, première astronaute afro-américaine, la soirée a recueilli cinq panélistes qui ont partagé tour à tour leurs expériences et conseils avec les étudiant·e·s. Elle s’est ensuite poursuivie par un souper, ainsi qu’une séance de réseautage.

Le but de l’événement, me partage Trixie, vice-présidente de NSBE, était « d’encourager la célébration de la créativité, et le courage de poursuivre son propre chemin, malgré les contraintes extérieures ». Fatima, responsable des événements de NSBE, ajoute qu’ « en tant que personne de couleur, ça peut être difficile de s’imaginer faire ce que l’on aime et être où l’on souhaiterait être, car on ne se sent pas forcément représenté·e·s ». Ainsi, de tels événements sont l’occasion d’entendre la voix de ceux et celles qui ont réussi à défier les obstacles et ont eu le courage de prendre des initiatives. Par exemple, Stephanie Kirichou, une des panélistes, a commencé sa carrière chez ABB, une entreprise spécialisée dans les technologies d’électrification, après avoir été diplômée de McGill. Aujourd’hui, elle a un cheminement unique en étant également DJ. Mélangeant entrepreneuriat et art, son profil est tout à fait atypique. Trixie m’explique que cela permet d’inspirer les étudiant·e·s, en leur montrant qu’il existe des options variées en dehors du profil traditionnel de l’ingénieur. Nuel Edeh, un autre panéliste diplômé de McGill, est parvenu à cofonder sa propre entreprise en 2020. Parmi les autres invités, on comptait Achille Ubalijoro, fondateur et directeur de Kabera Consulting, une agence d’accompagnement professionnel ; Rito Joseph, fondateur de Black Montreal Experiences, où il mène des conférences, présentations, ateliers et promenades pour célébrer l’histoire noire de Montréal ; et enfin Leslie-Anne Lewis, directrice de la diversité et de l’équité à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada.

En plus de ces interventions, Fatima me confie que la nourriture du souper a été particulièrement appréciée. En effet, le menu soigneusement préparé par Casserole Kréole était composé de plats traditionnellement caribéens et africains, tels que le riz djon djon, le griot haïtien, le poulet à la jerk jamaïcain et autres spécialités. Fatima explique : « c’était l’occasion de déguster le type de nourriture que je mangeais chez moi avant d’intégrer l’université. Je n’ai ni le temps ni l’argent de me les préparer ici et c’était donc très réconfortant de les retrouver au souper ».

En dehors de cet événement, NSBE est une organisation mondiale, notamment présente aux États-Unis et au Canada. Ses commanditaires lui permettent d’organiser des séances de réseautage au long de l’année, des interventions auprès des plus jeunes dans des écoles à Montréal, et, notamment, une conférence annuelle qui regroupe tout le réseau américain lors d’un forum de l’emploi. Leur but principal est d’accompagner les étudiant·e·s noir·e·s dans leur carrière en sciences ou en ingénierie en leur fournissant des ressources académiques. Chaque personne à McGill peut s’y impliquer en participant aux événements et à la réunion semestrielle ouverte à tous·tes. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter leur page Instagram @nsbemcgill et leur site Internet nsbemcgill.com.

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Des coupes budgétaires majeures annoncées par McGill https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/des-coupes-budgetaires-majeures-annoncees-par-mcgill/ Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57494 À quoi doit-on s’attendre pour l’avenir de l’université?

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Le 7 février, l’Université McGill a tenu une assemblée générale, ouverte à tous·tes ses étudiant·e·s et employé·e·s, pour aborder sa situation financière préoccupante. Confrontée à un déficit budgétaire qui atteindra 15 millions de dollars lors de l’exercice fiscal de 2025, l’administration procèdera à une correction budgétaire majeure de 45 millions de dollars dès la prochaine année, un effort colossal qui nécessitera des ajustements à tous les niveaux de l’institution.

L’impact de cette décision a été immédiat et profond au sein de la communauté mcgilloise. L’assemblée budgétaire a suscité une vague d’inquiétude chez les étudiant·e·s et au sein des corps administratif et professoral, ces dernier·ère·s se trouvant en première ligne des mesures d’ajustement. Pour le président de l’université, Deep Saini, il n’y a toutefois pas d’autre choix pour que McGill maintienne son niveau de prestige et d’excellence.

Afin d’apporter des clarifications et de répondre aux préoccupations des membres de la communauté universitaire, l’administration de McGill a organisé une séance de questions et réponses le mercredi 12 février. Toutefois, de nombreuses interrogations subsistent quant aux conséquences concrètes des coupes budgétaires sur le long terme, et aux choix qui seront faits pour assurer la viabilité financière de l’établissement.

Des ressources étudiantes en péril

L’université n’a pas encore annoncé de coupures définitives, mais les étudiant·e·s redoutent une détérioration des conditions d’apprentissage et un accès limité aux outils académiques indispensables à leur réussite. À mesure que l’université poursuit l’élaboration de son plan budgétaire, la communauté étudiante demeure en attente
de solutions qui garantiraient le maintien d’un environnement propice à l’excellence académique.

Éveline*, étudiante en philosophie, exprime sa déception quant aux solutions avancées par l’université. « Ces mesures auront nécessairement un impact négatif sur la qualité de l’éducation », déplore-t-elle. Elle s’inquiète particulièrement de la proposition d’allonger les horaires de cours en soirée et de la suppression de certains abonnements à des revues académiques en bibliothèque, deux points abordés lors de la séance de questions et réponses. De son côté, Belinda*, étudiante en biologie et sciences informatiques, remet en question la répartition des ressources, pointant du doigt les salaires de certains membres de l’administration qu’elle juge excessifs.

Lors de l’assemblée générale, le président Saini a toutefois tenté de rassurer les étudiant·e·s face
à ces inquiétudes : « Je veux être clair sur ce point : notre plus grande priorité est de vous offrir la meilleure éducation, avec le moins de perturbations possible. (tdlr) » Malgré cette déclaration, de nombreux étudiant·e·s restent sceptiques, craignant une baisse de la qualité des cours et une surcharge de travail pour les enseignant·e·s restant·e·s.

Inquiétude au sein du corps des salariés

L’impact des mesures budgétaires sera encore plus significatif pour les membres de l’administration et du corps académique de l’université. Puisque la masse salariale représente environ 80% des dépenses de l’institution, cette dernière estime qu’elle n’aura pas d’autre choix que de réduire les effectifs administratifs, ainsi que ceux des professeur·e·s et des auxiliaires d’enseignement. Ces suppressions de postes risquent de créer une pression accrue sur le personnel restant, qui devra, par conséquent, assumer des charges de travail supplémentaires.

Selon l’administration, cette restructuration pourrait entraîner entre 250 et 500 suppressions de postes. Afin d’atteindre cet objectif, l’administration compte principalement sur l’attrition des employé·e·s, c’est-à-dire de laisser partir ceux·celles qui souhaitent quitter leur poste sans les remplacer, sauf si leur remplacement est jugé absolument nécessaire. Cependant, cette approche seule ne suffira probablement pas à combler le déficit. Christopher Manfredi, provost et vice-recteur principal aux études, a donc indiqué de manière prudente que des licenciements seraient presque inévitables.

L’annonce de ces réductions de personnel a suscité de nombreuses préoccupations parmi les employé·e·s de McGill. L’université avait très peu d’informations à partager pour rassurer le corps professoral. Fabrice Labeau, vice-recteur de l’administration et des finances, a expliqué : « Nous essayons d’être aussi transparents que possible, mais nous n’avons pas plus de renseignements à donner pour l’instant. Nous reviendrons vers vous dès que possible. »

Une crise générale des universités canadiennes?

De nombreuses universités canadiennes sont confrontées à des défis budgétaires similaires, en raison de problèmes structurels liés aux finances, à l’évolution démographique et aux politiques gouvernementales. Si McGill doit composer avec un déficit de 15 millions de dollars pour l’exercice fiscal de 2025, Christopher Manfredi souligne que d’autres établissements sont en proie à des difficultés encore plus marquées : l’Université Queen’s affiche un déficit de 36 millions, tandis que l’Université de Waterloo doit faire face à un déficit colossal de 75 millions de dollars.

En plus de ces défis partagés, la situation de McGill est aggravée par des décisions spécifiques du gouvernement du Québec, plus particulièrement par les mesures annoncées à l’automne 2023. La hausse des frais de scolarité pour les étudiant·e·s canadien·ne·s provenant d’autres provinces et pour les étudiant·e·s internationaux·les a suscité des inquiétudes quant à l’attrait de l’université pour ces publics. Ces augmentations pourraient entraîner une diminution des inscriptions, ce qui affecterait directement les revenus de l’institution. Néanmoins, Deep Saini a tenu à relativiser l’impact de ces décisions gouvernementales, affirmant que « l’université n’a pas atteint ce point de déficit uniquement en raison des choix du gouvernement ».

Quel avenir pour l’université?

L’Université McGill mise sur une transformation majeure afin de se rendre plus efficace, moderne et résiliente. Le plan Horizon McGill, annoncé lors de l’assemblée générale du 7 février, repose sur une analyse approfondie des activités de l’université afin de déterminer quelles initiatives sont essentielles et lesquelles pourraient être optimisées ou abandonnées.

Comme l’a résumé schématiquement Deep Saini : « Nous devons cesser de faire les choses qui n’ont pas d’importance, et cesser de faire les choses qui en ont moins. Pour les choses que nous devons absolument faire, nous devons trouver un moyen de les faire mieux et plus efficacement. » L’avenir de McGill dépendra en grande partie de sa capacité à mettre en œuvre ces réformes tout en maintenant son engagement envers l’excellence et l’accessibilité.

*Noms fictifs

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Serbie et Roumanie : crises et contestations https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/serbie-et-roumanie-crises-et-contestations/ Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57503 Ingérence, corruption, manifestations : une Europe de l’Est en ébullition.

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Cela fait maintenant trois mois que la Serbie est le théâtre de manifestations massives à travers tout le pays. Il s’agit de la crise sociale la plus intense depuis les années 1990. La jeunesse, en tête du mouvement, proteste contre la corruption endémique de l’État. Cela fait suite à l’effondrement du toit de la gare de Novi Sad, récemment rénové, qui a causé la mort de 15 personnes le 1er novembre 2024. La population estime que la corruption et la gestion frauduleuse des contrats publics seraient directement liées à la tragédie.

En réponse, un mouvement de contestation se forme rapidement. Le ministre des Transports démissionne, mais la colère persiste. Les divisions populaires s’exacerbent, des étudiants sont passés à tabac par des inconnus cagoulés, et la liste des demandes s’allonge sur les lignes de la transparence et de la justice. Le gouvernement tente d’apaiser la situation en faisant certaines concessions, mais rien n’y fait : les manifestations continuent et s’intensifient. Fin janvier, le premier ministre serbe est contraint de démissionner. Le président Aleksandar Vučić demeure le dernier pilier du pouvoir, mais le mouvement ne faiblit toujours pas.

Comment expliquer cette crise et l’ardeur des manifestants? Un réel changement est-il possible? Le Délit s’est entretenu avec David Dubé, doctorant en science politique à l’Université McGill et spécialiste de l’Europe de l’Est. Il rappelle que les Balkans ont historiquement fonctionné sous une « culture de gouvernance informelle basée sur les connexions personnelles et la corruption ». La Serbie, bien que candidate à l’Union européenne depuis 15 ans, n’a jamais connu de véritable démocratisation, pourtant une condition non négociable pour intégrer l’Union. Cela explique en partie la ferveur des manifestants.

Dubé souligne l’ampleur inédite du mouvement, mais insiste sur la nécessité d’un soutien extérieur : « Les autres pays européens ainsi que l’UE doivent reconnaître les efforts des Serbes et les soutenir politiquement. » Il reste à voir si ces manifestations amorceront un changement profond, ou plongeront la Serbie dans une crise prolongée qui pénalisera la population.

Roumanie: crise et incertitudes

Pendant ce temps, la Roumanie traverse aussi une crise politique majeure, mais cette fois au niveau institutionnel plutôt que populaire. En décembre 2024, la Cour constitutionnelle annule l’élection présidentielle en raison de soupçons d’ingérence russe en faveur du candidat indépendant d’extrême droite Călin Georgescu. Une campagne de désinformation sur TikTok aurait favorisé ce dernier, arrivé en tête du premier tour à la surprise générale. Ce 12 février, l’actuel président Klaus Iohannis a quitté ses fonctions afin d’apaiser la crise, laissant la Roumanie sans réel gouvernement.

Georgescu, pro-russe et anti-OTAN, incarne le populisme extrême et s’affirme comme un outsider politique. Cette crise sape la légitimité démocratique d’un pays membre de l’UE depuis 2007, et pourrait entraîner des changements à long terme. Les élections, reportées au mois de mai, pourraient bien mener à sa victoire. Traditionnellement proche de l’Occident depuis 1991, la Roumanie pourrait ainsi se rapprocher du Kremlin.

« L’arrivée d’un dirigeant comme Georgescu pourrait permettre à la Russie de poursuivre ses attaques contre le consensus pro-Ukraine en Europe », explique Dubé. Si Georgescu venait à être élu aux côtés d’autres populistes européens, comme l’AfD en Allemagne, Dubé estime que « l’impact de gouvernements pro-russes et antidémocratiques pourrait être significatif », transformant la politique de sécurité européenne.

Un autre enjeu clé est l’influence des réseaux sociaux dans cette crise. Dubé souligne que « la campagne électorale roumaine s’est construite sur le dos de fausses nouvelles propagées par des médias et influenceurs à la solde de Moscou ». Aujourd’hui, l’UE reste mal équipée pour contrer ces ingérences. « Il est plus difficile de tracer le financement des personnes participant à ces réseaux sociaux, tout comme le contenu des informations partagées. Il est donc facile de dissimuler du contenu politique faux sur ces plateformes tout en évitant d’être attrapé, en comparaison aux médias traditionnels », précise-t-il.

Ces crises en Serbie et en Roumanie illustrent les tensions qui traversent l’Europe de l’Est, entre aspirations démocratiques et influences extérieures pesantes. Leur issue entraînera des répercussions bien au-delà de leurs frontières.

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Accès restreint au Blues Pub : un tollé étudiant https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/acces-restreint-au-blues-pub-un-tolle-etudiant/ Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57522 La communauté étudiante répond à cette mesure controversée et son annulation.

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L a semaine dernière, les élèves de McGill ont fait l’expérience d’un drôle de scandale. Le 12 février, le Blues Pub, bar étudiant de la Faculté de génie, a annoncé sur sa page Instagram qu’il sera désormais nécessaire de présenter une carte étudiante de cette Faculté pour avoir accès au bar, avec deux invités non-ingénieurs maximum. Cette décision a immédiatement fait polémique, car, jusque-là, les bars étudiants de McGill (BdA, 4à7, Detention Den, le Practice Room et Blues), acceptaient sans conditions tous les étudiants, peu importe leur programme. Au final, la décision a été annulée, en particulier à cause des réactions négatives des étudiants.

Un fort engouement étudiant

La réponse de la communauté et des autres bars étudiants, teintée de surprise et d’incompréhension, s’est surtout manifestée sur les réseaux sociaux, visant à manifester leur mécontentement par rapport à la décision. Cette réaction s’est traduite par un grand nombre de commentaires d’étudiants sous la publication initiale, indiquant le fort intérêt de la communauté pour la question. Beaucoup d’étudiants ont fait référence au deuxième principe fondateur de Blues : « Le Blues Pub est peut-être organisé par des ingénieurs, mais cela ne signifie pas que nous n’accueillons pas les autres à bras ouverts (tdlr). » La nouvelle politique a ainsi suscité une grande incompréhension, compte tenu de son opposition directe à ce principe. Rosa*, étudiante de troisième année dans la Faculté des arts, et habituée du Blues Pub, explique avoir été affligée par une décision qu’elle estimait complètement injustifiée : la nouvelle règle établissait selon elle « une différenciation inutile et préjudiciable au sein du corps étudiant ».

Des réponses humoristiques

Sur Instagram, le BdA, le 4à7, le Detention Den, et le Practice Room, ont publié une déclaration commune en réponse à la mesure de Blues. Sous la forme d’un montage au fond sarcastique, teintée de références à la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les bars ont évoqué vouloir « répondre avec la force appropriée » envers cette « interdiction mal conçue, flagrante, et qui sème la discorde », et ont invité les membres de leur communauté qui s’opposent à cette « politique protectionniste » à les rejoindre pour boire un verre. Au vu de ces réactions, Blues Pub est très rapidement revenu sur sa décision, annulant le changement de politique sur Instagram. Sur la publication de l’annulation, les étudiants ont encore une fois répondu avec humour : « Je dirai à mes enfants que c’était ça la Boston Tea Party », « les alcooliques ont gagné », ou encore « que sonne la cloche de la liberté ».

Bien qu’elle ait « trouvé hilarants les commentaires et le drame entourant la politique », Rosa estime que le simple fait que la politique ait été mise en place initialement est inquiétant, et ce, malgré la contre-décision du bar et l’improbabilité de changements majeurs sur le long terme. À voir si le tollé aura un impact sur la réputation du bar à l’avenir.

*Nom fictif

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McGill prise d’assaut par des vandales https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/mcgill-pris-dassaut-par-des-vandales/ Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57527 Des dégâts matériels chiffrés en centaines de milliers de dollars.

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L e mercredi 5 février en dé- but de soirée, des cris, des chocs métalliques et des fracas de vitres brisées raisonnent sur le campus de McGill. Une quarantaine de vandales masqués prennent pour cible plusieurs bâtiments de l’Université. Le bilan est lourd : environ 30 vitrines du bâtiment Leacock sont fracassées, et cinq bâtiments sont vandalisés. Un examen de chimie qui avait lieu dans le bâtiment Leacock a été interrompu et plusieurs cours ont dû être écourtés.

L’action a été menée en un éclair: dans un communiqué publié sur le site anarchiste Montréal Contre-Information, les vandales se félicitent d’avoir « pris d’assaut » le campus de l’Université en moins de 15 minutes, sans que la police ni les gardes de sécurité ne puissent intervenir ou réaliser des arrestations. À ce jour, l’identité des vandales reste inconnue, et les forces de police montréalaises n’ont procédé à aucune arrestation.

Une attaque, plusieurs revendications

Dans le communiqué, les vandales affirment être des anarchistes « accompagnés d’amis », issus d’autres mouvements militants de Montréal. Leurs revendications sont multiples. En arrivant sur le campus, ils arboraient une banderole affichant l’inscription « Les institutions coloniales tomberont (tdlr) », et ont également laissé des graffitis derrière eux comme « 700 millions de dollars », faisant référence à l’acquisition et la rénovation de l’Hôpital Royal Victoria par McGill – sujet de nombreuses critiques depuis 2022. Les casseurs justifient aussi leur action par « la profanation de l’arbre de la paix », planté l’été dernier sur le Lower Field de l’Université par des militants et le collectif des Mères mohawks (Kanien’keha:ka Kahnistensera), puis rapidement retiré par McGill. Ils ajoutent à cela d’autres raisons, comme « la complicité historique de McGill dans l’expérimentation psychiatrique sur des enfants autochtones [notamment à travers le programme MK-Ultra, ndlr], et la transphobie et le racisme de son administration ». Une dernière raison mentionnée est le refus de l’Université McGill « de désinvestir du génocide et du complexe militaro-industriel [d’Israël, ndlr] ».

Les vandales expliquent dans leur communiqué que « McGill n’est rien qu’un symbole d’un système colonial et capitaliste duquel nous voulons la destruction totale », et le concluent avec : « Vive la Palestine, longue vie à l’arbre de la paix, mort au capital et à l’empire, fin au colonialisme et à la transphobie, nique McKill! »

La mairesse de Montréal Valérie Plante a rapidement condamné ces actes sur X, expliquant que « le droit de manifester ne justifie en aucun cas la destruction de biens. Montréal est une ville où l’expression doit se faire dans le respect des lois et des autres ». Deep Saini, recteur et vice-chancelier de l’Université, a quant à lui envoyé un courriel à l’ensemble de la communauté mcgilloise, dénonçant fermement ces actes et apportant son soutien aux étudiants et personnes présentes sur les lieux lors de l’évènement.

Point de vue étudiant

Afin de mieux comprendre ce qu’ont vécu les étudiants présents sur les lieux, Le Délit s’est entretenu avec Lana Dupin de Saint Cyr, étudiante de première année en biochimie, qui était en examen dans l’auditorium 132 du bâtiment Leacock lorsque les casseurs ont brisé ses vitres. Elle décrit : « On a entendu des bruits de métal et de verre. Tout le monde s’est retourné pour voir ce qui se passait. Moi j’étais dans le bas de la salle, donc je ne voyais pas, mais j’avais une amie qui était en haut à côté de l’entrée, et, par son expression du visage, on pouvait voir qu’elle était terrifiée. »

Lana explique que l’examen s’est néanmoins poursuivi : « Tout le monde a voulu rester concentré sur l’examen et les TAs [auxiliaires d’enseignements, ndlr] ne nous ont rien dit. » Ce sont les premiers étudiants à être sortis de la salle qui ont averti ces derniers, le professeur n’étant plus dans la salle à ce moment. Lana explique qu’aucune mesure majeure n’a été prise pendant l’examen. Les étudiants étaient seulement priés d’utiliser une autre sortie. Elle ajoute que lorsqu’elle est sortie de son examen, « des gardes de sécurité couraient dans tous les sens et prenaient des photos. Les gens étaient un peu sonnés. J’ai vu une fille pleurer et une autre qui appelait ses copines pour qu’elles viennent la chercher. La scène était vraiment impressionnante. »

Une action contre-productive?

Contacté par Le Délit, un représentant des Étudiants pour l’honneur et la résistance de la Palestine (SPHR) qui a voulu rester anonyme nous a affirmé que le collectif – particulièrement actif depuis deux ans et impliqué dans l’organisation de nombreuses manifestations pro-palestiniennes aux abords du campus – n’a pas de lien avec le groupe qui a réalisé l’action. Le représentant a néanmoins commenté : « cette action montre le mécontentement croissant sur le campus causé par le refus du Conseil des gouverneurs d’écouter les demandes de la majorité du corps étudiant pour le désinvestissement des entreprises complices du génocide à Gaza. »

Sur Reddit, l’action des vandales ne semble cependant pas avoir fait l’unanimité. Plusieurs internautes ont exprimé leur mécontentement à propos de la violence employée, ainsi que leur incompréhension sur les revendications précises des vandales. Lana semblait aussi sceptique vis-à-vis des manières employées : « Habituellement, je suis favorable aux revendications qui sont défendues par ces gens. Mais je pense qu’employer la violence comme ça ne défend pas bien la cause. Je ne suis pas sûre que faire peur aux élèves augmente le soutien des étudiants pour cette lutte. Il est possible que cela ait l’effet inverse. […] Je pense que ça donne même à McGill une excuse pour invalider ces causes et couper le dialogue avec les militants : McGill peut légitimement dire que ces collectifs sont violents et que ces personnes ont heurté certains élèves psychologiquement. » Pour Lana, la situation sur le campus est critique : « Plus ça continue, plus les gens se divisent et les points de vue deviennent extrêmes. Les étudiants sont de plus en plus divisés et ça joue sur l’environnement universitaire en général. Même dans ma résidence, il y a de plus en plus de frictions entre les personnes à propos de ces sujets, que ce soit sur les causes défendues ou bien les manières de protester. »

Le coût de l’intransigeance

Contactée par Le Délit, Sylvie Babarik, directrice adjointe des communications internes de l’Université McGill, nous a annoncé que « cela prendra plusieurs semaines, sinon des mois à réparer les vitres cassées. Étant donné le type et la taille des dégâts, on parle de dommages représentant des centaines de milliers de dollars ». Elle a ajouté que « l’Université encourage l’expression ouverte et respectueuse d’opinions et de points de vue divers, ce qui est fondamental pour sa mission académique. Toutefois, le vandalisme n’est pas une expression légitime du droit à la liberté d’expression ». McGill a annoncé collaborer étroitement avec les forces de l’ordre pour identifier les vandales et initier des procédures judiciaires ou disciplinaires à leur encontre. Dans son courriel adressé à la communauté étudiante à la suite de l’attaque des casseurs, Deep Saini a aussi réaffirmé la position de l’Université vis-à-vis d’un potentiel désinvestissement à l’égard de l’État israélien : « Soyons clairs : l’Université continue de rejeter fermement toute proposition de BDS [Boycott, Désinvestissement Sanctions, ndlr]. » L’Université n’a néanmoins pas réagi aux autres revendications des vandales.

« Les manifestations et dégradations matérielles sur le campus font désormais partie du quotidien des étudiants »

Les manifestations et dégradations matérielles sur le campus font désormais partie du quotidien des étudiants. Mercredi dernier, c’est le bâtiment Bronfman de la Faculté de gestion qui a été cible de vandales : son entrée principale s’est vue recouverte de peinture rouge et de graffitis « Coupez les liens avec Israël » ou encore « Désinvestissez du génocide ». Cet incident n’est donc pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une augmentation des mouvements de protestation à l’encontre de l’administration de l’Université. En effet, selon Sylvie Babarik, McGill a enregistré 14 incidents du même type depuis le 24 octobre 2024. Si les revendications des vandales anarchistes manquent de clarté, elles résument néanmoins les nombreuses problématiques qui sont source de discorde au sein de la communauté universitaire. Malgré la pression des étudiants et militants montréalais, l’administration de McGill reste intransigeante, laissant un climat d’incertitude quant à une potentielle désescalade des tensions à l’avenir.

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La sélection d’actus du Délit https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/en-bref-29/ Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57491 La sélection d’actus du Délit

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Sommet sur l’IA : Paris appelle à une régulation internationale

D u 6 au 11 février, Paris a accueilli le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, réunissant 61 pays autour d’une déclaration commune en faveur d’une IA « ouverte », « inclusive » et « éthique ». L’événement, coorganisé par la France, l’Inde et la Chine, reflète la volonté de poser les bases d’un cadre international pour réguler l’usage de l’IA. « Nous avons besoin de continuer à faire avancer une gouvernance internationale de l’intelligence artificielle », a affirmé Emmanuel Macron en clôture du sommet.

Cependant, les absences notables des États-Unis et du Royaume-Uni parmi les signataires rappellent les divergences profondes sur le sujet. Le vice-président américain, J. D. Vance, a défendu sa position prudente, mettant en garde contre une « régulation excessive qui pourrait tuer une industrie en plein essor ».

L’annonce du plan Stargate des États-Unis, doté de 500 milliards de dollars d’investissement sur l’IA, suivie de l’arrivée de la Chine avec DeepSeek, a agi comme un électrochoc pour l’Europe, brusquement confrontée au risque d’être complètement dépassée. La réponse européenne s’est traduite, dans un premier temps, par un engagement français pour un plan d’investissements privés de 109 milliards d’euros. Dans la foulée, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a dévoilé un plan de 200 milliards d’euros, visant à renforcer l’innovation et préserver la compétitivité de l’Union Européenne.

De tels investissements, massifs, et presque compulsifs, témoignent des enjeux colossaux liés à l’IA. Malgré ces sommets collaboratifs, le contrôle de cette nouvelle technologie, doté d’un potentiel quasi illimité, demeure l’objectif central. « En vérité, nous n’en sommes qu’au début. Les frontières bougent constamment et le leadership mondial est toujours à saisir », a déclaré Von der Leyen durant le sommet.

Vers une paix en Ukraine : une solution à quel prix ?

Après trois ans de conflit, une solution de paix semble se dessiner pour l’Ukraine. Donald Trump et Vladimir Poutine ont annoncé la reprise des discussions directes entre les États-Unis et la Russie, une première depuis près de trois ans de silence entre Washington et Moscou. Pourtant, ces pourparlers laissent l’Europe et l’Ukraine de côté, ce qui suscite de fortes inquiétudes.

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, tenue du 14 au 16 février, le vice-président américain J.D. Vance a présenté un discours ferme face aux Européens en laissant entendre qu’ils ne seraient pas invités à la table des négociations. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé ces échanges bilatéraux. « L’Ukraine n’acceptera jamais des accords conclus dans notre dos sans notre participation ». Il a également souligné la nécessité pour l’Europe de se doter de sa propre armée, évoquant la fin d’une ère où les États-Unis protégeaient automatiquement leurs alliés européens.

Eileen Davidson | Le Délit

Du côté américain, le nouveau secrétaire à la défense, Pete Hegseth, a confirmé que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN était peu probable et qu’un retour aux frontières de 2014 n’était pas réaliste.

Les Européens sont invités à consulter, mais resteront absents de la table des négociations, une décision perçue comme un affaiblissement de leur influence. Pendant ce temps, Zelensky refuse les propositions américaines qui n’offrent pas de garanties de sécurité pour son pays, rappelant que l’Ukraine ne sacrifiera pas sa souveraineté dans ces pourparlers complexes.

République Démocratique du Congo : Bukavu tombe aux mains du M23

Des combattants du M23, un groupe paramilitaire se présentant comme une force de résistance face au gouvernement congolais et soutenus par des troupes rwandaises selon Kinshasa, sont entrés dimanche 16 février dans le centre de Bukavu. Grande ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), cette avancée majeure dans le conflit marque un nouveau tournant après la chute de Goma en janvier. Désormais, l’ensemble de la région du Kivu, extrêmement riche en ressources naturelles comme le coltan et le cobalt, est un objectif stratégique pour le M23.

Eileen Davidson | Le Délit

Le conflit, sur fond de rivalités ethniques et régionales, est d’une grande complexité depuis sa résurgence en 2021. Sur place, l’arrivée des rebelles a suscité des réactions partagées. Certains habitants ont applaudi leur entrée, espérant un changement face aux difficultés sociales, tandis que d’autres ont fui les violences et les pillages. Selon l’ONU, le nombre de personnes déplacées en RDC se porte à sept millions.

L’armée congolaise, sous-équipée et minée par une corruption endémique, peine à contenir l’avancée du M23. Le manque de moyens militaires a été accentué par un embargo sur les armes jusqu’en 2023 par l’ONU, ce qui limite ses capacités de défense.

La communauté internationale, inquiète, multiplie les appels à la désescalade. L’Union africaine a mis en garde contre une possible fracturation du pays, tandis que l’ONU et l’Union européenne réclament un retrait immédiat du M23 et de ses soutiens extérieurs pour éviter une escalade régionale et mettre fin aux pillages, massacres et viols de masse.

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« L’existence c’est la résistance » https://www.delitfrancais.com/2025/02/05/lexistence-cest-la-resistance/ Wed, 05 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57342 Cérémonie d’ouverture du Mois de l’histoire des Noir·e·s à l’hôtel de ville de Montréal.

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Ce jeudi 30 janvier a eu lieu la cérémonie d’ouverture du Mois de l’histoire des Noir·e·s à l’hôtel de ville de Montréal, ayant comme thème cette année « Tout ce que nous sommes » (All that we carry). Cet événement a été marqué par de nombreuses interventions importantes, dont celles de l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean, le ministre délégué de l’économie et de la lutte contre le racisme Christopher Skeete, le ministre provincial de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge et bien d’autres. La soirée a été soulignée par la remise de prix aux lauréats de cette année, des personnes reconnues comme étant des sources d’inspiration pour les communautés afro-descendantes montréalaises. La soirée a aussi été marquée par le dévoilement du nouveau timbre de Postes Canada mettant en lumière l’esclave montréalaise Marie-Josèphe Angélique.

Une soirée touchante

L’hôtel de ville, désormais ouvert au public pour des expositions ainsi que pour la visite de certaines de ses pièces, a été restauré et modernisé au cours de la dernière année. Environ une centaine d’invités furent accueillis par un duo musical. La salle où se déroulait l’événement était à la hauteur de l’ampleur et de l’importance de ce dernier : le lieu était grandiose, avec des murs et planchers en marbre, des chandeliers et de hauts plafonds. La soirée a débuté par le discours marquant de Martine Musau Muele, présidente du conseil municipal, qui a rappelé l’importance du Mois de l’histoire des Noir·e·s au nom de la mairesse Valérie Plante. Cette dernière, absente lors de l’événement, avait tout de même fait une apparition quelques heures plus tôt pour la signature des lauréats dans le livre d’or de la ville. Enfin, le nouveau timbre a été dévoilé dans le cadre d’une collection commémorative mettant en avant la figure de Marie-Josèphe Angélique, un symbole de résilience de l’esclavage canadien. La récéption s’est poursuivie avec la prise de parole des deux représentants de l’édition de cette année, l’actrice francophone Penande Estime et l’animateur anglophone Ian Thomas. Leurs discours inspirants ont souligné l’importance de la représentation des communautés noires dans les médias et leur rôle de modèles pour les jeunes générations. Thomas a évoqué l’impact de la mort de George Floyd comme un événement collectif pour les Afro-descendants et la société dans son ensemble, en affirmant : « L’histoire des Noirs est notre histoire (tdlr). » Il a ensuite repris les paroles du philosophe politique Jean-Paul Sartre, déclarant que « L’existence, c’est la résistance. »

La Table Ronde du Mois de l’Histoire des Noir·e·s a été présidée par M. Michael P. Farkas, et sa directrice générale Mme Nadia Rousseau, qui ont partagé un message de mobilisation face à l’absence de budget pour la lutte contre le racisme, sous la responsabilité du ministre Christopher Skeete. Ils ont également souligné l’importance de l’histoire des communautés noires comme une partie intégrale de l’histoire collective. Cette soirée mémorable s’est conclue par la remise des prix aux 12 lauréats, dont trois ont été ou sont associés à l’Université McGill, que ce soit actuellement ou dans le passé : Wendell Nii Laryea Adjetey, Ayanna Alleyne et Désirée Rochat.

Marie-Josèphe Angélique : une flamme de résistance

Un des moments marquants de la soirée a été le dévoilement du timbre à l’image de Marie-Josèphe Angélique, qui met en lumière l’injustice tragique qu’a subi cette femme afrodescendente au 18e siècle. Née au Portugal sous le nom d’Angélique, elle a été vendue à plusieurs reprises avant de franchir l’océan Atlantique. Elle est arrivée à Montréal en 1725, à l’âge de 20 ans, en tant qu’esclave du marchand français François Poulin de Francheville. Durant ses neuf années en tant qu’esclave à Montréal, elle a mis au monde trois enfants, tous décédés avant l’âge de cinq ans, et a été rebaptisée Marie-Josèphe. Bien que l’histoire de résilience d’Angélique ait débuté dès sa naissance, elle a pris un tournant majeur en 1733, lorsqu’elle est devenue la propriété de Thérèse de Couagne de Francheville. Quand elle apprend qu’elle a été vendue à un acheteur de Québec, qui envisage de la revendre dans les Antilles, elle réclame aussitôt sa liberté. Sa propriétaire refuse. Le 10 avril 1734, un incendie ravage la ville de Montréal. En moins de trois heures, 45 domiciles, ainsi que l’Hôtel-Dieu, sont réduits en cendres. Le lendemain, des rumeurs se propagent en ville, accusant Marie-Josèphe et son amant Claude Thibault, un travailleur blanc, d’avoir mis le feu au grenier de sa maitresse sur la rue Saint-Paul. En raison des lois en vigueur en Nouvelle-France, Marie-Josèphe est présumée coupable jusqu’à preuve du contraire. Son procès dure plus de cinq mois et rassemble plus d’une vingtaine de témoins, qui l’accusent d’avoir déclenché l’incendie dans une tentative d’évasion. Elle maintient son innocence, mais est cependant jugée coupable, condamnée à mort et torturée jusqu’à ce qu’elle confesse. Le 21 juin 1734, elle est pendue en place publique. Toujours aujourd’hui, personne ne connaît le véritable déroulement de la soirée d’avril 1734. Toutefois, l’histoire de Marie-Josèphe Angélique illustre une résilience exceptionnelle face à l’esclavage et à l’injustice raciale dans l’histoire du Canada. En raison de sa tentative de fuite et de sa revendication de sa propre liberté, elle devient un symbole de résilience.

Un mois à ne pas manquer

Plusieurs activités auront lieu au cours du mois à travers Montréal dans le but de promouvoir l’histoire des communautés noires au Québec et dans le monde. Plusieurs de ces activités seront gratuites ou abordables, parfaites pour accueillir les étudiants, que ce soit pour célébrer le mois ou en apprendre davantage sur l’histoire des communautés afro-descendantes. L’organisme de la Table Ronde et ses collaborateurs accueillent chaleureusement tout le monde. Leur programmation est remplie d’événements culturels diversifiés, musicaux, sportifs, éducatifs, sociaux, pour tous les membres de la famille. Le programme complet est disponible sur le site de la Table Ronde du Mois de l’Histoire des Noir·e·s. Il est aussi important de mentionner que nous avons aussi au sein de la communauté McGilloise plusieurs associations qui célèbrent les contributions des personnes noires dans la société canadienne, et qui luttent contre la discrimination : Black Student Network (BSN), Black Access McGill, Black History Month McGill.

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Course à l’IA : Pékin contre-attaque https://www.delitfrancais.com/2025/02/05/course-a-lia-pekin-contre-attaque/ Wed, 05 Feb 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57355 DeepSeek, l’IA chinoise qui défie la Silicon Valley.

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Début 2025, DeepSeek, une jeune entreprise chinoise spécialisée en intelligence artificielle, annonce son premier modèle de raisonnement : DeepSeek-R1. Se voulant aussi performant que ses concurrents américains, ce nouveau système a provoqué un véritable séisme dans la Silicon Valley. Son modèle, avec un code source libre (open source), développé avec un budget dérisoire, remet en question l’hégémonie technologique des États-Unis et lance la course à l’IA entre Washington et Pékin.

David contre Goliath

Fondée en 2023 à Hangzhou en Chine par Liang Wenfeng, DeepSeek était initialement une entreprise axée sur les algorithmes de trading. Rapidement, elle s’est orientée vers l’intelligence artificielle, avec l’ambition de créer un modèle performant capable de rivaliser avec les chefs de file du secteur. Contrairement aux mastodontes américains, comme OpenAI ou Anthropic, qui reposent sur des milliards de dollars d’investissements et qui ont pour objectif d’innover, DeepSeek a misé sur une approche beaucoup plus frugale. Son secret? L’optimisation du code de modèles existants, disponibles en code source libre.

L’annonce de DeepSeek-R1 a secoué les marchés financiers. Développé avec un budget de seulement 10 millions de dollars, bien loin des investissements colossaux d’OpenAI ou Meta, ce modèle a soulevé l’hypothèse d’une surévaluation du marché de l’intelligence artificielle aux États-Unis. En réaction, le leader du marché, Nvidia, a perdu 17% de sa valeur en 24 heures et a entraîné le NASDAQ à la baisse avec un retrait de 2 000 milliards de dollars des marchés financiers, l’équivalent du PIB français, et ce, en quelques heures. Par ailleurs, cette percée est survenue peu après l’annonce du plan Stargate : près de 500 milliards de dollars d’investissement prévus par l’administration Trump pour renforcer l’infrastructure de l’IA. Marc Andreessen, entrepreneur influent et conseiller de Donald Trump, a décrit cet événement comme un « moment Spoutnik », faisant référence à l’affolement provoqué par le premier satellite soviétique sur les marchés américains en 1957, dans le cadre de la course à l’espace pendant la Guerre froide.

En parallèle, l’application DeepSeek est devenue l’une des plus téléchargées sur iPhone aux États-Unis, en Australie, en Chine et au Royaume-Uni, démontrant l’intérêt et la curiosité des consommateurs pour cette alternative au colosse ChatGPT.

Course à l’IA : la Chine redistribue les cartes

Au lieu de développer son IA à partir de zéro, comme OpenAI ou Anthropic, la start-up chinoise a optimisé des architectures déjà disponibles, réduisant ainsi les coûts de développement et d’entraînement de son modèle. Tout cela en étant contrainte d’utiliser des puces moins puissantes, à cause des restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine. DeepSeek prouve qu’un modèle performant peut être conçu avec des ressources limitées.

L’aspect du code source libre joue un rôle central : en rendant son modèle accessible à tous, DeepSeek suit une philosophie initialement prônée par OpenAI avant son virage vers une approche fermée. Ce choix permet une collaboration mondiale, où entreprises et chercheurs peuvent œuvrer ensemble pour améliorer le modèle.

Mais DeepSeek ne se distingue pas seulement par son modèle économique. Son PDG, Liang Wenfeng, adopte une politique de recrutement atypique, misant sur de jeunes diplômés et des profils issus des sciences humaines plutôt que sur des ingénieurs expérimentés. Selon lui, « l’expérience peut être un frein à l’innovation (tdlr) », car les experts établis ont tendance à reproduire ce qu’ils connaissent déjà, tandis que les jeunes diplômés, moins sûrs d’eux, explorent davantage de solutions nouvelles. Dans une entrevue donnée au média chinois 36Kr, il expliquait : « les travailleurs expérimentés ont des certitudes sur la bonne manière de faire, alors que les jeunes se remettent constamment en question, ce qui les pousse à innover ». Un pari risqué, mais qui, à en juger par le succès fulgurant de DeepSeek, semble avoir porté ses fruits.

L’arrivée de DeepSeek-R1 bouleverse l’équilibre de la course à l’intelligence artificielle entre la Chine et les États-Unis, un affrontement qui rappelle la course à l’espace du 20e siècle. Conscients de l’enjeu stratégique, les États-Unis avaient tenté d’entraver les avancées chinoises en restreignant l’exportation des puces Nvidia vers la Chine. Pourtant, le PDG de DeepSeek avait anticipé ces restrictions en commandant des milliers de puces performantes à l’avance, lui permettant de bénéficier d’une partie de la puissance des dernières puces Nvidia A100. Les cartes sont désormais rebattues : pour la première fois, un modèle chinois s’impose comme un concurrent direct d’OpenAI. En réponse, ce dernier a dû accélérer la sortie de son modèle « OpenAI o3 mini ». De plus, ce n’est pas seulement DeepSeek qui inquiète les États-Unis : la plateforme de commerce en ligne Alibaba a également annoncé son propre modèle, Qwen 2.5‑Max, qui se dit encore plus performant que DeepSeek-R1, renforçant davantage la pression chinoise sur le marché mondial de l’IA.

Au-delà des enjeux géopolitiques, le choix du consommateur est aussi redéfini. Pour Théophile et Antoine, étudiants en ingénierie à McGill, l’offre de DeepSeek change la donne. « Honnêtement, DeepSeek est gratuit et assez performant pour l’usage que j’en fais », explique Antoine, « payer 20 dollars par mois pour ChatGPT Plus, ce n’est pas négligeable pour un étudiant ». Théophile ajoute également : « de telles initiatives permettent aux géants de se réinventer pour conserver leurs clients, ces percées technologiques sont dans notre intérêt, nous, les consommateurs ».

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