Archives des Environnement - Le Délit https://www.delitfrancais.com/category/environnement/ Le seul journal francophone de l'Université McGill Fri, 17 Jan 2025 20:22:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 À vous de jouer https://www.delitfrancais.com/2025/01/15/a-vous-de-jouer/ Wed, 15 Jan 2025 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56820 Environnement n’a pas dit son dernier mot.

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2024 a signé un record historique de chaleur, mais elle a surtout franchi une barrière symbolique avec une température moyenne supérieure de 1,6°C à la norme pré-industrielle. Ainsi, l’objectif de 1,5°C fixé par l’Accord de Paris est désormais un rêve lointain. Même si une partie de l’augmentation des températures peut être attribuée au phénomène El Niño (un réchauffement anormal des eaux de surface de l’océan Pacifique équatorial, qui perturbe les régimes climatiques mondiaux), il ne faut pas se leurrer : l’urgence climatique est réelle et la nouvelle année ne va pas effacer tous les bouleversements qu’elle entraîne dans l’équilibre de nos sociétés, des écosystèmes et de la biodiversité. Les premiers jours de 2025, marqués par les immenses feux à Los Angeles, qui ravagent même les maisons des plus riches figures hollywoodiennes, rappellent que nous sommes tous vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique, qui ignore les frontières terrestres et remet en cause l’ordre naturel des saisons.

« Après un an de vulgarisation scientifique, sujets de réflexions et remises en question de nos modes de vie du quotidien, il est temps pour la section Environnement de laisser sa place à une autre voix »

À l’aube de cette nouvelle année, qui célèbre le premier anniversaire de la section Environnement au Délit, les menaces qui pèsent sur la planète sont toujours aussi inquiétantes. La perspective d’un nouveau mandat Trump, aux aspirations profondément anti-climatiques, a de quoi alarmer. Toutefois, il ne faut surtout pas baisser les bras, et au contraire redoubler d’effort. L’année 2024 a également été ponctuée par des bonnes nouvelles environnementales, et chaque jour de nouvelles personnes rejoignent les rangs du combat pour la planète. Au printemps dernier, la Suisse a été condamnée pour inaction climatique par la Cour européenne des droits de l’homme à la suite d’une mobilisation citoyenne regroupant 2 500 Suissesses sous la bannière « Aînées pour la protection du climat », préoccupées par l’impact du réchauffement sur leur santé. Au Canada, le projet de loi C‑59, déposé à la Chambre des Communes le 1er février 2024, a renforcé les restrictions autour de la publicité mensongère et de l’écoblanchiment en étendant son application à un spectre d’entreprises plus large.

Il y a maintenant un an, nous avons débuté en force en nous demandant comment rendre le temps des Fêtes plus écologique. 2024 a aussi commencé sur une note encourageante, avec les bonnes nouvelles environnementales de l’année 2023. Depuis, nous avons discuté de l’intérêt de calculer son empreinte carbone, de véganisme, de la différence entre les changements et le réchauffement climatiques, de modèles à suivre, de racisme
environnemental et de plastique. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec des activistes impliqué·e·s sur le campus, une entrepreneure misant sur le partage, la fondatrice d’une organisation à but non lucratif mettant de l’avant des pratiques durables en communication, le directeur exécutif du Bureau du développement durable de McGill, la première femme a avoir terminé le Vendée Globe et plusieurs professeur·e·s, professionel·le·s et artistes engagé·e·s pour l’environnement. Nous nous sommes interrogées sur le vandalisme d’œuvres d’art comme manière de militer, le rôle du sport dans la transition écologique, la fatigue décisionnelle et la place de l’humour dans la crise climatique. Nous avons aussi passé une journée enrichissante au campus MacDonald à découvrir ses initiatives environnementales. Mais surtout, nous avons partagé nos réflexions personnelles sur notre quotidien, confié nos peurs et notre espoir, notre rage et notre bonheur à nous engager pour lutter contre la crise climatique. « Les archives de journaux gardent en eux les pensées, les intentions et les problématiques d’un temps. Ils révèlent toute l’essence d’une époque, d’une communauté, d’un environnement », a dit Marie, fondatrice d’Au Féminin, la section prédécesseure d’Environnement, dans son ultime publication.

« Nous souhaitons léguer au Délit un sens du devoir qui amènera chaque section à s’intéresser à la manière dont l’environnement peut y être abordé »

Après un an de vulgarisation scientifique, sujets de réflexions et remises en question de nos modes de vie du quotidien, il est temps pour la section Environnement de laisser sa place à une autre voix. Alors que cette étape prend fin, nous tenons à remercier toute l’équipe qui nous a fait confiance, qui nous a inspirées et qui nous a encouragées à nous dépasser. Nous voulons aussi remercier tous les contributeurs et contributrices qui ont fait vivre Environnement par leur engagement. C’est grâce à votre implication que la section et le journal au complet sont si uniques, et nous souhaitons encore vous lire! Ce n’est pas parce que l’environnement n’aura plus de section dédiée qu’il faudra arrêter d’en parler. Bien au contraire, nous souhaitons léguer au Délit un sens du devoir qui amènera chaque section à s’intéresser à la manière dont l’environnement peut y être abordé.

Même si l’action individuelle est limitée et qu’il faut changer les structures de notre société pour pouvoir véritablement adopter des comportements éco-responsables, cela ne nous empêche en rien d’agir dans le cadre des contraintes qui nous sont imposées. Les efforts de chaque individu additionnés ont souvent bien plus d’incidence que l’on ne peut le penser et se traduisent souvent à une échelle plus large. En créant la section Environnement, nous avons cherché à provoquer du changement à une échelle locale et communautaire en nous adressant aux étudiants mcgillois. Notre objectif était de les sensibiliser, les informer, afin de les influencer vers des pratiques plus durables, tout en les motivant à réfléchir et à s’engager eux-mêmes dans leur communauté. La vie militante du campus est vibrante et les initiatives environnementales continuent de s’y multiplier. Se rendre aux évènements organisés par le Bureau de durabilité de McGill, rejoindre un club environnemental, sont des occasions de rencontrer de nouvelles personnes, d’échanger des idées et de réduire son éco-anxiété. L’environnement n’a pas dit son dernier mot, car c’est à votre tour de prendre la parole et de vous impliquer dans sa défense.

À vous de jouer!

Vous pourrez toujours retrouver tous les articles de la section Environnement dans les archives sur le site web du Délit! delitfrancais.com

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Comment représenter la crise climatique? https://www.delitfrancais.com/2024/11/27/comment-representer-la-crise-climatique/ Wed, 27 Nov 2024 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56673 Entrevue avec le bédéiste Martin Patenaude-Monette.

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Si les requins ont si mauvaise réputation dans la culture populaire, c’est en partie à cause de la représentation qu’en ont fait à l’écran des films comme Les Dents de la mer de Spielberg. L’image de monstres terrifiants qui leur a été attribuée a suscité un manque d’empathie et de protection pour cette espèce pourtant menacée. Que ce soit à travers le cinéma, la photographie, le dessin de presse ou de bande dessinée, les images façonnent notre manière de percevoir le monde qui nous entoure et orientent nos opinions. Ainsi, ceux qui véhiculent de l’information et des messages à travers les images, qu’elles soient sous forme artistique, médiatique ou de propagande politique, ont un pouvoir d’influence incommensurable. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, nous consommons des images en lien avec le changement climatique toujours plus effroyables : l’embrasement des forêts canadiennes, les ravages causés par les ouragans aux États-Unis, et plus récemment les inondations meurtrières en Espagne. Mais comment représenter la crise climatique sans provoquer le désarroi?

J’aime vraiment le fait de raconter des histoires en images.

Martin Patenaude-Monette

Le Délit s’est entretenu avec l’illustrateur québécois Martin Patenaude-Monette qui a publié cette année une nouvelle bande dessinée intitulée Un sacrifice tout naturel. Au cours de cette rencontre, l’illustrateur et biologiste nous a parlé des avantages de la bande dessinée et de ses choix dans la manière de représenter les questions environnementales par ce médium.

Pourquoi la bande dessinée?

La particularité de la bande dessinée, contrairement à d’autres médiums visuels ou textuels, est qu’elle s’immisce dans une sphère intime. Elle se lit en vacances sur la plage ou lors d’une pause, pour occuper son temps libre. Dans Un sacrifice tout naturel, Martin PM (son nom de plume) a cherché à être au plus proche de ses lecteurs, en suivant et documentant le combat administratif de citoyens à l’encontre des projets de chantiers dans le Sud du Québec. Parmi ceux-ci, on retrouve entre autres un projet d’écoquartier menaçant la forêt du Lac Jérôme et la construction d’un lotissement à Notre-Dame-de‑l’Île-Perrot, dans le secteur du boisé Saint-Alexis. Le bédéiste permet de rendre les questions environnementales plus concrètes à ses lecteurs, en s’intéressant à ces grands dossiers qui affectent directement leur quotidien.

« J’aime vraiment le fait de raconter des histoires en images », nous confie l’illustrateur. Dans son enfance, Martin PM aimait réaliser des montages vidéos et il retrouve le même plaisir de l’assemblage de scènes dans le dessin de vignettes de bande dessinée. Dans les deux cas, il explique qu’il s’agit de « prendre des segments qu’on met bout à bout, qui créent des enchaînements, tant dans la narration que dans le mouvement ». Cela permet de « plonger le lecteur et de le transporter facilement dans le lieu ». Toutefois, la bande dessinée a ses avantages propres. Contrairement au cinéma, l’équipement est très léger, il suffit d’un carnet et d’un crayon. « On peut reproduire visuellement beaucoup de scènes du passé ou des endroits où on n’a même pas été à partir d’informations », témoigne Martin PM, « mais avec des moyens hyper accessibles et de manière beaucoup plus facile ». D’ailleurs, un dessinateur est nettement moins intimidant qu’un réalisateur doté d’une armée de caméramans, ce qui lui permet d’approcher plus facilement les habitants des lieux dont il souhaite raconter l’histoire. Enfin, la principale différence avec un film ou un documentaire, dans lesquels les images deviennent parfois accessoires et servent de support à la narration, c’est « la complémentarité entre le texte et l’image » qui est fondamentale dans la bande dessinée. Elle permet « une danse entre le texte et l’image », car certaines choses sont plus faciles à représenter par l’image que par le texte.

Il est nécessaire de trouver le juste équilibre entre la représentation d’une réalité préoccupante et les messages d’espoir.

Vulgariser pour mieux éduquer

Il est difficile de ranger l’œuvre de Martin PM dans une catégorie fixe. Est-ce une enquête citoyenne? Du journalisme militant? L’illustrateur lui-même est incapable de le dire : « je considère que mon travail est relativement rigoureux et repose sur des documents, des faits, et des entrevues que j’ai menées », déclaret-il. Son ouvrage est une bande dessinée documentaire qui a pour but principal « d’informer en critiquant et en alertant ». Son rôle est ainsi pédagogique. Dans chaque grand dossier qu’il a suivi, Martin a constaté le manque de connaissance du public quant au mode de délivrance des autorisations environnementales pour les projets de développement. C’est le ministère de l’environnement qui a le pouvoir d’approuver ou non les demandes de nouveaux chantiers, qu’il refuse rarement. Comprendre la procédure juridique est crucial pour pouvoir bloquer un projet qui met en danger un milieu naturel. De la même manière, il s’est rendu compte des lacunes gouvernementales en matière de compréhension des mécanismes de protection de la biodiversité et des écosystèmes. Un sacrifice tout naturel cherche à combler ce manque d’éducation et à faire le lien entre les différentes sphères citoyenne, scientifique et politique.

Bien souvent, il s’agit simplement d’un problème de communication, qui nous empêche de nous comprendre. Afin de devenir ce pont pour la connaissance, l’enjeu de la représentation devient crucial. Comment rendre l’information accessible et intéressante pour tous?

Traiter des questions environnementales dans une bande dessinée demande un travail important de vulgarisation. Parce que la crise climatique est un problème complexe mêlant enjeux politiques, économiques, sociaux, et scientifiques, il n’existe pas de solution unique, ce qui peut souvent sembler décourageant. Le rôle du vulgarisateur est de simplifier l’information pour que le plus grand nombre y soit réceptif. « Quand tu fais de la vulgarisation, tu ne veux pas perdre les gens dans tous les détails. Mais en même temps, je ne voulais pas rester trop en superficie », nous expliquet-il. Pour atteindre le public le plus large possible, il agrémente le récit de multiples anecdotes qui exposent des cas concrets et permettent « d’humaniser le sujet, et de rejoindre les gens ». L’usage de la satire apporte une « petite touche d’humour qui peut aider à canaliser un peu la frustration de l’auteur et peut-être des lecteurs et des lectrices [vis à vis du manque d’action gouvernementale dans la protection de l’environnement, ndlr] », précise Martin PM.

Trouver le juste équilibre

Dans la représentation artistique comme pour la communication médiatique, il n’est pas toujours facile de parler de l’environnement sans adopter un ton alarmiste et évoquer les nouvelles négatives liées aux ravages causés par le changement climatique. Toutefois, il est nécessaire de trouver le juste équilibre entre la représentation d’une réalité préoccupante et les messages d’espoir. Si les deux approches sont primordiales pour susciter une prise de conscience et le partage de l’information, l’une ne doit pas déborder sur l’autre. L’espoir motive à agir contrairement à l’absence de perspective future et le sentiment de fatalité inspiré par trop de pessimisme. De même, l’excès de positivité et la certitude d’une issue heureuse peuvent aussi conduire à la passivité et faire oublier la notion d’urgence. Trouver la juste nuance a été la mission que s’est donnée la section Environnement au cours de cette dernière année en intégrant pistes de solutions à mettre en place au quotidien, bonnes nouvelles environnementales et réflexions sur des sujets complexes nécessitant plus de détails et de profondeur.

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Biologique ne rime pas toujours avec écologique https://www.delitfrancais.com/2024/11/13/biologique-ne-rime-pas-toujours-avec-ecologique/ Wed, 13 Nov 2024 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56582 Acheter bio est-il toujours le meilleur choix pour l’environnement?

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Au début de la session, ma co-éditrice Adèle et moi avons visité le campus Macdonald de l’Université, où nous avons eu la chance de rencontrer Janice Pierson, responsable de la ferme. Elle a piqué notre curiosité en mentionnant le rôle parfois néfaste de l’agriculture biologique pour l’environnement. Une perte d’informations entre les agriculteurs et les consommateurs entraîne souvent des comportements bien intentionnés mais infondés, comme la préférence pour les produits bio, basée sur des perceptions inexactes. Ces derniers ne sont pas aussi parfaits que ce qu’on pourrait croire.

En quoi consiste l’agriculture biologique

Afin d’approfondir mes connaissances à propos de l’agriculture biologique, je me suis entretenue avec David Wees, chargé de cours au Département de sciences végétales et directeur associé du Programme de gestion et technologies d’entreprise agricole. M. Wees explique que « biologique » ne signifie pas simplement l’absence de pesticides ou d’engrais : « C’est plus compliqué que ça. Le bio utilise des pesticides, mais ce sont des pesticides à moindre impact environnemental. On utilise aussi des engrais, mais la plupart sont des engrais d’origine naturelle, comme du compost ou du fumier. Si on utilise des minéraux [comme engrais ou pesticides, ndlr], ce sont des minéraux qui ont été minés et non pas synthétisés. » En comparaison, l’agriculture conventionnelle peut faire usage d‘organismes génétiquement modifiés (OGM), de pesticides chimiques et de fertilisants.

David Wees ajoute que l’agriculture biologique va au-delà de ces techniques : « Le bio s’inscrit dans une approche où on essaie de voir la ferme presque comme un organisme vivant, c’est-à-dire de regarder son ensemble et de se demander si on peut travailler de façon à minimiser l’impact environnemental, tout en maintenant la santé du sol, des travailleurs, des animaux, etc. »

Les avantages (et mirages) du bio

Les produits bios semblent à première vue toujours avoir un moindre impact environnemental, entre autres parce que plusieurs techniques sont priorisées avant l’utilisation de pesticides et d’engrais. David Wees détaille diverses méthodes alternatives utilisées pour lutter contre les insectes, les maladies et les mauvaises herbes : « Si on applique [l’agriculture biologique, ndlr] de façon théoriquement parfaite, lorsqu’on essaie de lutter contre les insectes, les maladies et les mauvaises herbes, on va toujours préconiser des méthodes non pas pour éliminer les problèmes, mais pour mieux les gérer. Autrement dit, on va tolérer un certain pourcentage de mauvaises herbes, d’insectes ou de maladies. » Ces méthodes incluent le labour du sol, le désherbage thermique, l’utilisation de paillis, l’introduction d’insectes bénéfiques (l’exemple le plus populaire étant les coccinelles pour éliminer les pucerons), et les pièges collants. L’utilisation de pesticides doux, comme des solutions savonneuses ou à base de soufre, arrive en dernier recours.

Pour ce qui est de la santé des consommateurs, il est vrai que les produits bios peuvent au premier abord sembler plus sains, puisqu’ils n’ont pas été traités avec des pesticides synthétiques. « Si on regarde les rapports de Santé Canada sur les cas de maladies ou d’intoxications dûes à des aliments contaminés, il y en a très peu concernant les fruits et légumes. La plupart du temps, ce n’est pas une intoxication dûe aux pesticides, mais à des bactéries qui se développent souvent lors de la manipulation des récoltes. Dans le cas de la viande, c’est lors de l’abattage, de l’emballage ou du transport [que peut survenir cette contamination, ndlr] », souligne David Wees. Les contaminations auraient lieu non pas pendant la production, mais le plus souvent après. « Lorsqu’il y a eu des cas d’intoxication dûs aux pesticides, c’était presque toujours lors de leur application ou de leur préparation. Donc, les plus à risque sont le producteur ou les employés, plutôt que le consommateur », précise M. Wees.

Les inconvénients du bio

Les techniques alternatives peuvent cependant parfois avoir un coût plus insidieux. David Wees donne l’exemple du cuivre : « Nous utilisons le cuivre depuis plusieurs siècles comme fongicide [pesticide servant à éliminer ou contrôler le développement de champignons parasites, ndlr]. Le problème, c’est qu’il ne se décompose jamais, contrairement aux pesticides organiques, qui se décomposent éventuellement. C’est un métal qui reste dans le sol. Pourtant, le cuivre est permis en agriculture biologique. »

David Wees explique que certaines techniques visant à éviter l’utilisation de produits chimiques nocifs proposent des alternatives qui ne sont pas forcément meilleures : « Souvent, en agriculture biologique, on doit utiliser beaucoup de labourage, soit de travail du sol, ce qui signifie que l’on passe encore plus de temps sur le tracteur, et donc qu’on consomme plus de diesel. On remplace finalement un problème par un autre : la consommation de carburant qui émet des gaz à effets de serre. » On a tendance à penser que le bio est idéal, mais il a tout de même un coût climatique considérable. L’agriculture biologique reste cependant une alternative préférable à l’agriculture conventionnelle. Selon la définition d’Équiterre, l’agriculture conventionnelle « comporte d’importantes limites notamment environnementales (contamination des eaux et des sols, désertification, salinisation des sols, disparition des pollinisateurs, destruction de la biodiversité, etc), et sur la santé humaine ».

Pour obtenir la certification biologique au Québec, « il ne suffit pas simplement de dire que nous sommes bios. » David Wees explique qu’il faut procéder à des vérifications exhaustives, et parfois à des inspections, qui vérifient la « trace écrite » (paper trail), comme les achats du producteur : « Pour prouver qu’on est une institution biologique, il faut conserver tous les reçus de tous nos intrants et être capable de décrire comment on s’en sert. » Certains producteurs décident de pratiquer l’agriculture biologique sans chercher à obtenir de certification, en raison des formalités écrasantes qui s’ajoutent au travail déjà très exigeant de la terre.

« Il serait donc préférable de s’interroger sur la provenance d’un produit avant de vérifier s’il est certifié biologique »

La paperasse administrative est souvent déjà insurmontable pour certains producteurs. Selon Janice Pierson, il y a une quantité démesurée de documents à compléter, et la raison derrière tous ces rapports qui se ressemblent n’est pas toujours évidente. « Je dois pratiquement embaucher quelqu’un rien que pour remplir les formalités administratives! », s’était-elle exclamée.

De son côté, la ferme du campus Macdonald a décidé de ne pas pratiquer l’agriculture bio, mais plutôt l’agriculture régénératrice, visant à préserver la qualité des sols, notamment en favorisant la biodiversité dans la terre pour augmenter sa teneur en matière organique. Selon Cultivons Biologique Canada, les pratiques de l’agriculture régénératrice comprennent « le compostage, les cultures de couverture, les engrais verts de légumineuses, la rotation des cultures, l’agriculture mixte et la culture peu profonde et réduite ».

Comment devenir un consommateur écoresponsable

« Malgré tout l’intérêt que les consommateurs ont pour le bio, si on regarde la production des fruits et des légumes au Canada, seulement à peu près 5% sont biologiques », signale David Wees. Pourtant, la demande est croissante au Québec et ailleurs dans le monde. Une grande partie des produits bios consommés au Canada sont donc importés, surtout des États-Unis : « La plupart du temps, les produits ne viennent pas de New York ou du Vermont, mais de la Californie. Donc, des carottes bios ont été récoltées en Californie, ont été mises sur un camion et y ont passé trois à quatre jours pour se rendre jusqu’à Montréal, alors que des carottes non biologiques cultivées au sud de Montréal ont peut-être passé seulement trois heures sur un camion. » Il serait donc préférable de s’interroger sur la provenance d’un produit avant de vérifier s’il est certifié biologique.

Au-delà de l’achat local, David Wees donne quelques conseils pour améliorer son comportement en tant que consommateur. Pour atténuer les impacts liés à la pollution par le transport des produits importés, il faut privilégier les fruits et légumes de saison. Il est également préférable de consommer ceux qui se conservent bien, comme les pommes ou les canneberges, plutôt que les fraises.

Même si l’agriculture biologique est en général une meilleure option pour l’environnement, il ne faut pas supposer que ce l’est dans tous les cas. Biologique ne rime pas toujours avec écologique : il est possible que certaines méthodes de l’agriculture conventionnelle ou régénératrice s’avèrent plus durables dans certains contextes. En s’informant sur les pratiques agricoles et leurs effets sur l’environnement, on peut éviter les pièges des idées reçues et faire des choix plus éclairés en tant que consommateurs, comme regarder d’où les produits proviennent avant de vérifier s’ils sont bios.

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Sauvons Willy! https://www.delitfrancais.com/2024/11/06/sauvons-willy/ Wed, 06 Nov 2024 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56479 La menace des polluants éternels sur les mammifères marins.

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En octobre 2023, Anaïs Remili donnait sa première conférence TED intitulée Une menace invisible : les orques sous attaque (tdlr) à Cape May au New Jersey, peu de temps après avoir soumis sa thèse de doctorat à l’Université McGill. Dans son discours, la chercheuse, désormais post-doctorante à l’Université Simon Fraser à Vancouver, a présenté les résultats de sa recherche mettant en lumière l’impact dévastateur des pesticides et des contaminants industriels, appelés « polluants organiques persistants », aussi connus sous le nom de « polluants éternels », sur la santé des orques et autres mammifères marins. Elle a aussi rappelé le rôle primordial de ces espèces dans la régulation des écosystèmes et la préservation de l’équilibre des océans et de la planète.

Le Délit a interrogé la chercheuse, afin d’en apprendre plus sur les menaces, exacerbées par le réchauffement climatique, qui pèsent sur ces animaux majestueux.

Le Délit (LD) : Votre recherche a porté sur les polluants éternels. D’où proviennent-ils? Pourquoi sont-ils produits?

Anaïs Remili (AR) : Ces polluants ont commencé à être produits dans les années 30. Les BPC, à savoir les biphényles polychlorés [groupe de polluants éternels, ndlr], ont été créés par Monsanto et étaient ajoutés à des composés électriques, des peintures, ou des plastiques. Ce sont des molécules qui sont très stables chimiquement. Elles ne se dégradent pas avec le temps et la chaleur, ce qui explique pourquoi elles ont été massivement utilisées et donc, produites. Ce n’est pas avant les années 60 qu’on a réalisé que ces molécules se retrouvaient dans l’environnement sans se dégrader. C’était aussi le cas pour les pesticides organochlorés qui incluent notamment le DDT [Dichlorodiphényltrichloroéthane, ndlr]. Synthétisé par un chimiste autrichien en 1874, le DDT a commencé à être utilisé un peu partout comme pesticide dans l’agriculture à partir des années 40. Dans les années 70, on a compris qu’il commençait sérieusement à mettre en péril les pygargues à tête blanche, l’aigle emblème
des États-Unis. Comme pour les BPC, le pesticide s’introduit dans l’environnement, principalement à cause du ruissellement des eaux de pluie sur les parcelles contaminées, mais a aussi une affinité chimique particulière avec les lipides. En se liant aux lipides des organismes, il s’accumule le long de la chaîne alimentaire : à chaque maillon, lorsqu’un prédateur consomme une proie, il absorbe les contaminants présents dans celle-ci, ainsi que ceux provenant de son propre environnement.

LD : Les différentes espèces sont-elles affectées de la même manière par les contaminants?

AR : L’observation des concentrations des POP à travers six espèces de baleines et de dauphins à Saint-Pierre-et-Miquelon, juste en dessous de Terre-Neuve, montre que les contaminants sont les plus faibles dans les baleines à fanons, parce qu’elles se nourrissent de krill et de petits poissons comme les capelans. Ensuite, ce sont les dauphins, qui se nourrissent peut-être des plus gros poissons ou des poissons qui ont beaucoup de gras comme les harengs, qui ont accumulé beaucoup de ces contaminants. Les orques, parce qu’elles sont au sommet de la chaîne alimentaire, comptent parmi les espèces les plus contaminées au monde. Les concentrations de polluant sont au-delà de deux fois la limite de 41 mg/kg qui a été établie il y a des dizaines d’années, à partir de laquelle on commence à percevoir des risques au niveau du système reproducteur.

LD : Les polluants représentent une des menaces pour la santé des mammifères marins. Quelles sont les autres? Peut-on faire une hiérarchie des dangers?

AR : Faire une hiérarchie, c’est difficile, mais je pense que la pêche accidentelle fait partie des menaces principales. Quand des gros bateaux chalutiers viennent pêcher des poissons par milliers, de temps en temps, les dauphins de petite taille se retrouvent coincés dans les filets. Environ 300 000 cétacés se font attraper dans des filets chaque année dans le monde. Une autre menace est liée à l’abondance en proies qui est altérée par le changement climatique. De plus en plus d’espèces de poissons migrent vers le Nord, ce qui peut affecter
la distribution de ces proies. Les baleines à fanons, qui ont besoin d’énormes quantités de petits poissons ou de krill pour se nourrir, se retrouvent en difficulté lorsque ces proies viennent à manquer. Par ailleurs, tous les cétacés qui utilisent l’écholocation [moyen de localisation des obstacles et des proies grâce à l’écho d’émissions d’ultrason, ndlr], comme le dauphin, sont perturbés par le bruit environnant, comme celui d’un gros bateau, de la recherche sismique, ou de sonars, parce qu’ils ne sont alors pas capables de communiquer entre eux, de coordonner une chasse ou tout simplement de trouver leur proie. La contamination environnementale devrait être aussi inclue dans les principales menaces.

« Les orques, parce qu’elles sont au sommet de la chaîne alimentaire, comptent parmi les espèces les plus contaminées au monde »


Anaïs Remili, chercheuse

LD : Quel est le rôle de ces mammifères marins? Quel est leur impact sur l’équilibre de la planète?

AR : Les baleines à fanons capturent les gaz à effet de serre. Elles séquestrent beaucoup de carbone dans leur corps en se nourrissant, et en absorbent aussi depuis l’atmosphère. Quand elles meurent, elles tombent dans les abysses, où finit le carbone capturé. Aussi permettent-elles d’enlever du carbone de l’atmosphère pour le rendre aux océans. Elles ont également un rôle de fertilisant : leurs matières fécales contiennent énormément d’azote, qui est un fertilisant naturel pour les communautés de phytoplanctons qui se développent ainsi grâce à cet apport. Elles jouent donc un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour augmenter la productivité de nos océans. Ces phytoplanctons, par leur photosynthèse, absorbent jusqu’à 50% du dioxyde de carbone contenu dans l’atmosphère pour générer de l’oxygène. Les baleines à dents, comme les dauphins ou les orques, jouent un rôle essentiel parce qu’elles régulent toute la chaîne alimentaire. Si elles venaient à disparaître, les conséquences seraient terribles, parce que les proies qu’elles devraient manger commenceraient à se reproduire de manière exponentielle. [Cela risquerait de déséquilibrer tout l’écosystème, car l’augmentation des poissons qui se nourrissent du plancton entraînerait sa diminution, réduisant son effet de stockage de CO2, ndlr].

« Les pays doivent faire en sorte qu’il y ait des régulations plus strictes avant d’autoriser les produits sur le marché »
Anaïs Remili, chercheuse

LD : Quelles actions concrètes, à l’échelle individuelle, pourrait-on mettre en place pour protéger les animaux marins?

AR : Je pense qu’on peut faire déjà attention à ce qu’on consomme. C’est important de se rappeler que chacun de nos gestes et chaque chose qu’on achète apporte sa contribution à la pollution globale de notre planète. Éviter de commander des produits de fast fashion sur Temu peut déjà être bien. Il faut aussi essayer de ne pas supporter des industries qui utilisent des pesticides toxiques, bien que beaucoup aient déjà été bannis. Mais chaque fois qu’un polluant est banni, les industriels trouvent une faille et mettent sur le marché une molécule un tout petit peu différente, qui échappe aux règles et aux interdictions, mais qui a toujours un peu la même structure, ce qui crée des problèmes à répétition. Je sais que c’est difficile financièrement de pouvoir faire différemment, surtout quand on parle à un auditoire étudiant. Parfois, on est obligé d’acheter ce qu’on peut au supermarché, mais on peut éviter d’acheter ce qui est produit en masse et vivre en ayant conscience de son empreinte écologique. C’est aussi important de partager l’information avec ses amis, sa famille, essayer de sensibiliser les gens à ce qui se passe actuellement. À l’échelle un petit peu plus globale, il faut convaincre nos responsables politiques de mettre en place des tests de toxicité plus rigoureux avant d’autoriser n’importe quelle molécule sur le marché. À chaque fois, c’est ce qui se passe : on a remplacé nos BPC par les PBDE (polybromodiphényléthers), qui sont essentiellement les mêmes molécules, sauf qu’à la place du chlore, il y a du brome. On se retrouve avec le même problème. Ces molécules s’accumulent dans la chaîne alimentaire, affectant différents organismes à travers tous les écosystèmes. Puis, on a banni ces PBDE et on les a remplacés par des PFAS (subtances per- et polyfluoroalkylées). En conséquence, les perturbateurs endocriniens sont partout. Cela menace nos populations humaines, mais aussi tous les organismes à chaque étage de la chaîne alimentaire dans nos écosystèmes. Quand allons-nous apprendre et quand allons-nous établir des tests à l’avance, avant de commercialiser n’importe quoi? On peut également faire un effort sur ce qu’on mange, en évitant de consommer des produits provenant de la pêche industrielle. En Colombie-Britannique, l’initiative Ocean Wise certifie que certains poissons ont été pêchés de manière durable. En achetant des produits certifiés, on ne contribue pas au phénomène de surpêche, ni à la pêche accidentelle des dauphins. Devenir végétarien peut être une solution à l’échelle individuelle. Je sais que tout le monde ne peut pas devenir végétarien et c’est compréhensible, mais moi, personnellement, c’est un choix que j’ai fait depuis 13 ans pour essayer justement de faire ce que je peux de mon côté pour éviter de contribuer à la surpêche.

Chérine Baumgartner

LD : Les négociations internationales ont-elles un rôle à jouer dans la protection des mammifères marins?

AR : Oui, bien sûr. Pour les polluants éternels, il existe un traité des Nations Unies : la Convention de Stockholm. C’est un traité qui a été créé en 2001, entré en vigueur en 2004, pour bannir tous ces contaminants dont les BPC, les pesticides, etc. Il y a toujours des révisions, auxquelles on ajoute des nouvelles molécules, des nouveaux contaminants à la liste. Quand cette convention a été signée, les 152 pays signataires s’étaient engagés à éliminer tous les BPC avant 2028. On est très loin de cet objectif. Il faut que les différents pays mettent la main à la pâte. Il y a encore plein de composés dans lesquels on avait ajouté des BPC à l’époque qui sont encore contenus dans l’environnement ou dans des hangars où ils attendent d’être détruits. S’il se passe quoi que ce soit, si on a un accident, ils peuvent être déversés dans l’environnement de nouveau. Une fois qu’ils sont dans l’environnement, on ne peut pas les retirer. Les pays doivent faire en sorte qu’il y ait des régulations plus strictes avant d’autoriser les produits sur le marché et faire ce qu’ils ont dit qu’ils allaient faire, c’est-à-dire éliminer ces vieux contaminants. Pour l’instant, ce n’est pas du tout le cas. C’est un peu décourageant, mais il faut quand même redoubler d’efforts et se dire que si on ne veut pas tuer nos mammifères marins et si on ne veut pas empoisonner nos populations humaines, parce que ces contaminants ne s’accumulent pas que dans les mammifères marins, il faudrait quand même faire un petit effort.

« C’est important de se rappeler que chacun de nos gestes et chaque chose qu’on achète apporte sa contribution à la pollution globale de notre planète »

Anaïs Remili, chercheuse

Afin d’éduquer le public sur ces questions-là, Anaïs Remili a co-créé Whale Scientist, une plateforme en ligne sur laquelle les scientifiques en début de carrière peuvent partager leur connaissance des mammifères marins de manière ludique. Cette initiative a pour vocation d’inspirer de futurs chercheurs tout en satisfaisant la curiosité des amoureux du monde marin.

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Comprendre le Vendée Globe avec Catherine Chabaud https://www.delitfrancais.com/2024/11/06/comprendre-le-vendee-globe-avec-catherine-chabaud/ Wed, 06 Nov 2024 12:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56498 Rencontre avec la première femme à avoir bouclé la course mythique.

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Le 10 novembre, 40 skippers (navigateur·rices, tdlr) prendront la barre pour débuter la plus grande course de navigation du monde, le Vendée Globe. Tous les quatre ans depuis sa création en 1989, quelques-uns des meilleurs skippers du monde partent des Sables‑d’Olonne en Vendée, en France, et font un tour du monde complet à voile, parcourant environ 45 000 kilomètres à travers les océans Atlantique, Indien et Pacifique pour retrouver le point de départ plus de 100 jours plus tard. Le Vendée Globe a la particularité d’être une course en solitaire et sans assistance : mis à part les situations d’avarie mettant en danger la vie des marins, les skippers sont livrés à eux-mêmes et ne bénéficient d’aucune aide pour parcourir le globe et accomplir cette épreuve souvent considérée comme étant « l’Everest des mers ».

Afin de mieux comprendre cette course, ses enjeux humains, sportifs, technologiques, et environnementaux, Le Délit a eu l’opportunité de s’entretenir avec Catherine Chabaud. Ex-navigatrice française ayant participé à deux reprises au Vendée Globe, elle a été la première femme de l’histoire à terminer cette course mythique, lors de l’édition 1996–1997. À la suite de sa carrière professionnelle, Catherine Chabaud s’est engagée en politique pour mettre en avant la question environnementale et la protection des océans.

Le Délit (LD) : D’où vient cette passion pour la navigation, et qu’est-ce qui vous a poussé à devenir navigatrice professionnelle?

Catherine Chabaud (CC) : Ma passion est d’abord venue d’un intérêt pour la mer. Avec ma famille, on faisait souvent de la plongée sous-marine. Ensuite, j’ai pratiqué un petit peu le bateau et plus j’en faisais, plus je trouvais ça formidable. Comme il n’y avait pas de bateau dans la famille, j’ai commencé à pratiquer la navigation avec une bourse des équipiers [un partenariat entre marins et propriétaires de navires, ndlr]. Au début des années 80, pour les femmes, ce n’était pas forcément facile de trouver des embarquements, donc j’ai dû très vite monter mes propres projets. J’ai d’abord exercé mon métier de journaliste et j’essayais d’aller naviguer dès que je pouvais. Un jour, j’ai décidé de mettre la priorité sur la navigation. En 1990, j’ai fait construire mon premier bateau. J’ai commencé par des courses, au début plus courtes, et plus ça allait, plus j’avais envie d’un peu plus de durée et de grandeur de bateau. Lorsque le premier Vendée Globe a été organisé en 1989, je me suis dit : « Un jour, je serai au départ ». En 1996, j’ai pris le départ de mon premier Vendée Globe.

« Parmi mes meilleurs souvenirs, je retiens mon premier passage du Cap Horn, parce que j’ai mis beaucoup de temps pour arriver à le franchir. Et bien sûr l’arrivée de mon premier Vendée Globe, qui était incroyable »

Catherine Chabaud

LD : Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans votre expérience de navigation?

CC : Ce que j’ai beaucoup aimé dans la navigation, c’est le sentiment de responsabilité, d’autonomie et de liberté que tu as quand tu es seule en mer. Et ce sentiment est multiplié par dix dans le cadre du Vendée Globe. Ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est le voyage, l’aventure, la découverte mais aussi plus simplement la vie en mer. Encore aujourd’hui, après des années de navigation, je suis toujours émerveillée par un lever ou un coucher de soleil, un albatros, ou par un dauphin. Parmi mes meilleurs souvenirs, je retiens mon premier passage du Cap Horn, parce que j’ai mis beaucoup de temps pour arriver à le franchir. Et bien sûr l’arrivée de mon premier Vendée Globe, qui était incroyable.

LD : À quoi ressemble le quotidien d’un skipper pendant le Vendée Globe? Comment arrive-t-on à trouver un équilibre entre le sommeil et la navigation?

CC : Comme tu es en course, la priorité est à la marche du bateau, tu essaies d’avoir les bonnes voiles réglées comme il faut, et tu essayes surtout d’aller dans la bonne direction avec les vents. Pour tenir sur le long terme, il faut aussi s’entretenir soi-même. Dans la journée, tu étudies beaucoup la météo, tu fais des manœuvres, tu manges, et dès que tu peux, tu vas dormir. Tu dors par petites tranches dont la durée dépend du contexte. Lorsqu’il y a des risques de collision avec des obstacles, comme des bateaux par exemple, tu ne dépasses pas les tranches de 20 minutes de sommeil. En revanche, tu peux aller jusqu’à 1h30 dans des conditions météorologiques stables.

LD : Le Vendée Globe est une course dans laquelle les femmes sont jusqu’à aujourd’hui sous-représentées. Pour l’édition qui arrive, sur 40 skippers, seules six sont des femmes. En 1997, vous devenez la première femme à avoir terminé cette épreuve, et à boucler un tour du monde en solitaire sans assistance. Est-ce que cela est source de fierté, et considérez-vous que cet accomplissement vous donne un rôle particulier auprès des femmes navigatrices?

CC : Par concours de circonstances, le titre de gloire m’est revenu, mais devenir la première femme à finir le Vendée Globe n’était pas du tout ma motivation à aller en mer. À l’époque, je m’étais dit que peut-être que lorsque je serais grand-mère, ce serait objet de fierté. Et en effet, 20 ans plus tard, c’est une fierté de se dire qu’on est pionnières [faisant référence à Isabelle Autissier, seule autre navigatrice ayant participé en même temps que Catherine, ndlr]. Je pense qu’on a inspiré des navigatrices mais aussi des femmes sur la terre ferme, en leur donnant envie de réaliser leurs rêves.

LD : Depuis 1989, les bateaux et les moyens de communication ont beaucoup changé grâce aux avancées technologiques. À votre avis, quelle est la différence entre participer au Vendée Globe dans les années 90 et aujourd’hui?

CC : Ne serait-ce qu’entre mon premier Vendée Globe en 1996 et celui en 2000, il y a eu énormément de changements. On est passé de la radiocommunication à la communication par satellites. Aujourd’hui, les skippers sont très connectés et communiquent beaucoup [sur les réseaux sociaux et à la télévision notamment, ndlr], voire un peu trop. Ils se mettent presque en scène, ce qui n’était pas du tout le cas avant. Selon moi, la surmédiatisation des skippers banalise un peu l’épreuve et l’aventure que représente le Vendée Globe. Cela dénature un peu l’idée d’une course en solitaire face à la nature. En même temps, c’est sympathique, parce que tu vois presque en direct comment les marins vivent. À l’époque, on essayait de ramener des images qu’il n’était pas possible d’envoyer en direct.

« Toutes ces avancées n’enlèvent aucun mérite aux skippers. Faire le Vendée Globe aujourd’hui reste une grande aventure. Mais il faut constater que le Vendée Globe des années 1990 et celui de 2024 sont deux courses profondément différentes »

Catherine Chabaud

Les bateaux ont aussi beaucoup changé d’un point de vue technologique. Depuis une dizaine d’années, il y a des bateaux bien plus performants qui volent sur l’eau [grâce aux ailes portantes (foils) notamment, ndlr]. Les accélérations et les décélérations sont extrêmement brutales et les skippers sont donc obligés de naviguer avec des protections pour le dos, les genoux, les chevilles ou encore avec des casques. C’est extrême, mais en même temps, c’est magique de voir qu’ils ont réussi à faire des bateaux si performants. Pour revenir sur la question du quotidien des marins, je ne sais pas comment ils organisent leur vie à bord, ils ne bougent quasiment plus. Aujourd’hui, les cockpits [postes de pilotage, tdlr] sont de plus en plus fermés, les bateaux vont parfois presque sous l’eau, et mouillent beaucoup plus. Lors de mes Vendée Globes, mon poste de pilotage était ouvert, je devais mettre des bâches pour le fermer dans les mers du Sud pour ne pas avoir trop froid.

Toutes ces avancées n’enlèvent aucun mérite aux skippers. Faire le Vendée Globe aujourd’hui reste une grande aventure. Mais il faut constater que le Vendée Globe des années 1990 et celui 2024 sont deux courses profondément différentes.

LD : Comment avez-vous perçu l’évolution du réchauffement climatique et de la pollution des océans, et quels sont leurs impacts sur une course comme le Vendée Globe?

CC : La première fois que j’ai vu du plastique en mer, c’était en 1991. Aujourd’hui, je constate surtout une augmentation de la pollution en mer Méditerranée, parce que dans les eaux plus agitées comme l’Atlantique, on les voit moins flotter. Seul 1% des plastiques en mer flottent. Par contre, quand j’ai navigué encore l’été dernier au Groenland, je me suis aperçue d’un écart important entre les glaces que l’on peut observer et les glaces cartographiées – souvent répertoriées dans les années 50 ou 60. Alors que les cartes te disent que la navigation est bloquée à certains endroits, en réalité, tu es souvent capable de parcourir 10 kilomètres de plus parce qu’il y a 10 kilomètres de glaciers qui ont fondu. C’est une différence colossale!

L’impact sur le Vendée Globe est bien réel. Avec le réchauffement climatique et l’augmentation du nombre d’icebergs, les eaux les plus au sud sont moins facilement navigables et le risque de collisions avec un iceberg non répertorié sur le radar est plus élevé. Les eaux sont donc plus dangereuses. C’est d’ailleurs pour cela qu’à partir du Vendée Globe 2000, pour assurer la sécurité des skippers, la direction a commencé à mettre des zones interdites à la navigation comme la Zone d’Exclusion Antarctique.

Plus récemment, on a commencé à créer des Zones de Protection de la Biodiversité, des zones où il y a beaucoup de cétacés, pour éviter de les heurter et de les tuer. L’impact existe donc vraiment d’un point de vue sportif, parce que les zones d’exclusion contraignent les skippers dans leurs manœuvres autour de ces zones-là. Mais tout le monde est à la même enseigne, et si cela permet de ne pas dégrader la biodiversité, alors tant mieux. Ce qu’on pourra aussi craindre dans plusieurs années, c’est que l’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques de plus en plus violents, ainsi que l’allongement des périodes de cyclones entraînent le report des courses.

LD : À la suite de vos Vendée Globe en 1996 et en 2000, vous vous êtes investie en politique à différents échelons, notamment en tant que députée européenne. En quoi votre expérience en mer vous a‑t-elle été utile dans votre travail au Parlement européen et dans votre carrière politique?

CC : Il y a un véritable bénéfice à avoir une expérience de navigatrice pour aller naviguer en politique. Avoir vécu des situations fortes, intenses, et avoir eu à me débrouiller seule pour trouver des solutions ça me donne la conviction qu’on peut être ambitieux dans la vision politique qu’on porte, et que l’être humain est capable de mettre en œuvre des choses formidables, à condition d’entreprendre et de persévérer. Une autre leçon que m’a donnée la mer, c’est de faire avec la situation. Dans l’océan, tu navigue malgré les contraintes, tu ne domines pas la nature, il faut arriver à s’adapter. En politique c’est la même chose, il faut s’adapter et travailler pour trouver des compromis.

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Rouge, bleu… mais où est le vert? https://www.delitfrancais.com/2024/10/30/rouge-bleu-mais-ou-est-le-vert/ Wed, 30 Oct 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56357 La place de l’environnement dans les élections américaines.

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À l’aube des élections américaines du 5 novembre, à l’issue desquelles nous connaîtrons le futur président des États-Unis, la planète entière retient son souffle. Le prochain mandat apportera-t-il un nouveau vent d’espoir, porteur de promesses pour faire face au changement climatique? Ou anéantira-t-il davantage toute perspective d’avenir durable? En tant que première puissance et économie mondiale, la participation des États-Unis dans la lutte climatique est indispensable pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici 2030. Depuis le mois d’août, le pays est ravagé par des ouragans puissants, comme ceux qui ont touchés la Floride (Helene, Milton). Conséquences du réchauffement climatique, ces catastrophes naturelles, qui bouleversent la vie de nombreux Américains, n’empêchent pas l’enjeu climatique de rester un sujet anecdotique dans la campagne présidentielle. Ceci reflète le faible intérêt que portent les citoyens américains des états clés quant au sort de l’environnement. Mais alors entre les deux candidats en lice, Kamala Harris pour le parti démocrate et Donald Trump pour le parti républicain, y a‑t-il un meilleur choix pour l’environnement?

Le paradoxe américain

Depuis la création de l’État fédéral, l’environnement occupe une place ambiguë dans l’histoire des États-Unis, à cheval entre sa protection et son exploitation. Ils ont largement participé à la prise de conscience mondiale quant à la nécessité d’agir pour la protection de l’environnement, entre autres par la création du premier parc national au monde, Yellowstone, fondé en 1872. Par ailleurs, en 1892, l’américain John Muir fonde le Sierra Club, l’une des premières organisations environnementales, qui avait pour objectif de préserver la « wilderness » (naturalité, tdlr), à savoir une zone exempte d’exploitation humaine. L’agence de protection de l’environnement a été créée sous le mandat républicain de Richard Nixon, peu de temps après la publication du livre Silent Spring de Rachel Carson, en 1962, qui dénonçait la toxicité des pesticides comme le DTT, et le danger que ceux-ci représentent pour la biodiversité.

« L’éthique capitaliste aux États-Unis est un élément important de la culture américaine, pour le meilleur et pour le pire. Et depuis les années 1980, il y a eu une forte opposition à de nombreuses réglementations environnementales »

Professeur Brendan Szendrő

Ces débuts d’un mouvement environnementaliste de conservation de la nature se sont accomplis au détriment des peuples autochtones, qui vivent depuis longtemps en harmonie avec la nature. Ces derniers ont été déplacés de force par les colons européens, qui ont saisi leurs terres, en justifiant cet acte au nom de la conservation de la nature. Interrogé par Le Délit, le professeur Brendan Szendrő, qui enseigne le cours de politique américaine POLI 325 à McGill, remarque qu’ « il y a toujours eu un chevauchement entre ces politiques de protection de l’environnement et les politiques à l’égard des populations autochtones, [qu’elles soient positives ou non, ndlr], (tdlr) ». On peut citer comme exemple les politiques instaurées sous le mandat de Nixon, où la création de l’Agence de protection de l’environnement a coïncidé avec l’abolition de la politique indienne d’assimilation, qui ne reconnaissait pas la souveraineté des tribus autochtones et forçait leurs membres à s’assimiler à la société américaine.

Aujourd’hui, les États-Unis sont l’un des plus gros pollueurs de la planète. En 2022, un Américain émettait en moyenne 14,9 tonnes de CO2 par an. Le pays se classe derrière la Chine comme deuxième plus grand pays émetteur d’émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Pour comprendre ce paradoxe, il est nécessaire de rappeler l’importance accordée à la liberté et au culte de l’individualisme, qui s’enracinent au plus profond
de l’histoire des États-Unis. La Déclaration d’indépendance, qui a donné naissance à la nation, cherchait à s’affranchir de la domination coloniale britannique ; c’est pourquoi le premier amendement de la Constitution scelle la liberté d’expression et de religion comme droits fondamentaux du peuple américain. Les États-Unis ont également vu naître l’idéologie néolibérale sous le mandat de Ronald Reagan dans les années 1980, qui repose sur « l’idée que la croissance économique est la plus efficace lorsque l’on réduit les réglementations et que l’on laisse les investisseurs faire ce qu’ils veulent », explique le professeur. Il ajoute : « L’éthique capitaliste aux États-Unis est un élément important de la culture américaine, pour le meilleur et pour le pire. Et depuis les années 1980, il y a eu une forte opposition à de nombreuses réglementations environnementales, simplement sur la base de cette culture de l’esprit d’entreprise et de la ferveur anti-réglementaire. » Par ailleurs, la classe ouvrière de l’Amérique rurale se méfie de la bureaucratie et résiste, comme les populations plus aisées, aux régulations gouvernementales en matière d’environnement, qu’elle considère comme « un moyen d’interrompre le mode de vie que les communautés ont construit sur plusieurs générations ».

« S’ils souhaitent être élus, les deux candidats doivent composer avec les préoccupations des électeurs des états pivots, dont le choix va déterminer le résultat des élections »

Realpolitik

Dans la campagne présidentielle actuelle, l’environnement est laissé de côté, mais ce n’est pas le seul enjeu oublié. « L’élection actuelle est pratiquement dépourvue de propositions politiques sérieuses », observe professeur Szendrő. Il poursuit : « Donald Trump fait campagne sur le thème “Je vais expulser les gens que je n’aime pas”. Et Kamala Harris fait campagne sur le thème “Pourquoi diable élire Donald Trump?” » Cela relève de la Realpolitik ou l’art du compromis, comme le souligne le professeur Norman Cornett, ancien professeur d’études religieuses de McGill, car « la politique doit être ancrée dans la réalité » et néglige les considérations idéologiques. S’ils souhaitent être élus, les deux candidats doivent composer avec les préoccupations des électeurs des états pivots, dont le choix va déterminer le résultat des élections. Or, bien souvent, leur réalité touche aux enjeux économiques dont les effets sont immédiats, comme l’inflation. Brendan Szendrő note que « le programme en faveur des combustibles fossiles est meilleur pour l’économie à court terme. À long terme, ce n’est pas le cas. Mais le long terme ne permet pas de gagner des élections. Les gens s’intéressent à l’inflation aujourd’hui, pas à l’inflation dans 20 ans ».

Eileen Davidson | Le Délit

Les enjeux géopolitiques de sécurité sont aussi prioritaires aux questions environnementales : « Si vous ne forez pas pour trouver du pétrole dans votre pays, vous allez dépendre de régimes qui sont, dans certains cas, caricaturalement mauvais, pour obtenir votre gaz. Cela aggrave la situation de votre économie, car vous importez plus que vous n’exportez. Cela vous affaiblit également en termes de politique étrangère, car vous dépendez désormais de despotes étrangers, qui pourraient, hypothétiquement, chercher à s’emparer de toute l’Europe de l’Est [la Russie de Vladimir Poutine, ndlr] », explique le professeur Szendrő.

Ces considérations peuvent expliquer le revirement de Kamala Harris quant à la question de la fracturation hydraulique, une pratique qui consiste à injecter de l’eau, du sable et des produits chimiques dans la terre pour extraire le pétrole et le gaz qui s’y trouvent. Lorsqu’elle faisait campagne en 2019 pour la présidence des États-Unis, elle se présentait comme une candidate progressiste et s’était engagée contre cette pratique destructrice pour l’environnement. Dans le passé, en tant que procureure générale de la ville de San Francisco, elle avait établi une unité de justice environnementale et avait poursuivi certaines compagnies pétrolières en justice. Cependant, depuis son ascension au poste de vice-présidente, elle affirme son soutien à la pratique controversée. Lors du débat présidentiel contre son adversaire républicain qui se tenait à Philadelphie dans l’État de Pennsylvanie, elle s’est même vantée « que sous l’administration Biden-Harris, les États-Unis ont tiré plus de barils de pétrole que dans toute l’histoire américaine », précise le professeur Cornett. Si l’on peut trouver cette attitude surprenante au premier abord, on comprend très vite les motivations de la vice-présidente : « On ne peut pas gagner [les élections, ndlr] sans gagner l’État de la Pennsylvanie, puisque cela implique 19 votes au collège électoral », explique le professeur Cornett. Or, le gaz naturel est le moteur de l’économie dans cet État pivot. Interdire la fracturation hydraulique reviendrait à s’aliéner les électeurs de Pennsylvanie et ainsi perdre les élections.

« On ne peut pas gagner [les élections, ndlr] sans gagner l’État de la Pennsylvanie, puisque cela implique 19 votes au collège électoral »

Professeur Norman Cornett

Absence de parti vert

Pour Brendan Szendrő, l’absence de proposition politique concrète est renforcée par la polarisation de plus en plus exacerbée du système politique américain, qui « gèle la prise de décision politique ». D’ailleurs, « le fait que le système soit conçu de manière à ce qu’un seul des deux partis puisse gagner les élections signifie que les tiers partis n’ont pas de programme sérieux ». Beaucoup se présentent avec l’intention de perdre. Selon le professeur Szendrő, « parce que les partis tiers savent qu’ils ne peuvent pas gagner, ils sont des foyers de corruption et essaient surtout de faire perdre l’un des deux partis, et non pas de faire avancer la politique ». Ainsi, le parti vert des États-Unis ne peut pas être comparé aux partis environnementaux d’autres démocraties. Jill Stein, à la tête du Green Party, a été impliquée dans des situations compromettantes, comme une rencontre avec Vladimir Poutine. Tandis qu’au Canada, le Nouveau Parti Démocratique (NPD) se présente comme une alternative aux partis libéral et conservateur, « aux États-Unis, cette troisième voie de la social-démocratie n’existe pas », analyse le professeur Cornett. Or le NPD est souvent « le parti qui s’intéresse le plus aux questions climatiques ». C’est ce qui explique le manque d’attention accordé à la politique environnementale.

Selon le professeur Norman Cornett, les lobbys politiques jouent également un rôle clé dans les élections et la politique américaine. Les candidats s’appuient sur le soutien de ces groupes d’intérêt pour financer leur campagne. « Le plus grand lobby pétrolier aux États-Unis, c’est l’ American Petroleum Institute, dont le PDG est Mike Somers », explique le professeur Cornett. C’est pourquoi, de nombreux élus se transforment en « porte-paroles pour l’industrie pétrolière », car leur survie politique en dépend.

« Pour que l’environnement soit à nouveau inscrit sur les bulletins de vote aux États-Unis, le plus simple à court terme est de lancer des initiatives au niveau des États »

Professeur Brendan Szendrő

La menace Trump

Bien que le programme de Kamala Harris en matière d’environnement puisse décevoir, il a le mérite de reconnaître que le changement climatique est réel. Sous la présidence de Biden, la loi sur la réduction de l’inflation de 2022 a permis de dégager des sommes considérables pour investir dans des solutions climatiques et d’énergie propre. L’alternative Trump, candidat climatosceptique dont l’un des slogans préférés est « Drill, baby, drill! », équivaudrait à tuer dans l’œuf tout espoir d’avancée en matière d’environnement. On se souvient du bilan environnemental catastrophique de Trump sous son premier mandat : retrait de l’Accord de Paris, élimination du Clean Power Plan qui contraignait les centrales à charbon à réduire leurs émissions, ou encore affaiblissement du National Environmental Policy Act qui soumettait des projets majeurs à une évaluation environnementale.

Finalement, a‑t-on vraiment le choix? « Si Kamala gagne, il y a beaucoup plus de possibilités de relancer certaines de ces initiatives [environnementales, ndlr] », indique le professeur Szendrő. Par opposition, « si Trump gagne les élections, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de solution possible, mais cela veut dire que le temps nécessaire à la mise en œuvre de ces solutions est beaucoup plus long ». L’option Trump reviendrait ainsi à renoncer aux progrès réalisés sous l’administration Biden, pour perdre à nouveau quatre ans de potentielle avancée en matière climatique. Les conséquences pour le reste du monde seraient majeures car « les États-Unis sont le pays le plus puissant du monde, autant sur le plan militaire qu’économique », rappelle le professeur Szendrő. « Et ils sont le chef de file du monde démocratique. Par conséquent, lorsque les États-Unis ne s’intéressent pas à la politique environnementale, il est d’autant plus difficile de rallier d’autres pays à cette politique, notamment parce que les politiques environnementales consistent souvent à privilégier le long terme au détriment du court terme. » Le professeur explique qu’il s’agit du problème classique, en science politique, de la tragédie des biens communs : « La plupart des pays sont réticents à adopter une politique environnementale si tous les autres pays ne sont pas prêts à faire de même. Ainsi, si les États-Unis ne sont pas disposés à investir dans la protection de l’environnement, il est beaucoup plus difficile de convaincre des pays comme la Russie et la Chine de suivre le pas. »

À l’échelle des États

Selon le professeur Szendrő, « pour que l’environnement soit à nouveau inscrit sur les bulletins de vote aux États-Unis, le plus simple à court terme est de lancer des initiatives au niveau des États ». Il souligne le pouvoir des États d’appliquer des politiques respectueuses de l’environnement à court terme: « Dès que vous franchissez la frontière entre l’Arizona et la Californie, tout change. Du côté de l’Arizona, tout est gris. Et du côté californien de la frontière, tout est vert », remarque-t-il. Néanmoins, il ne faut pas négliger le rôle du gouvernement fédéral, dont l’action est primordiale pour les solutions à long-terme. Mais pour cela, le professeur note que « la première chose à faire au niveau fédéral est de trouver un moyen d’abaisser la température de la polarisation politique aux États-Unis. Si l’on ne parvient pas à réduire la polarisation, alors toutes ces initiatives sont vouées à l’échec ».

Sur une note plus positive, le professeur Szendrő souligne que « dans une société démocratique, la recherche d’un consensus est le moyen le plus facile d’aller de l’avant ». Il note que « de nombreuses initiatives environnementales au niveau local sont nées de cette collaboration entre les organisations environnementales, d’une part, et les entreprises polluantes, d’autre part. » Ainsi, il est parfois possible de trouver un terrain d’entente « pour tenter d’élaborer des politiques mutuellement bénéfiques pour l’environnement et l’économie ».

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Alléger son empreinte sans faire de choix https://www.delitfrancais.com/2024/10/30/alleger-son-empreinte-sans-faire-de-choix/ Wed, 30 Oct 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56349 Quand nos biais nous aident à mener des comportements pro-environnementaux.

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On est souvent en faveur des options vertes, des actions qui minimisent notre impact sur l’environnement : recycler, privilégier les transports en communs, moins prendre l’avion, et ainsi de suite. Pourtant, les actions que l’on mène réellement sont souvent moindres que nos intentions. De nombreuses barrières psychologiques, comme des biais inconscients, ralentissent ou empêchent notre passage à l’action. Ces barrières nous amènent à adopter la mentalité « qu’il est déjà trop tard ». Certains finissent par se retirer de cette lutte sous prétexte que « ça ne sert à rien de continuer ». Pourtant, cet état d’esprit ne fait que nuire à l’environnement et à ceux qui font des efforts.

Et si une façon d’alléger à la fois sa charge mentale et son empreinte environnementale n’était pas de se battre contre les biais freinants, mais de réduire le nombre de situations où ils pourraient nous influencer?

Ai-je un impact?

L’impact des actions pro-environnementales que l’on entreprend au quotidien n’est pas évident à visualiser. À moins que la décision ne soit de jeter l’emballage de notre bonbon d’Halloween sur le trottoir ou dans la poubelle, il est difficile de voir et de réellement comprendre les conséquences de nos gestes. Dr Ross Otto, chercheur en psychologie à McGill, étudie les différentes influences de notre milieu sur nos décisions : « Les gens pensent-ils vraiment que l’on peut changer les choses de manière appréciable ? Je pense que c’est l’une des choses les plus difficiles pour amener les gens à changer leurs comportements. (tdlr) »

Chaque individu a des biais cognitifs, qui sont des déviations de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. Le chercheur en psychologie environnementale Robert Gifford, de l’Université Victoria, a regroupé les biais qui régissent l’inaction climatique sous forme de liste de « Dragons », à comprendre comme des forces puissantes et destructrices. Un de ces biais est la perception de notre manque de contrôle et d’efficacité personnelle dans les actions individuelles pour l’environnement. Est-ce qu’un régime végétarien va vraiment changer le monde? Bien que ses impacts soient connus et sous-estimés, un régime végétarien à lui seul demande beaucoup de maîtrise de soi au quotidien (par exemple, refuser de la viande à un repas ou au restaurant). Les inconvénients et les bénéfices à court terme semblent peser plus que ceux à long terme. C’est un des problèmes avec la crise climatique : on avance dans le flou, on sait quelles actions sont bonnes à poser mais on ne peut pas en voir les conséquences positives.

Une loi, moins de choix

Un autre « Dragon de l’inaction climatique » important est celui de l’incertitude : « Quand on n’est pas sûr des actions à entreprendre, on hésite, et l’hésitation c’est de l’inaction. » En politique, lorsque la crise n’est pas immédiate, beaucoup de facteurs viennent freiner une prise de décision radicale. Le Dr Ross Otto soulève que l’hésitation politique à agir pour préserver l’environnement est la plus néfaste. « Pourquoi le gouvernement fédéral hésiterait-il, par exemple, à essayer de réduire les activités liées aux combustibles fossiles ou à l’extraction en Alberta? Les politiciens sont élus, et le passage à l’action pour l’environnement peut être dangereux politiquement. » soulève Dr Otto. « Imaginez que le gouvernement du Québec dise : “Plus de camions à diesel.” Ce serait incommode et dispendieux pour beaucoup de monde, et ce serait un grand risque politique. C’est selon moi le type d’hésitation qui a le plus de conséquences. Je pense que le mieux qu’on puisse faire, c’est adopter des lois pour que l’on n’ait plus que le choix d’agir tous dans le même sens. » Les lois, les règles et les guides sont des manières d’éviter d’être confronté à un choix. Le fait d’adopter une façon de faire régulière peut alléger la charge mentale associée à l’action environnementale. Un exemple de règle à appliquer dans sa vie quotidienne pourrait être de privilégier la marche au lieu de prendre la voiture si le temps de trajet pour arriver à une destination est de moins de 30 minutes à pied.

Surcharge et abstraction

Robert Gifford aborde aussi le sujet de l’engourdissement environnemental par l’un de ses « Dragons ». C’est un dragon à deux têtes. D’une part, un engourdissement peut se produire lorsque nous recevons des messages très fréquents sur le changement climatique ou l’environnement, et qu’on s’habitue au message plutôt que de l’écouter activement. D’autre part, cet engourdissement peut se manifester par une abstraction des aspects lointains du changement climatique qu’on ne peut pas identifier ou qui n’ont pas d’impact immédiat. Pour illustrer la première « tête », on pourrait prendre l’exemple des catastrophes naturelles. Le sujet revient souvent dans les nouvelles, que ce soit à cause d’événements récents (comme les ouragans ayant eu lieu cet automne sur la côte est des États-Unis) ou de prédictions environnementales. La surcharge d’informations et leur similarité peut nous habituer à celles-ci, et on finit par ne plus accorder la même attention aux informations. Pour illustrer la deuxième « tête », on pourrait encore une fois reprendre l’exemple des catastrophes naturelles de plus en plus intenses. Au Québec, on a la chance d’être moins affectés par ces événements qu’ailleurs dans le monde. Pourtant, on sait qu’éventuellement, dans un avenir relativement proche, on le sera. Puisqu’on ne sait pas exactement à quoi s’attendre ni quand cela va se produire, on s’engourdit.

Stu Doré | Le Délit

Les mesures COVID

En politique, ne pas donner le choix semble garantir la prise d’action. La pandémie fut révélatrice de la rapidité à laquelle les changements de comportements peuvent s’opérer à grande échelle : le couvre-feu à 20h, ne plus se retrouver en groupe, porter un masque dans tous les espaces intérieurs. Le professeur souligne que la situation du « ici et maintenant » a poussé les gouvernements à agir. Bien que la crise était incertaine et que l’efficacité des mesures n’était pas connue, les gouvernements sont passés à l’action. « La différence avec la prise d’action climatique, c’est que le gouvernement a dit : “Voilà ce que nous devons faire maintenant”. Il n’y avait plus de choix. Dans une large mesure, les gens y ont adhéré. Je pense que les effets obtenus [la baisse des cas, ndlr] étaient observables à court terme. » Le professeur Otto souligne que les crises porteuses d’action nous montrent que les politiciens sont capables d’agir quand ils y mettent les moyens : « Je pense que le côté optimiste de la chose est que si l’on confronte des organisations, des gouvernements ou des personnes à une crise suffisamment importante, cela montre qu’ils sont capables d’agir. »

« L’inaction est plutôt due au fait que ces actions ne sont pas encore des habitudes de vie »
Ross Otto, professeur en psychologie à McGill

Réglages « par défaut »

Et si l’on acceptait que nous sommes des êtres qui agissent majoritairement par habitude, souvent paresseux, et qui acceptent largement les conditions qui leur sont imposées? Peut-on changer les réglages « par défaut » des fournisseurs d’énergie par des options plus vertes pour éviter l’effort du choix? Une étude menée en Allemagne a trouvé que la présentation de l’information a un grand impact sur la perception du choix et la prise d’action environnementale. Bien que la plupart des citoyens se disaient en faveur de l’électricité verte, les foyers étaient automatiquement alimentés par le fournisseur conventionnel en Allemagne, qui utilise du charbon et des centrales nucléaires. Lorsque le fournisseur a prodigué de l’électricité verte « par défaut », très peu de foyers s’y sont opposés. Ces résultats ont été justifiés par ce que représente un réglage « par défaut » : il peut être interprété comme une recommandation des fournisseurs, et soulage les gens d’un choix malaisant au vu de sa connotation morale (faire quelque chose de « bien » pour l’environnement).

Le pouvoir de l’habitude

« Dans le cas des actions pour l’environnement, ce n’est pas que les gens ont trop de choix entre les actions à poser, l’inaction est plutôt due au fait que ces actions ne sont pas encore des habitudes de vie », remarque le Dr Otto. Prendre l’habitude de toujours se déplacer en vélo (ou en Bixi) pour aller à ses cours évite de se demander si on veut prendre la voiture.

« Selon les théories d’apprentissage de base, ajuster un comportement nécessite de se débarrasser des déclencheurs de la situation qu’on veut changer. C’est une manière de changer les habitudes d’addiction, par exemple. Prenez quelqu’un qui a l’habitude de conduire alors qu’il [serait mieux pour l’environnement, ndlr] de ne pas le faire. Je pense que si vous modifiez tout son environnement, il sera forcé de réévaluer les actions et les résultats associés aux options. Les changements peuvent s’opérer à petite échelle, comme mettre ses clés de voiture dans un endroit ennuyeux qui se trouve de l’autre côté de la maison. Quand vous partez, c’est peut-être un exemple tiré par les cheveux, mais vous pourriez être enclin à penser : “Ok, maintenant, quelle est la séquence d’actions que je dois prendre pour aller au travail?” » Cela permet, selon le Dr Otto, de ralentir les actions qui ne sont pas bénéfiques pour l’environnement, de les rendre légèrement pénibles, jusqu’à ce que le comportement change. On pourrait imaginer un café où il faille faire la file pour demander une boisson dans une tasse à usage unique, et en faire encore une autre pour payer. Si l’on y apportait sa propre tasse, on n’aurait à faire la file qu’une seule fois!

Par exemple, dans le cadre de la diminution des déchets afin d’atteindre le Zéro Déchet à McGill d’ici 2030, il sera nécessaire de changer nos habitudes de consommation. Chaque tasse de café jetable qui peut être évitée est une avancée vers cet objectif commun. Même si ce n’est pas facile de devoir penser tous les jours à prendre une tasse réutilisable, c’est en se conditionnant qu’on arrive à transformer cela en une habitude au quotidien. Les habitudes sont difficiles à bâtir, et difficiles à défaire. Si chaque jour on se « programme » à prendre sa tasse réutilisable avant de partir et qu’on l’apporte au café pour qu’elle soit remplie, on n’aura plus besoin de tasses jetables. Lorsqu’on ne se crée pas d’habitudes, ces petites choses, qui s’accumulent rapidement, deviennent trop difficiles à mettre en œuvre au quotidien. Il y a une forte efficacité dans le fait de mettre en place des habitudes. Il existe également des barrières : aller acheter une de ces tasses sur son temps libre, et ensuite se souvenir à chaque fois du geste de la mettre dans son sac, jusqu’à ce que l’habitude se crée. Il y a toujours un coût initial à l’établissement d’une habitude, mais c’est toujours un excellent investissement, qui rapporte des bénéfices dont on profite à long terme.

Ne pas faire de choix revient essentiellement à choisir de toujours vivre de la meilleure manière possible pour ne pas nuire à l’environnement. Cela peut paraître difficile à atteindre et à maintenir, mais si l’on décortique le mode de vie environnemental idéal, on remarque que c’est une accumulation d’habitudes qui le bâtissent. Ces habitudes s’apprennent avec le temps et l’expérience, et il ne faut pas s’attendre à changer son mode de vie en quelques jours seulement.

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Recettes végétariennes https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/recettes-vegetariennes/ Wed, 09 Oct 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56231 Spécial automne!

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SOUPE-REPAS AUX LÉGUMINEUSES ET AU CURCUMA
Un coup de cœur de grand-maman par Ricardo.

Ingrédients :
1 oignon, coupé en dés
2 carottes, tranchées
2 branches de céleri, coupées en dés
1 gousse d’ail, émincée
50 g (1⁄4 tasse) d’orge perlé
2,5 mL (1⁄2 c. à thé) de poudre de cari
2,5 mL (1⁄2 c. à thé) de curcuma moulu
45 mL (3 c. à soupe) d’huile d’olive
1,5 L (6 tasses) de bouillon de légumes
1 boîte de 540 mL de légumineuses mélangées
1 boîte de 398 mL de tomates en dés, égouttées 1 petite patate douce, coupée en dés

Recette :
1) Dans une grande casserole, attendrir l’oignon, les carottes, le céleri et l’ail avec l’orge et les épices dans l’huile. Saler et poivrer au goût.
2) Ajouter le bouillon. Faire bouillir le tout, puis couvrir et laisser mijoter 30 minutes.
3) Ajouter les légumineuses, les tomates et la patate. Couvrir et laisser mijoter 10 minutes ou jusqu’à ce que l’orge soit tendre. Assaisonner au goût.
4) Servir avec des tranches de pain.

Eileen Davidson | Le Délit

SOUPE RÉCONFORTANTE AU RIZ SAUVAGE
Un coup de cœur de Miya par Ali Martin (Gimme Some Oven).

Ingrédients :
1,5 L (6 tasses) de bouillon de légumes
200 g (1 tasse) de riz sauvage
200 g (1 tasse) de champignons de Paris, tranchés
4 gousses d’ail, émincées
2 carottes, coupées en dés
2 branches céleris, coupées en dés
1 grosse patate douce, coupée en dés
1 petit oignon blanc, coupé en dés
1 feuille de laurier
15 g (1 c. à soupe) de sel de céleri
7,5 g (1⁄2 c. à soupe) de paprika
400 mL (1 canne) de lait de coco non-sucré
2 poignées de chou frisé, haché grossièrement
Sel et poivre au goût

Recette :
1) Faire mijoter les légumes et le riz dans le bouillon (sans ajouter le lait de coco) jusqu’à ce que le riz soit parfaitement tendre.
2) Incorporer le lait de coco et le chou frisé, en mélangeant bien. Saler et poivrer au goût.
3) Servir avec des tranches de pain croûté.

PS : Il est possible que le riz sauvage décolore et que le bouillon prenne une teinte mauve-gris, mais ne vous inquiétez pas, la soupe restera délicieuse!

Sachi Kapoor

SOUPE COURGE BUTTERNUT ET LAIT DE COCO
Un coup de cœur de Jade.

Ingrédients :
1 courge Butternut
1 oignon, coupé en dés
500 mL (2 tasses) de bouillon de légumes 400 mL (1 boîte de conserve) de lait de coco
15 mL (1 c. à soupe) d’huile d’olive
Sel et poivre au goût

Recette :
1) Couper la courge dans sa longueur et recouvrir de papier aluminium. Faire rôtir au four à 180° Celsius entre 40 et 50 minutes, jusqu’à ce que l’intérieur soit entièrement cuit. Si vous n’avez pas de four, vous pouvez aussi couper la courge en cubes et les attendrir dans une casserole avec un peu d’eau.
2) Faire sauter l’oignon dans un peu d’huile d’olive jusqu’à ce qu’il soit bien doré (7 à 9 minutes).
3) Ajouter la chair de la courge, le bouillon, et les épices. Couvrir pendant 5 minutes jusqu’à ébullition.
4) Mélanger le tout. Incorporer le lait de coco.
5) Épicer au choix : gingembre, noix de muscade, poudre de cari.
6) Si la soupe est trop épaisse, diluer avec un peu d’eau.
7) Servir généreusement et déguster avec une bonne tartine!

PS: Cette soupe se conserve très bien au congélateur

Eileen Davidson | Le Délit

SOUPE À LA COURGE ET PATATES DOUCES
Un coup de cœur de Camélia par sa maman.

Ingrédients :
1⁄2 courge musquée (peut être remplacée par de la citrouille ou une autre courge de saison), coupée en dés
2 à 3 patates douces, coupées en dés
3 carottes, coupées en dés
1 oignon, haché
3 tomates, coupées en dés
3 branches de céleri, coupées en dés 15 g (1 c. à soupe) de beurre
1 pincée de noix de muscade
Sel et poivre au goût

Recette :
1) Dans une casserole, verser 500 mL d’eau et attendrir les légumes.
2) Passer les légumes au mélangeur à main en ajoutant de l’eau tiède.
3) Ajuster l’épaisseur au goût.
4) Ajouter les épices. Saler et poivrer au goût.

Eileen Davidson | Le Délit

PÂTES AUX COURGETTES AVEC CÂPRES CROUSTILLANTS ET PISTACHES (RECETTE ADAPTÉE POUR LES ÉTUDIANTS EN MI-SESSION)
Un coup de cœur d’Édouard par Yotam Ottolenghi.

Ingrédients :
150 mL (2⁄3 de tasse) d’huile d’olive
4 courgettes (2 tranchées en rondelles et 2 coupées en dés)
20 mL (4 c. à thé) de vinaigre de vin rouge
45 mL (3 c. à soupe) de câpres, épongées
75 mL (1⁄3 tasse) de feuilles de basilic
60 mL (1⁄4 tasse) de pistaches (ou autres noix au goût)
6 gousses d’ail, hachées grossièrement
285 g (10 oz) de pâtes tubetti ou ditalini
Sel et poivre au goût

Recette :
1) Faire chauffer l’huile dans une petite casserole à feu moyen-vif. Faire frire un tiers des courgettes tranchées pendant 5 à 7 minutes, jusqu’à ce qu’elles soient dorées. Retirer les courgettes et les transférer sur une assiette recouverte de papier absorbant. Assaisonner avec une pincée de sel. Répéter avec le reste des tranches de courgettes. Transférer le tout dans un petit bol. Ajouter le vinaigre et mélanger, puis laisser mariner de côté.
2) Réduire le feu et ajouter délicatement les câpres à l’huile. Faire frire les câpres pendant 2 à 3 minutes, jusqu’à ce qu’elles soient croustillantes et de couleur vert foncé, puis les retirer, les égoutter et les placer sur une assiette recouverte de papier essuie-tout. Répéter avec les feuilles de basilic, en les faisant frire pendant environ 1 minute, puis avec les pistaches. Une fois refroidies, hacher grossièrement les pistaches.
3) Verser l’huile chaude dans une casserole, puis ajoutez les courgettes coupées en dés et 3⁄4 de c. à thé de sel. Faire cuire à feu vif pendant environ 5 minutes, en remuant, jusqu’à ce que les courgettes soient légèrement dorées. Ajouter ensuite l’ail et les pâtes, et faire cuire pendant 1 minute. Incorporer 2 1⁄2 tasses d’eau chaude, porter à ébullition, et laisser cuire en remuant souvent pendant environ 8 à 10 minutes, jusqu’à ce que les pâtes soient al dente.
4) Incorporer les pistaches et les courgettes frites, puis transférer les pâtes dans un grand plat. Garnir avec le basilic et les câpres. Servir chaud, à température ambiante ou même froid!

Édouard Montagne

RISOTTO À LA COURGE D’HIVER ET À LA SAUGE
Un coup de cœur de Genève par Recettes du Québec.

Ingrédients :
1 oignon de taille moyenne, haché
8 feuilles de sauge, hachées
60 mL (4 c. à soupe) de beurre
450 g (2 1⁄2 tasses) de courge musquée, coupée en dés
125 mL (1⁄2 tasse) de vin blanc
1,25 L (5 tasses) de bouillon de légumes
270 g (1 1⁄2 tasse) de riz arborio non rincé
300 mL (1 1⁄4 tasse) de fromage Caprano râpé
Sel et poivre au goût

Recette :
1) Dans une casserole, faire revenir l’oignon et les feuilles de sauge dans le beurre. Ajouter la courge et remuer pendant 2 minutes pour bien l’enrober de beurre.
2) Incorporer le vin et 1 tasse de bouillon. Couvrir et laisser mijoter pendant 15 minutes, jusqu’à ce que la courge soit al dente.
3) Retirer le couvercle et faire réduire à sec à feu très vif.
4) Ajouter le riz et 3⁄4 de tasse de bouillon. Faire mijoter à feu doux en remuant jusqu’à ce que le liquide soit absorbé. Répéter jusqu’à ce que le riz soit cuit.
5) Retirer du feu et ajouter le fromage. Bien mélanger. Assaisonner au goût.

Miya Yuki Comte Desjardins

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Magasiner en confiance https://www.delitfrancais.com/2024/10/02/magasiner-en-confiance/ Wed, 02 Oct 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=56130 Karavel, une plateforme de vente en ligne informationnelle.

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Nombreux sont ceux qui ont tendance à diaboliser les entreprises et le monde des affaires, les accusant de n’être qu’à la recherche de profit, souvent au détriment des considérations sociales, éthiques et environnementales. À force d’être bercés par les discours d’écoblanchiment (greenwashing), on peut les comprendre. Néanmoins, certains clichés sont à nuancer, car ce serait adopter une vision manichéenne que de ranger tous ces acteurs dans le même panier. Certaines initiatives entrepreneuriales contribuent à leur manière à la cause environnementale et poussent vers une consommation plus raisonnée en utilisant les codes de notre modèle économique et sociétal pour le faire évoluer de sorte qu’il respecte mieux l’environnement.

Le Délit s’est entretenu avec les cofondateurs de l’entreprise Karavel, Karl Godin et Timothé Bouchard. Karavel est une petite entreprise québécoise de vente en ligne de produits locaux qui encourage la transition vers un mode de vie plus vert.

Acheter local et informé

Karl et Tim sont deux amis d’enfance. Ensemble, ils ont décidé de monter leur entreprise en 2019, mettant ainsi leurs carrières professionnelles au service de leur combat environnemental. À l’origine, l’idée était de créer « un genre d’Amazon, mais local », raconte Karl. Tous les deux avaient connu des difficultés dans leur vie quotidienne, en tant que consommateurs, à se renseigner sur les produits qu’ils achetaient : « On voulait acheter plus éthiquement, plus localement, et avec plus de considération pour l’environnement. Mais on avait beaucoup de difficultés à trouver des sites qui font une agrégation de bons produits, puis qui nous donnent l’évaluation de leurs impacts avant ça », explique Tim. C’est pourquoi, ils ont décidé de créer une plateforme informationnelle de magasinage en ligne, afin d’aider le consommateur à faire des achats plus responsables en connaissance de cause. Ainsi, leur plateforme cherche à répondre aux questions suivantes : est-ce que les matières premières sont durables? Est-ce que le produit trouve ses sources à l’autre bout de la planète?

Le nom Karavel est dérivé de la caravelle, un navire à voiles utilisé lors des voyages de découvertes au 15e siècle. Elle était aussi utilisée pour transporter de la marchandise. Karl justifie le choix : « Honnêtement, c’est juste que phonétiquement, on aime beaucoup le son, puis ce que ça peut évoquer sans nécessairement faire allusion à l’aspect nautique ». Aussi, la plateforme Karavel accompagne le consommateur en lui donnant toutes les clés pour faire un choix éclairé et sûr. « Notre objectif, c’est d’offrir quelque chose qui soit vraiment aligné le plus possible avec nos valeurs, et celles de ceux qui ont la société, la communauté, et l’environnement en tête quand ils magasinent. Notre objectif, c’est vraiment de créer quelque chose de facile à naviguer, puis aussi d’être capable de bien présenter et mettre en valeur les produits de qualité qui sont disponibles sur le marché », poursuit Karl. Les deux cofondateurs ont fait le choix de mettre l’accent sur les produits locaux, qu’ils regroupent sur leur plateforme. Tim souligne que « même les produits locaux, souvent, on ne sait pas comment ils sont faits. On ne sait pas nécessairement quelle entreprise les a faits, ni comment ».

Sur Karavel, on retrouve une sélection de produits de soin personnel et de ménage, à savoir « des produits du quotidien » qu’on a toujours besoin d’acheter. Il ajoute que « la façon dont on réfléchit souvent, c’est de penser à tous les produits qu’on utilise au quotidien. On se lève le matin, on prend notre petit café matinal, après on prend notre douche, on a besoin de notre shampoing, etc. ». On y retrouve donc surtout des produits essentiels, c’est « un peu comme une pharmacie » suggère Karl. En effet, l’idée n’est pas d’encourager la surconsommation ou les achats inutiles.

Impact communautaire

Pour choisir les produits qu’ils mettront sur leur plateforme, Tim et Karl font non seulement attention à leur provenance, mais aussi à leurs caractéristiques environnementales. Les produits locaux permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par le transport de marchandises. Ils essayent le plus possible de sélectionner des produits sans emballages comme les shampoings solides ou avec des emballages réutilisables, compostables. Ils font également attention à leurs ingrédients et leur empreinte écologique. Karl donne l’exemple de la crème solaire disponible sur la plateforme à la fois en forme solide et en forme liquide, dont la composition n’a pas d’impact négatif sur les coraux dans les océans. Enfin, les produits ayant reçu des certifications environnementales ou sociales, ou effectuant de la compensation carbone sont également priorisés.

Karavel est une entreprise qui s’engage pour la communauté, et qui n’est pas seulement intéressée par le profit. 1% de la valeur de chaque commande sur leur site est remis à un organisme environnemental. Par ailleurs, le 28 mai dernier, à l’occasion de la journée de l’hygiène menstruelle, l’entreprise a annoncé donner l’entièreté des bénéfices bruts reçus au cours de l’année de 2024 avec la vente de produits d’hygiène féminine à l’association Dignité mensuelle, qui en fournit gratuitement. « En renonçant aux bénéfices bruts, nous visons à combattre la précarité menstruelle tout en encourageant une discussion sur les enjeux éthiques associés au profit et aux produits menstruels », avaient-ils écrit sur leur site. Selon eux, « le sexe ne devrait pas avoir d’incidence sur le coût de la vie » et « l’accès aux produits d’hygiène féminine est souvent trop coûteux ».

« L’objectif, c’est aussi d’être réaliste dans ce que le monde est capable de faire, et de transitionner ce fardeau-là de l’individu vers les entreprises »

- Karl Godin, cofondateur de Karavel

Écologie réaliste

Tim souligne que de nombreuses entreprises cherchent aussi à avoir un impact communautaire positif, en proposant des collectes de déchets par exemple. Tim et Karl prévoient également de soutenir les artistes locaux en leur permettant d’illustrer les cartes de livraison de Karavel, livraisons qui sont neutres en carbone grâce à Shopify Planet, une application qui compense les émissions émises lors du transport maritime des marchandises en soutenant les technologies d’élimination du carbone. Ce genre d’actions permet de faire face à un certain complexe en tant qu’entreprise en ligne qui se veut environnementale, comme l’admet Tim : « Quand on est une boutique en ligne, c’est difficile d’être complètement écolo. Il y a quand même tout le coût environnemental lié à l’envoi. » Voilà pourquoi ils priorisent les produits qui n’ont pas un gros volume et qui n’ont pas besoin d’être transportés. Ils s’assurent aussi de rester dans la gamme des produits essentiels et de « bien informer notre clientèle pour ne pas encourager non plus la surconsommation ».

Tim et Karl partagent une philosophie réaliste de l’écologie. Leur objectif est d’accompagner leur clientèle vers des habitudes de consommation plus durables sans leur demander un changement radical de mode de vie. « C’est difficile d’être écologique à 100% », constate Karl. Il ajoute : « On a chacun nos fardeaux, on a chacun nos raisons d’agir d’une certaine façon. Nos clients, et nous-mêmes, on est tous un peu paresseux jusqu’à un certain point. Être 100% écologique, on pourrait le faire. Ce n’est pas impossible, mais ça a un impact sur notre santé mentale. Quand tu prends cette charge-là en tant qu’individu, ça devient vraiment difficile. » L’engagement de Karavel cherche à soulager la responsabilité de l’action individuelle en la rendant plus facile. « L’objectif, c’est aussi d’être réaliste dans ce que le monde est capable de faire, et de transitionner ce fardeau-là de l’individu vers les entreprises », conclut-il. Parfois, s’adapter au système économique de notre société nécessite de favoriser des changements progressifs qui à long terme auront un impact significatif sur la réduction de nos émissions de dioxyde de carbone. Tim conclut lui aussi : « C’est un petit peu ça notre mentalité pour l’ensemble des produits où parfois, on doit faire des petits sacrifices [en vendant certains produits non réutilisables, ndlr] pour essayer d’aller chercher plus de gens, faire grossir notre communauté. Mais c’est aussi une manière de transférer plus de gens vers des habitudes qui sont plus vertes. »

Aujourd’hui, Karavel se lance dans un nouveau chapitre et va étendre ses ventes sur des produits de qualité en se concentrant un peu moins sur l’aspect environnemental. L’entreprise garde toutefois sa ligne directrice étant de garder une transparence complète sur les produits qu’elle promeut afin de continuer à permettre l’achat informé.

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Une journée au campus Macdonald https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/une-journee-au-campus-macdonald/ Wed, 25 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55966 À la découverte d’une ferme aux multiples visages.

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D’où provient la viande que l’on achète en épicerie? Comment a‑t-elle été produite? Longtemps chasseur- cueilleur, l’Homme a toujours su trouver sa nourriture dans la nature par lui-même et ce n’est que récemment qu’il a commencé à se poser ces questions. Aujourd’hui, la majorité de la population est totalement déconnectée du processus de production alimentaire et se nourrit de ce qu’elle trouve en magasin, se fiant uniquement aux étiquettes sur la composition et provenance des produits. Parfois, le consommateur décide d’acheter du bio et se sent écolo sans savoir réellement si l’étiquette ne cache pas une réalité moins verte. Finalement, seuls les acteurs du système agroalimentaire connaissent les dessous de la production. Or, il est essentiel de savoir ce que l’on mange au quotidien, car cela impacte à la fois notre santé et l’environnement.

Afin de mieux comprendre l’origine des aliments qui se retrouvent dans notre assiette tout comme celles des cantines de McGill, nous nous sommes rendues à la ferme du campus Macdonald. Cette escapade d’une matinée nous a offert une bouffée d’air dans notre quotidien éreintant d’étudiantes-citadines. Parfois, il suffit d’un retour à la terre pour se rafraîchir la tête et s’échapper de notre monde de béton.

Loin de la ville

Le campus Macdonald se situe à l’extrémité Sud-Ouest de l’île de Montréal, dans la ville de Sainte-Anne-de-Bellevue, à 32 kilomètres du campus du centre-ville. Pour s’y rendre, il est possible de prendre la navette gratuite offerte par McGill dont on peut retrouver les horaires sur le site de transport de McGill.

Nous nous retrouvons devant le bâtiment Sherbrooke 680 d’où part la navette pour rejoindre le campus Macdonald. Le trajet jusqu’au campus Macdonald ne dure qu’une trentaine de minutes. Peu de temps après notre arrivée, nous voilà déjà apaisées par la quiétude qui règne sur le campus délocalisé. À quelques dizaines de mètres du fleuve Saint-Laurent, les étudiants étudient dans l’herbe qui s’étend à perte vue. Ici, l’environnement est dans toutes les consciences. Après avoir vagabondé entre les bâtiments de cours, nous gagnons la campagne et les champs. Nous finissons par distinguer la ferme Macdonald, plus facilement accessible en voiture qu’à pied. L’odeur de fumier pénètre nos narines : pas de doute, nous sommes au bon endroit.

Au cœur de la ferme laitière

Poursuivant notre route, nous arrivons au complexe d’élevage laitier, où nous apercevons à travers la grille de l’étable une employée en train de s’occuper des vaches. Celle-ci nous invite à la rejoindre pour nous faire visiter le complexe et, au passage, répondre à nos questions. Nous enfilons des couvre-chaussures en plastique, « pour des raisons de biosécurité et pour garder les chaussures propres (tdlr) », nous explique Aynsley Merk, technicienne animalière pour le troupeau laitier de recherche de l’Université McGill. Aynsley fait partie d’une équipe de cinq techniciens qui s’occupent du troupeau et de l’entretien de l’étable.

Adèle Doat | Le Délit

Une fois à l’intérieur, Aynsley nous prévient que la prise de photos nécessite une autorisation des Comités du soin des animaux des installations (Facility Animal Care Committees). Dans les étables, il est difficile de s’entendre entre le bruit des machines et des animaux. Nous sommes arrivées tout juste au moment où les vaches venaient de rentrer après leur exercice extérieur quotidien. L’équipe était en plein ménage : « Elles sortent généralement pendant deux heures dans l’après-midi, après avoir été nourries et traites », nous explique Aynsley. Elle nous décrit les sortes de vaches dans l’étable : « Comme vous pouvez le voir, nous avons des vaches laitières de différentes races. La plupart d’entre elles sont des vaches noires et blanches. Ce sont des Holstein. Nous avons aussi des vaches brunes appelées Jersey et celle-ci est une Suisse brune. » Caressant la vache en question, Aynsley poursuit : « Elles sont toutes très amicales parce que nous les touchons tout le temps. Elles sont vraiment habituées aux humains. Nous les éduquons pour qu’elles soient gentilles, car nous avons des étudiants qui travaillent ici et nous ne voulons pas qu’ils se blessent. »

La ferme laitière du campus Macdonald sert avant tout à la recherche et à l’éducation. Certains étudiants rendent visite aux vaches dans le cadre de leur cours : « Les étudiants du programme de santé animale viennent travailler avec elles pour apprendre [entre autres, ndlr] à prendre leur température. Tous les cours de biologie animale comportent généralement une visite de l’installation laitière. Il y a un programme de Gestion et technologies d’entreprise agricole, qui y est présent en permanence. »

Un des projets de recherche en cours à la ferme laitière est guidé par la professeure Elsa Vasseur, et porte sur le bien-être des animaux et la recherche comportementale. Aynsley nous explique que la ferme du campus utilise ce qu’on appelle une installation de stalles à attaches : « C’est une vieille école dans le sens où les animaux sont attachés à une stalle, mais c’est [l’installation, ndlr] que l’on trouve le plus au Canada et au Québec. Je pense que le monde évolue vers un environnement libre où les animaux ne sont pas attachés, où ils ont une aire de repas et une aire de couchage, et ils ont plus d’autonomie, mais ils ne sortent pas à l’extérieur. » La professeure Vasseur s’intéresse à améliorer le bien-être des vaches dans l’étable du campus. Son équipe et elle font des tests de personnalité sur les animaux. Aynsley nous pointe un système de cordes et poulies attachées au plafond de l’étable : « Toutes ces lignes servent à attacher différents objets, que nous plaçons devant [les vaches, ndlr] et nous filmons ce qu’elles font avec. »

Un autre projet de recherche en cours est celui du professeur Raj Duggavathi. « Ses étudiants au doctorat s’intéressent généralement à la physiologie de la reproduction, plus précisément aux cycles œstraux et à la présence de marqueurs dans le sang et le lait. » Les éleveurs de vaches laitières tendent à se débarrasser des vaches qui ne tombent plus enceintes, car elles ne produisent plus autant de lait. « Nous aimerions donc que nos vaches vivent longtemps, la longévité est donc l’un de nos principaux objectifs », nous explique Aynsley. « L’espérance de vie moyenne d’une vache laitière dans l’industrie, dans les grandes exploitations au Canada, est de cinq ans », selon la technicienne, « La vache la plus âgée que nous ayons jamais eue ici avait 18 ans, et elle était vieille! »

En plus d’être une ferme de recherche et d’éducation, elle vend le lait produit à des fins commerciales : « [Les vaches, ndlr] sont traites deux fois par jour. Au Canada, tout est acheminé au même endroit, mélangé au lait de toutes les autres fermes, et les produits sont ensuite distribués. Chaque fois que vous mangez du fromage OKA ou du Québon, il se peut que cela vienne d’ici. » Aynsley nous fait entrer dans une autre pièce dans laquelle se trouvent les veaux : « Si nous gardions tous les bébés, nous ne pourrions pas fonctionner. C’est pourquoi nous élevons un certain pourcentage de notre troupeau pour en faire de la viande de bœuf. »

« Je pense que ce qui m’enthousiasme le plus dans mon travail, c’est de voir à quel point les consommateurs ont du pouvoir et à quel point des changements positifs se profilent à l’horizon. »

Aynsley Merk, technicienne animalière

Aucun doute, Aynsley aime son quotidien. Elle connaît chaque vache par son nom (Starburst, Bahamas, Abba, etc.), et peut même distinguer leurs personnalités : « Elles sont toutes totalement différentes. Et nous avons tous nos préférées. » Son travail a eu beaucoup de conséquences sur sa vie, notamment sur son alimentation : « Ce que je préfère raconter aux gens, c’est que j’ai été végétarienne pendant la majeure partie de ma vie, parce que je me suis toujours sentie inconfortable par rapport à l’agriculture animale. J’ai eu l’occasion d’assister à des conférences et de parler à de vrais producteurs affiliés à des universités. Et ce que l’on constate surtout, c’est qu’ils aiment leurs animaux. Je me sens beaucoup mieux à l’idée de manger des produits d’origine animale aujourd’hui parce que je vois qu’on s’occupe d’eux. Il ne s’agit pas d’une culture d’abus, du moins pour les produits laitiers et le bœuf. » Elle ajoute : « Je pense que ce qui m’enthousiasme le plus dans mon travail, c’est de voir à quel point les consommateurs ont du pouvoir et à quel point des changements positifs se profilent à l’horizon. »

Aynsley témoigne de l’influence des changements de mentalité sur l’industrie : « En effet, lorsque les laits alternatifs sont apparus, comme le lait d’amande et le lait d’avoine, l’industrie laitière a commencé à changer. Elle se demandait comment faire pour que les gens se sentent à nouveau à l’aise en buvant du lait. C’est ainsi que l’on voit apparaître ces éléments dans le code de bonnes pratiques ou dans diverses lignes directrices auxquelles tous les agriculteurs doivent se conformer. On assiste à de grands changements dans le domaine du bien-être animal. Par exemple, plus personne ne pourra construire d’étables avec des stalles à attaches. De notre côté, nous attendons une nouvelle étable, mais McGill, comme vous le savez, traverse un peu une période difficile… »

« Toutes les personnes que nous avons interrogées ont mentionné le manque d’attention et de visibilité donné à la ferme du campus Macdonald. Les projets de nouvelles infrastructures ne semblent pas être la priorité de McGill »

L’agriculture régénératrice

Aynsley souhaite nous faire rencontrer Janice Pierson, la responsable de la ferme, mais elle est absente de son bureau. Alors que tous les employés cherchent à la contacter pour qu’elle puisse nous recevoir, en vain, nous nous résignons à lui envoyer un courriel et poursuivons notre visite. Nous nous dirigions vers le Mac Market, ouvert de juillet à novembre, qui vend des fruits et légumes de saison produits sur le campus Macdonald quand, soudain, une voiture nous arrête. Il s’agit du professeur Raj Duggavathi, dont nous avait parlé Aynsley. Il arrive à temps pour nous prévenir que Janice est de retour. La nouvelle de notre visite surprise a donc vite fait le tour du campus.

Juliette Elie | Le Délit

Janice ne tarde pas à nous rattraper et nous faisons sa connaissance. « J’ai obtenu mon diplôme en 2000 au campus Macdonald et je suis revenue 23 ans plus tard pour devenir cheffe d’exploitation. Et je ne viens pas d’une ferme. Je viens de la jungle de béton de Toronto! », explique-t-elle. Janice a décidé de consacrer sa vie à la ferme et à ses animaux. Fièrement, elle nous décrit son lieu de travail d’une superficie de 250 hectares de terre qui ne comprend pas que la ferme laitière mais aussi le centre d’horticulture, ou encore l’unité de volaille. Janice met en avant le rôle de la ferme Macdonald dans le projet McGill Feeding McGill, lancé il y a dix ans. Grâce à cette initiative, chaque année, 25 000 kg de fruits et légumes produits par le centre de recherche d’horticulture remplissent les cuisines des cafétérias de McGill.

La ferme cherche à développer une agriculture plus durable. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle va devenir une ferme biologique. Janice explique : « On parle beaucoup du bio comme étant bon pour la santé, mais il y a des choses bio qui, sur le plan de l’environnement, ne sont pas toujours les meilleures. Par exemple, c’est le cas pour le travail du sol. Dès que l’on commence à labourer un champ, on libère beaucoup de CO2. Nous, nous pratiquons l’agriculture sans labour. » Ce qu’ils ont décidé de faire plutôt que de mettre en place une agriculture biologique, c’est de développer l’agriculture régénératrice. Cette méthode vise à préserver la qualité des sols en adoptant des pratiques de culture et d’élevage plus raisonnées, notamment en favorisant la biodiversité dans les sols pour augmenter leur teneur en matière organique. Selon Janice, cela « ouvre de nombreuses possibilités ». Elle a un plan très précis en tête pour le futur de sa ferme : « Dans nos champs, j’aimerais que les andains [alignement de foin, ndlr] descendent jusqu’en bas parce qu’un jour, j’espère que les vaches iront paître là sans avoir à traverser de route. »

« Nous devons apprendre à faire de l’agriculture un peu mieux et un peu plus doucement et à travailler avec l’environnement »

Janice Pierson, responsable de la ferme

Dans sa vision de l’avenir, les pesticides occupent une place moindre. « L’objectif, c’est d’utiliser moins de produits chimiques. Cela ne signifie pas que nous n’en utilisons pas, mais que nous en utilisons beaucoup moins et que nous adoptons des pratiques plus responsables. Par exemple, nous plantons des cultures de couverture. Elles ont non seulement un impact sur la population de mauvaises herbes, mais aussi sur la qualité du sol et sur la réduction de notre impact sur l’environnement. » Si beaucoup d’agriculteurs ont gardé leurs habitudes traditionnelles héritées de génération en génération, qui se traduisent souvent en l’élimination des obstacles à la culture au détriment de l’environnement, Janice est persuadée qu’il est temps de changer de mentalité : « Nous devons apprendre à faire de l’agriculture un peu mieux et un peu plus doucement et à travailler avec l’environnement. » D’autant plus que l’activité de la ferme Macdonald subit de plein fouet le réchauffement climatique et doit s’y adapter. La chaleur impacte à la fois les cultures mais aussi l’élevage. « Nous ne pouvons pas laisser les vaches dehors si elles n’ont pas d’ombre et qu’il fait 30 degrés Celsius. » Avant de continuer : « Elles sont heureuses à l’extérieur si les conditions sont bonnes. Si vous les mettez dehors quand il fait chaud et qu’elles ont l’occasion de retourner dans l’étable, où il y a de la ventilation et où elles peuvent s’allonger, il y a de fortes chances qu’elles se présentent à la porte et qu’elles veuillent retourner dans l’étable. »

Un manque de visibilité

Janice prévient Laura Caralampides, gestionnaire du Centre de recherche horticole, de notre arrivée imminente, et notre exploration du campus Macdonald se poursuit. Laura est trop occupée pour discuter avec nous mais nous accorde le droit de visiter les serres, qui font partie du programme McGill Feeding McGill. Nous nous dirigeons ensuite vers le Mac Market, où nous sommes accueillies chaleureusement : la caissière nous offre gratuitement un sac en papier rempli des légumes et fruits de notre choix, simplement parce qu’il s’agit de notre première visite. L’atmosphère est chaleureuse, la générosité des gens ne cesse de nous impressionner. Il est temps de terminer cette matinée enrichissante avec un pique-nique bien mérité sur la pelouse du McEwen Field.

Toutes les personnes que nous avons interrogées ont mentionné le manque d’attention et de visibilité donné à la ferme du campus Macdonald. Les projets de nouvelles infrastructures ne semblent pas être la priorité de McGill.

Ce qu’on en conclut, c’est que le campus Macdonald gagne absolument à être visité. Cet endroit vert et accueillant regorge de gens tous plus généreux les uns que les autres. Le futur de la lutte contre les changements climatiques réside dans la recherche scientifique qui permet des projets innovants, exactement ce à quoi se dévouent les professeur·e·s, étudiant·e·s et employé·e·s du campus Macdonald.

Merci à Aynsley Merk, Janice Pierson, et à tous·tes celles et ceux qui nous ont guidées.

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Semaine nationale de l’arbre et des forêts https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/semaine-nationale-de-larbre-et-des-forets/ Wed, 25 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55982 L’approche du double regard.

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Du 22 au 28 septembre a lieu la Semaine nationale de l’arbre et des forêts (SNAF) dont l’objectif est de sensibiliser le public à la protection des forêts et de l’industrie forestière. Organisée par l’Institut forestier du Canada (IFC), qui prône « la confiance et la fierté à l’égard de la foresterie canadienne », plusieurs activités à travers le pays sont mises sur pied, notamment sur les défis climatiques, l’éducation forestière et la conservation, et ce, avec l’intégration du « savoir autochtone ». Le thème de cette année est « L’approche du double regard : accueillir tous les savoirs pour préserver nos forêts. » Comme l’IFC le met de l’avant, cette démarche s’inscrit dans une volonté de combiner savoirs traditionnels autochtones et savoir occidental afin de « favoriser l’innovation économique et d’atténuer les défis climatiques en constante évolution […] et de s’y adapter ».

Un des regards adopté cette semaine est celui des Premières Nations, particulièrement touchées par les feux de forêts. Leur population représente 5% de la population canadienne, mais 80% d’entre eux·elles sont situé·e·s dans des zones à risque de feux de forêt selon le gouvernement du Canada. Les communautés autochtones du territoire Secwépemc, dont le mode de vie dépend de leur environnement, souhaitent préserver et restaurer les écosystèmes de leur région. Voyant les compagnies de l’industrie forestière replanter des sapins et des épinettes noires, elles expliquent que simplement planter des arbres ne restaure pas la diversité de la forêt. Angela Kane, présidente-directrice générale de la Société de restauration et d’intendance des Secwepemcúl’ecw (Secwepemcúl’ecw Restoration and Stewardship Society), dit que sa communauté a besoin d’infrastructures de culture et d’entreposage de semences, ainsi que leur propre pépinière dans une perspective d’autosuffisance. Elle espère ainsi recréer des écosystèmes complexes : « Nous voulons créer notre propre programme de collecte afin de pouvoir récolter nos propres graines spécifiques à la région et à nos communautés. »

L’expérience de restauration des forêts par les communautés Secwépemc illustre le savoir holistique des Premières Nations face à l’environnement.

« Les intérêts des communautés autochtones et des compagnies de l’industrie forestière se sont opposés à plusieurs reprises, et les commanditaires de l’événement sont impliqués dans ces conflits »

L’approche du double regard mise à l’épreuve

Bien que la SNAF tente de sensibiliser autant à la protection des forêts qu’à leur exploitation durable, des enjeux éthiques peuvent survenir. En effet, les intérêts des communautés autochtones et des compagnies de l’industrie forestière se sont opposés à plusieurs reprises, et les commanditaires de l’événement sont impliqués dans ces conflits. Par exemple, la majorité des commanditaires sont des compagnies de pâtes et papiers et de produits forestiers, dont Millar Western, Tolko, Résolu, Canfor et Dryden Fibre Canada. Alors que l’IFC souhaite sensibiliser le public sur la richesse de nos forêts canadiennes lors de cet événement, ses actes ne sont pas toujours cohérents. La Dryden Fibre Canada, pour n’en nommer qu’une, a, en mai dernier, été décriée dans les médias par la Première Nation Grassy Narrows pour la contamination de la rivière Wabigoon. En plus d’un épisode de déversement dans les années 60, la communauté autochtone accuse l’entreprise de continuer de rejeter à ce jour des résidus chimiques, dont du méthylmercure. La concentration élevée de mercure dans l’eau affecte particulièrement la santé physique et mentale des membres de cette nation autochtone et augmente les cas de maladies chroniques, de diabète et de troubles neuropsychologiques.

Ainsi, tandis que les compagnies forestières sont motivées par des objectifs économiques, les Premières Nations, comme celle de Grassy Narrows, cherchent à maintenir la santé de leur environnement et de leur communauté. Ces dernières ont une vision plus holistique de la forêt qui est pour eux un lieu d’habitation, de chasse et de cueillette. Comme l’explique Angela Kane, les feux de forêt n’ont pas seulement privé les autochtones d’une ressource matérielle, mais de leur mode de vie : « Ça a été un moment vraiment traumatisant. Voir les panaches de fumée se rapprocher de jour en jour, entendre les hélicoptères jour et nuit, c’était presque comme vivre en temps de guerre. […] C’est une expérience dévastatrice. Certain·e·s membres de notre communauté ont perdu leur maison, d’autres leur mode de vie. »

C’est avec cette vision que les communautés Secwépemc ont restauré un territoire de forêts ravagées par l’incendie d’Elephant Hill près de Kamloops en Colombie-Britannique en 2017.

Avant de s’intéresser aux différentes perspectives et à différents moyens de répondre aux feux de forêts, il est pertinent de faire un bref état des lieux à la fin de cette saison estivale.

Retour sur l’état des forêts canadiennes après l’été 2024

La couverture de plusieurs médias ainsi que les données de Ressources naturelles Canada soulignent que les feux de forêt de l’été 2024 ont définitivement ravagé moins de surface au pays que l’an passé, qui avait été une saison hors du commun (17,9 millions d’hectares de forêts brulés en 2023 contre 5,1 millions d’hectares en 2024). Cependant, la saison 2023 reste toujours bien au-dessus des moyennes des dernières décennies et les incendies ont été répartis différemment. Bien que le Québec et l’Ontario aient été épargnés en raison des fortes pluies en lien avec les tempêtes tropicales Béryl et Debby, plusieurs feux majeurs ont été enregistrés dans l’est et dans l’ouest du pays, ce qui a peut-être donné l’impression d’un radoucissement au Québec. Les feux qui ont dévasté la ville de Jasper, en Alberta, en juillet dernier, ont été contrôlés après quatre semaines de propagation et après avoir brûlé le tiers de la municipalité, obligeant l’évacuation de 25 000 personnes dont 5 000 résidents. Les changements climatiques ont augmenté les risques de feux de forêts dans les dernières années et ce phénomène est maintenant une réalité préoccupante. Face à cette réalité, la SNAF organise un atelier le 25 septembre prochain, abordant comment les changements climatiques affectent nos forêts.

Explorer les récentes innovations

Lors de la SNAF, une étude présentée par des chercheurs de Concordia est en cours pour utiliser l’intelligence artificielle dans la lutte contre les feux de forêt. Il reste plusieurs tests à faire avant que cet outil ne soit utilisé par la Société de protection des forêts contre le feu au Québec (SOPFEU). Néanmoins, il semble prometteur pour la détection préventive des feux via un système complètement automatisé de drones, de réseaux neuronaux (donc un module d’intelligence artificielle apprenant par lui même) et de traitements d’images. You Zhang, l’un des auteurs et professeur au Département de génie mécanique, industriel et aérospatial de Concordia, croit que cette avancée pourrait détecter plus rapidement les feux, et donc aider au contrôle de ceux-ci.

Finalement, il est intéressant d’aller au-delà de l’appréciation d’un événement de sensibilisation comme celui-ci et de voir les enjeux qui sont et vont devenir plus importants pour notre société. En s’éloignant de cette lecture de la forêt comme ressource économique et des intérêts des entreprises, plusieurs incertitudes planent toujours quant à l’avenir de nos forêts et de notre réponse face aux changements climatiques. Ce que ce double regard peut potentiellement amener dans la réflexion, c’est en partie l’inclusion des Premières Nations, surreprésentées dans les zones à risques. Cette semaine est aussi une opportunité d’apprendre des savoirs autochtones et ce, non seulement pour la replantation d’arbres, mais pour la restauration des écosystèmes de nos forêts.

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Comment sauver l’espèce humaine en s’amusant https://www.delitfrancais.com/2024/09/18/comment-sauver-lespece-humaine-en-samusant/ Wed, 18 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55802 1. S’engager pour l’environnement sur les réseaux sociaux.

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Une de mes premières rencontres avec la question environnementale a été à travers le jeu Eco Ego, sur la plateforme Friv. La première fois que j’y ai joué, je n’en comprenais pas vraiment le but. J’avais environ sept ans, et je n’avais pas la patience de lire la description du jeu ; je cliquais simplement sur le bouton « Play ». Je me suis rapidement retrouvée à faire tomber les feuilles d’un arbre à cause du réchauffement climatique, à polluer une rivière avec de l’eau de vaisselle souillée et à asphyxier un petit personnage ressemblant à une gousse d’ail à cause du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. J’ai abandonné. Des années plus tard, après avoir reçu une meilleure éducation environnementale, j’ai décidé d’y revenir. Cette fois, je comprenais l’objectif. Voulant réussir, j’ai appris et répété les actions favorables à l’environnement. Le but du jeu, décrit sur la page d’accueil, était simple : « Quelque chose de confortable pour 👤. Quelque chose de confortable pour 🦋🦅🐌🌷. Réfléchis bien à tes choix dans le jeu et dans la vie! Temps imparti : six minutes (tdlr) ». La limite de temps visait à simuler le sentiment d’urgence qu’on ressent face à la crise climatique.

Ce n’est pas un hasard si on dit qu’on apprend mieux en s’amusant. Le plaisir favorise l’ouverture d’esprit, une curiosité accrue, une diminution de l’anxiété, et stimule la créativité ainsi que l’innovation, tout en facilitant l’application des notions acquises. Eco Ego s’inscrit dans une panoplie de méthodes ludiques pour sensibiliser à la cause environnementale. Les jeux, les concours, les mèmes (memes) et même l’humour sont des outils aussi amusants qu’efficaces pour sauver la planète. Ils inspirent des comportements plus écologiques et réduisent les inquiétudes concernant l’engagement environnemental, rendant ce dernier plus accessible et attrayant.

Se mettre au défi

Il y a quelques années, quand on éduquait mon chien, j’ai appris le concept du renforcement positif. Il s’agit d’une méthode pour encourager les comportements positifs en offrant une récompense lorsque ceux-ci sont adoptés. L’idée est que l’ajout d’un stimulus agréable augmente la probabilité que le comportement souhaité soit répété. C’est un concept qui s’applique aussi aux humains, avec des récompenses adaptées, bien sûr (pas de croquettes pour moi, merci).

Les concours, compétitions et simples défis pour la cause environnementale sont un bon moyen d’inciter la participation des gens. C’est aussi une manière de récompenser les gagnant·e·s et/ou participant·e·s, de mettre en valeur leur apport à la cause, et de les encourager à poursuivre leurs efforts. J’ai parlé dans mon dernier article de deux exemples de défis lancés à la population, le No Mow May et le Défi pissenlit, qui visaient à retarder la tonte des pelouses pour laisser plus de temps aux pollinisateurs de profiter de la végétation. Au printemps 2024, le Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu a lancé le concours intercollégial « Deviens l’écho responsable de ton domaine d’études », qui invitait les étudiant·e·s à créer une capsule d’influence (un Reel sur Instagram ou une vidéo sur YouTube) à propos d’un enjeu environnemental lié à leur domaine d’études. Les étudiant·e·s avaient la possibilité de remporter des prix allant jusqu’à 1 000$.

« Le plaisir favorise l’ouverture d’esprit, une curiosité accrue, une diminution de l’anxiété, et stimule la créativité ainsi que l’innovation, tout en facilitant l’application des notions acquises »

Des mèmes pour la planète

De plus en plus d’organisations agissant pour la protection de l’environnement publient sur leurs réseaux sociaux des mèmes, ces images rigolotes reprises à l’infini, accompagnées de texte ironique auquel on peut s’identifier. Pour ma part, je suis abonnée au compte Instagram de Greenpeace Québec, champion de la sensibilisation grâce à l’humour viral. Greenpeace Québec, à travers les mèmes, pratique l’autodérision, ce qui rend l’organisation plus accessible et proche de son public. Les mèmes nous permettent de connecter avec des gens qui pensent comme nous et de créer un sentiment d’appartenance à la cause environnementale. L’utilisation du format du mème permet aussi de rejoindre un public plus large en améliorant la visibilité de la cause sur les réseaux sociaux, grâce à la nature variante et virale de ce type de contenu. Au-delà de la consommation de mèmes, leur création semble tout aussi amusante. Je me suis donc essayée à l’exercice (voir mon mème environnemental ci-haut).

Aussi drôles soient-ils, ces mèmes servent à diffuser un message important : la crise environnementale n’est pas une blague. L’absurdité de la situation est telle qu’il vaut mieux en rire, car si les mises en garde n’ont pas mené à l’action, peut-être que l’humour le fera.

Protéger l’environnement n’a pas à être une tâche sérieuse et monotone. En intégrant des éléments ludiques dans notre approche de la durabilité, on peut non seulement rendre l’engagement écologique plus attrayant, mais aussi plus efficace. On peut créer quelque chose de confortable pour 👤🦋🦅🐌🌷.

Eileen Davidson | Le Délit


2. Rencontre avec l’humoriste Dhanaé A. Beaulieu.

Il y a quelques semaines, je suis allée voir le Gong Show au Bordel Comédie Club. C’est une soirée humoristique où des amateur·trice·s de monologues comiques (stand-up) se succèdent sur scène, chacun·e disposant de trois minutes pour faire rire le public, sans se faire interrompre par le son du gong. Un jury composé de trois humoristes expérimenté·e·s évalue la qualité des blagues et de la prestation du participant. Après chaque numéro, les juges commentent de manière humoristique la performance en donnant des critiques directes et hilarantes, des conseils, ou des félicitations.

J’ai rencontré Dhanaé A. Beaulieu, acteur et humoriste québécois, qui était sur le jury pour la première partie du Gong Show. Ses blagues percutantes sur la crise environnementale m’ont particulièrement marquée et ont inspiré cet article.

Le Délit (LD) : Pourquoi as-tu choisi d’intégrer le sujet de l’environnement dans ta carrière d’humoriste?

Dhanaé A. Beaulieu (DAB) : C’est surtout pendant la pandémie que j’ai réalisé que les sujets que je devais aborder devaient être seulement les sujets qui m’intéressaient vraiment, parce qu’au final, quand je suis sorti de l’École [nationale de l’humour, ndlr], je pense que j’essayais d’aller chercher un public qui n’était pas le mien. Je parle de ce que je connais, finalement.

LD : Quel effet souhaites-tu avoir sur ton public quand tu fais des blagues sur l’environnement?

DAB : Ça dépend du public. Quand je sais que le public n’est pas impliqué en environnement, c’est plus une façon de planter une graine dans leurs esprits sur un sujet qu’ils ne comprennent peut-être pas. J’essaie d’être le plus rassembleur possible, puis de faire des blagues qui ne ridiculisent pas le mouvement écologiste. Si c’est la première fois qu’ils sont exposés au sujet de l’environnement, tant mieux que ce soit dans un show d’humour, parce que ça sera associé à quelque chose de positif. Quand je présente mon show solo, le but c’est vraiment d’enfoncer le clou. Je n’hésite pas à être un peu plus caustique, si on veut!

LD : Quels ont été tes projets préférés en lien avec l’environnement?

DAB : Pour mon spectacle solo, en 2022, j’ai obtenu une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec pour faire un voyage dans l’Ouest canadien et visiter des forêts anciennes afin d’inspirer mon spectacle. C’est dur à battre! Je suis content de travailler aussi avec le média Unpointcinq, qui est le seul média indépendant se concentrant uniquement sur les questions environnementales au Québec. Ils me proposent de faire des sketchs pour leur Tiktok, parce que Meta bloque toutes leurs nouvelles sur Facebook et Instagram. Je participe aussi à Feu vert, l’émission à Radio-Canada qui parle des questions environnementales. J’y fais des chroniques tous les mois. C’est vraiment un beau projet.

LD : Tu as dit qu’il n’y a pas beaucoup d’humoristes qui parlent d’environnement. Penses-tu que ce nombre augmentera au cours des prochaines années?

DAB : Oui. J’espère, en tout cas! Chaque année, j’organise un spectacle sur cette thématique et j’y invite d’autres amis humoristes à venir faire un numéro qui parle de l’environnement. Je me dis que plus il y a de gens qui montrent que ces numéros peuvent être accessibles pour un large public, probablement que plus de gens vont vouloir en faire aussi. Pour l’instant, je peux te dire que je connais presque tous ceux qui ont des numéros sur l’environnement, mais j’ai hâte au jour où je ne pourrai plus te nommer les noms des personnes qui font des numéros de ce type.

LD : Penses-tu que l’humour pourrait être perçu comme une façon peu sérieuse de traiter les questions environnementales, et qu’il pourrait ainsi nuire à la cause?

DAB : Si tu ridiculises le mouvement, je pense que ce n’est pas une bonne idée. Au lieu de rire un peu du mouvement, ris plutôt de toi, de tes travers. Si le fond de ta pensée, c’est qu’il faut en faire plus pour l’environnement, si tout le monde comprend où tu loges, à mon avis, il n’y a pas de problème.

LD : Quel conseil donnerais-tu aux gens pour qu’ils prennent du plaisir dans la protection de l’environnement?

DAB : Il faut trouver quelque chose que tu aimes faire. Moi, j’avais besoin de quelque chose de concret, un peu pour combattre mon éco-anxiété, puis pour avoir l’impression que j’agis vraiment. Je me suis dit que je pourrais planter des arbres. Alors j’ai mis de l’avant des projets pour planter des arbres sur le terrain de ma coopérative d’habitation à Hochelaga. Pour moi, c’était amusant, parce que j’aime travailler dans la terre. Il faut juste trouver un projet qui nous parle.

Pour rire, apprendre, et être au courant des projets de Dhanaé Audet-Beaulieu, vous pouvez suivre sa page Instagram, Facebook ou Tiktok @dhanaebeaulieu.

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La mode jetable à la poubelle! https://www.delitfrancais.com/2024/09/18/la-mode-jetable-a-la-poubelle/ Wed, 18 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55834 Ethical clothing : le répertoire des marques éthiques.

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Aujourd’hui, l’industrie de la mode est responsable de 10% des émissions annuelles de dioxyde de carbone dans le monde et il est prévu que ce chiffre atteigne 26% d’ici 2050. Si la mode contribue au réchauffement de la planète et à la dégradation des écosystèmes, elle est aussi la cause de nombreuses formes de pollution (plastique, eau, pesticide). En plus de ses conséquences environnementales, l’industrie textile entraîne d’importants coûts sociaux, qui se traduisent par de nombreuses violations des droits humains. Ainsi, le consommateur, lorsqu’il se retrouve à magasiner, doit souvent faire face à un dilemme moral : acheter ou ne pas acheter?

Le Délit s’est entretenu avec Ben Heinkel, le cofondateur du site ethical clothing, un moteur de recherche de vêtements et marques éthiques qui vise à éclairer ses utilisateurs dans leurs décisions de consommation en matière de mode.

Un outil pour le consommateur

À l’origine, Ben Heinkel et son associé Jack Hesketh ont été confrontés dans leur vie personnelle au même problème : « Nous voulions acheter des vêtements de marques qui prenaient le développement durable au sérieux, mais nous ne savions pas vraiment où les trouver, (tdlr). » Pour eux, comme pour beaucoup d’autres consommateurs, il n’était plus question de soutenir la mode éphémère ou jetable (fast fashion) au prix si onéreux pour l’environnement. Ils se sont donc renseignés sur les marques éthiques, mais il ne leur était pas toujours facile de naviguer à travers les discours d’écoblanchiment (greenwashing) des entreprises. Toutefois, ils ont découvert qu’il existait de nombreuses marques vestimentaires plus vertueuses, « mais elles ont tendance à être plus petites, à avoir des budgets plus modestes et à ne pas avoir les ressources nécessaires pour rivaliser avec le bruit que font les grandes marques de fast fashion en ligne ». C’est ce qui les a motivés à créer ce moteur de recherche, comme l’explique Ben Heinkel : « Grâce à notre expérience en matière de marketing, nous avons pensé que nous pourrions aider ces marques à obtenir la visibilité qu’elles méritent et aider les consommateurs conscients, comme nous, à les trouver facilement. »

Idées fausses sur la mode éthique

La mode éthique est empreinte de nombreux préjugés. « L’idée fausse la plus répandue est que les vêtements éthiques sont chers, voire un produit de luxe », nous dit le co-fondateur. À cela, il répond : « Payer 15 ou 20 dollars pour un t‑shirt produit de manière durable n’est pas cher si l’on tient compte de tous les coûts de production. Si vous comparez ce prix à celui d’un t‑shirt à 2 dollars de Primark ou Shein, alors oui, c’est relativement cher, mais nous ne devrions vraiment pas utiliser ces marques comme norme. » Mais si autant de personnes ne sont pas attirées par cette mode plus durable, c’est aussi parce qu’elles ne la connaissent pas assez. Par ailleurs, le public n’est pas assez éduqué sur les pratiques commerciales des marques de mode jetable : « Je pense que si davantage de personnes connaissaient les conditions dans lesquelles les travailleurs du Bangladesh ou de Chine travaillent pour produire ces sept paires de jeans, elles y réfléchiraient deux fois avant de les soutenir. » Il argumente donc en faveur de la mode éthique pour son espérance de vie bien plus élevée : « La qualité est généralement bien meilleure, de sorte que le coût au quotidien de la vie d’un vêtement éthique est le calcul qu’il convient de faire. »

Le moteur de recherche

Sur leur moteur de recherche, on peut retrouver une « large gamme de vêtements éthiques de différentes marques ». Pour choisir quelles marques figureront dans les résultats de recherche, Ben Heinkel et son équipe prennent le temps de « vérifier leur catalogue de produits pour s’assurer que 100 % de leur catalogue utilise des matériaux durables, demander des certificats tels que GOTS et OEKO-TEX [labels textiles qui prennent en compte l’impact environnemental et social du produit, ndlr], et essayer de trouver des informations sur les conditions de production avant d’envisager de les inclure ». Il est possible, par exemple, de filtrer les marques par pays pour acheter des marques locales. En outre, le site propose aux utilisateurs de calculer leur empreinte de mode avec le fashion footprint calculator.

Enjeux pour l’avenir

Nos pratiques sociétales de surconsommation pèsent lourd sur notre planète. « Malheureusement, l’un des problèmes de notre époque est l’évolution constante des styles de mode qui, par définition, oblige les gens à changer constamment de look s’ils veulent être considérés comme étant à la mode. C’est difficile à faire avec un salaire moyen, à moins de recourir à la fast fashion », remarque Ben Heinkel. C’est ainsi aux consommateurs de repenser leurs habitudes d’achat. Le cofondateur espère néanmoins que la responsabilité tombera éventuellement moins sur l’individu, et qu’il y aura « plus de régulation gouvernementale au niveau mondial pour aider à stopper les effets négatifs de la fast fashion ». La règle d’or avant d’acheter est de se demander si c’est vraiment nécessaire, ou s’il existe une alternative comme réparer ou acheter des vêtements de seconde main. Le cas échéant, il vaut mieux se tourner vers des marques de mode éthique et durable, qui respectent l’environnement.





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Le bulletin terre à terre https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/le-bulletin-terre-a-terre-2/ https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/le-bulletin-terre-a-terre-2/#comments Wed, 11 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55710 Les bonnes nouvelles environnementales de l’été 2024.

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La saison estivale de l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne mondiale de près de 17 ̊C. Cela dépasse de plus de 1,5 ̊C la température moyenne préindustrielle (1850–1900), un objectif clé de l’accord de Paris. Malgré ces faits inquiétants, il ne faut pas baisser les bras. Les individus et les communautés à travers le monde prennent des initiatives pour lutter contre les changements climatiques, et ces efforts ne doivent pas passer inaperçus. La motivation à lutter contre les changements climatiques se cultive, et se rafraîchir les pensées en s’exposant à des bonnes nouvelles environnementales ne peut qu’être bénéfique à la cause. Voici un récapitulatif des événements mondiaux de l’été 2024 en matière d’environnement.

Eileen Davidson | Le Délit

No Now May et le Défi pissenlit

Au mois de mai 2024, le mouvement No Mow May mis en place par l’organisation britannique Plantlife a connu une certaine popularité en Amérique du Nord. Le défi consiste à ne pas tondre sa pelouse durant l’entièreté du mois de mai, afin de laisser pousser les plantes et les fleurs et permettre aux pollinisateurs de profiter de toute la verdure, qui se fait plus rare en fin d’hiver et au début du printemps. Le mouvement a été endossé par certaines organisations, dont Bee City USA, qui encourage à étendre l’abstention de la tonte au printemps et même à l’année au complet. Selon Bee City USA, les bénéfices de laisser pousser sa pelouse sont multiples : une réduction de la pollution sonore due à l’équipement parfois bruyant de maintien paysager, ainsi que de meilleures conditions pour les invertébrés et une économie d’eau, de temps, et d’argent.

Le Défi pissenlit, une initiative québécoise lancée en 2021 par Miel&Co. est similaire au No Mow May, mais se distingue de ce dernier en ne donnant pas de contrainte de durée ou de moment précis. L’organisme propose plutôt aux Québécois·e·s de simplement laisser fleurir les pissenlits avant de les tondre. Les pissenlits sont essentiels au développement printanier des colonies d’abeilles, selon les observations des apiculteurs. En juillet, la ville de Québec a interdit l’utilisation de pesticides non biologiques sur son territoire. Il semble donc qu’un changement de mentalité est en train de se produire en ce qui concerne l’idéal de la pelouse parfaite. Il reste à voir si ces mouvements viraux de l’été 2024 conserveront leur popularité dans les années à venir.

Des entreprises de produits menstruels durables

Les entreprises ayant pour but d’offrir des produits et des services écologiques à leurs consommateurs ne cessent de se multiplier au Québec. L’entreprise québécoise de produits menstruels sains et durables Iris + Arlo offre des serviettes sanitaires, des tampons et des culottes menstruelles sains, fabriqués à partir de matériaux simples et naturels, autant pour la santé de ses client·e·s que pour celle de notre planète. Sur son site internet, l’entreprise montre son impact en quelques statistiques clés. Par exemple, chaque année au Canada, plus de 771 millions de produits menstruels se retrouvent dans les dépotoirs. En plus d’avoir pour mission de diminuer l’impact environnemental des produits menstruels, Iris + Arlo a une vocation éducative et inclusive. La compagnie souhaite démystifier les tabous liés aux menstruations et aux personnes menstruées. On peut retrouver sur leur site internet un lexique sur tout ce qui est en lien avec le sujet.

Une autre compagnie de produits menstruels écologiques, Mme L’Ovary, propose des produits réutilisables en coton naturel et des coupes menstruelles. Ce type de produit gagne petit à petit en popularité depuis quelques années. La compagnie vise autant à protéger la santé des personnes menstruées que celle de l’environnement. Plusieurs entreprises dans divers secteurs intègrent de plus en plus cette notion d’interdépendance entre la santé humaine et la santé environnementale.

La demande en combustibles fossiles diminue

Les scientifiques avertissent depuis plusieurs années des dangers environnementaux si les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne cessent pas et ne diminuent pas jusqu’à la nullité. Depuis que les énergies fossiles sont devenues une partie intégrante du fonctionnement de l’espèce humaine, les émissions de GES continuent d’augmenter. Pourtant, de plus en plus de pays industrialisés tentent de diminuer leurs émissions de GES en se tournant vers des énergies renouvelables. Une des technologies vers laquelle ceux-ci se tournent pour remplacer les énergies fossiles est l’électricité. Ce n’est pas la solution idéale de remplacement, car elle émet également du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, mais c’est un pas dans la bonne direction. La consommation mondiale d’électricité ne cesse d’augmenter, et selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette augmentation vient avec un plafonnement de la demande en énergies fossiles prévu d’ici 2025. Le taux de croissance des émissions de GES a diminué dans les dernières années. Un tel plafonnement annoncerait une ère de décroissance des émissions de GES.

Au Québec, la transition énergétique, qui vise à remplacer les énergies fossiles par l’électricité, va entre autres reposer sur l’énergie éolienne dans les prochaines années. Plusieurs projets de parcs éoliens vont être mis en place, dont un premier déjà en cours au Lac-Saint-Jean. La Société d’État Hydro-Québec se lance dans ce secteur qu’elle laissait autrefois au privé pour atteindre son objectif de doubler sa production énergétique d’ici l’année 2050.

Protection de la faune

Les animaux font face aux conséquences graves des changements climatiques, dont l’extinction. Le caribou est menacé de disparition au Québec depuis plusieurs années, et l’état de sa population ne s’améliore pas. Cet été, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a demandé au Conseil des ministres d’intervenir pour protéger les habitats des caribous afin d’assurer la survie de l’espèce. Les industries minière et forestière figurent parmi les principaux facteurs perturbateurs des habitats des caribous, entre autres à cause des conséquences de la coupe forestière et du réseau routier qu’elle nécessite. Un projet de décret d’urgence a donc été entamé cet été afin de mettre en place des mesures plus radicales de protection de trois hardes précises de caribous, soit celles de Val‑d’Or, de Charlevoix et du Pipmuacan.

La rainette faux-grillon, une espèce d’amphibien qui se reproduit dans des milieux humides du Québec, est de plus en plus affectée par l’étalement urbain et l’agriculture. L’espèce a pourtant connu de bonnes nouvelles cet été. Grâce à un investissement de 8,2 millions de dollars du Fonds de la nature du Canada, des habitats de la rainette faux-grillon ont été restaurés au Québec : plus de 13 hectares sur la Rive-Sud de Montréal, plus de 42 hectares en Outaouais et près de 40 hectares en Montérégie. La rainette faux-grillon, malgré sa petite taille, occupe un rôle important dans son écosystème. Elle agit comme indicateur de la pression sur la biodiversité dans son milieu grâce à la similarité entre ses besoins et ceux de plusieurs autres espèces.

L’été nous apporte également une bonne nouvelle pour les dindons sauvages : l’espèce qui était autrefois menacée de disparition à cause de la destruction de son habitat et de la chasse intensive compte maintenant une population nombreuse. Plusieurs citoyens en ont même aperçu dans les villes.

Pour ce qui est du projet d’agrandissement du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et du projet de création d’un parc marin entre l’île d’Anticosti et la réserve du parc national de l’Archipel-de-Mingan, des progrès se réalisent. Depuis l’automne 2023, les représentants de Parcs Canada, du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec et de la Société des établissements de plein air du Québec ont consulté les communautés autochtones, municipalités et entreprises concernées par le projet d’agrandissement du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. En automne 2024, les différentes administrations prévoient consulter le public. Ces consultations servent à recueillir les préoccupations et les questions des parties prenantes pour y répondre et réaliser un parc marin qui conviendra à ses utilisateurs et ses visiteurs.

Ces avancées dans les projets de protection de l’environnement et dans les mentalités sont encourageantes. C’est avec une combinaison de petites victoires et de grandes réformes que nous pouvons espérer inverser les tendances actuelles et construire un avenir plus durable.

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Étudier les changements climatiques https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/etudier-les-changements-climatiques/ Wed, 11 Sep 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55708 L’offre de cours en environnement à McGill est-elle satisfaisante?

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À chaque nouvelle rentrée et création d’un nouvel emploi du temps pour le semestre qui s’annonce, nombreux ·ses sont ceux·celles qui remettent en question la structure de leur diplôme. Si certain·e·s décident de changer complètement de majeure ou de mineure, d’autres font le choix radical d’un retour au point de départ dans une autre faculté. Il peut aussi arriver que de nouveaux centres d’intérêt se manifestent au cours de l’été, et pourquoi pas une prise de conscience environnementale? Prise de conscience qui pousse certain·e·s à choisir des cours apportant des réponses quant à la crise climatique, ou des solutions pour soulager leur éco-anxiété.

Dans le cadre de sa stratégie en matière de climat et de développement durable 2020–2025, l’Université McGill prévoit de développer les opportunités d’apprentissage et de recherche en environnement pour ses étudiant·e·s et son personnel enseignant. Je ferai, dans cet article, l’état des lieux des cours en environnement et de ceux qui traitent du défi climatique dans les différentes facultés et départements de McGill, afin d’évaluer l’offre que propose déjà l’Université sur ces enjeux. Aussi parviendrais-je peut-être à convaincre certain·e·s de tenter leur chance dans un cours ayant pour thème l’environnement, quel que soit leur profil étudiant, ou du moins je donnerai des pistes à ceux·celles qui cherchent à assouvir leur appétit écologique dans leur parcours universitaire à McGill.

« Il y a énormément de départements qui offrent des cours sur les sujets environnementaux à l’extérieur de l’École d’environnement »


Michelle Maillet

Être étudiant·e en environnement

À McGill, il existe déjà six programmes de premier cycle consacrés à l’environnement offerts par l’École de l’environnement [Bieler School of Environment, ndlr] dans différentes facultés. Il est possible de prendre une majeure en environnement en étant inscrit·e à la Faculté des sciences du centre-ville ou à la Faculté des sciences agricoles et environnementales (60 à 66 crédits), sur le campus Macdonald. Par ailleurs, la Faculté des arts propose elle aussi un diplôme en environnement (54 crédits). Ces trois programmes ont en commun une base de cours obligatoire définissant les interactions entre les êtres humains et le monde vivant (ENVR 200, 201,…) à laquelle doit s’ajouter le choix d’une concentration. Différentes options sont possibles en fonction des facultés. Pour en nommer quelques-unes, on retrouve dans la Faculté des sciences les concentrations « Biodiversité et conservation » (Biodiversity and Conservation), « Production alimentaire et environnement » (Food production and Environment), et dans la Faculté des arts « Économie et environnement terrestre » (Economics and the Earth’s Environment), « Environnement et développement » (Environment and Development), etc.

La Faculté des arts et des sciences a créé son propre programme quant aux questions climatiques. Il s’agit du programme Interfacultaire en environnement (54 crédits), qui en plus des cours obligatoires similaires aux autres programmes, offre la possibilité de combiner des enseignements de différentes facultés regroupés dans des catégories thématiques comme « Écologie des populations, des communautés et des écosystèmes », « Santé humaine » ou encore « Cultures et peuples », mélangeant donc sciences empiriques et sciences humaines et sociales. N’importe quel·le étudiant·e, indépendamment de sa faculté, peut choisir d’effectuer une mineure en environnement (18 crédits) en se contentant des cours fondamentaux communs à tous les programmes en environnement. Enfin, l’École de l’environnement permet également de réaliser un diplôme en environnement (30 crédits), qui va plus loin que la simple mineure, tout en étant moins conséquent que la majeure.

« Certains des cours de cette concentration devraient être obligatoires pour tous les étudiants de Desautels »


- Alejandra, étudiante à Desautels avec une concentration en environnement

Au-delà d’une majeure ou mineure en environnement

Bien que certain·e·s ont toujours su qu’ils dédieraient leur carrière à la lutte pour la protection de la planète, pour d’autres, ce n’est que plus tard que s’est révélée une curiosité et inquiétude nouvelle pour la cause climatique. Nous ne voulons pas tous·tes devenir des expert·e·s en matière d’environnement, mais beaucoup d’entre nous cherchons à devenir de meilleur·e·s citoyen·ne·s climatiques dans un monde où agir collectivement et à l’échelle individuelle est nécessaire à la survie de notre espèce. « Dans un contexte social, c’est quelque chose qui nous affecte tous, qu’on le veuille ou pas. Ainsi c’est toujours bien d’avoir une petite compréhension de base de ces phénomènes-là », note Michelle Maillet, conseillère du programme de premier cycle du Département de géographie. C’est pourquoi, je me suis aussi intéressée à l’offre éducative traitant du défi climatique au sein des départements de l’Université pour les étudiant·e·s qui ne participent pas à un des programmes en environnement.

Eileen Davidson

« Il y a énormément de départements qui offrent des cours sur les sujets environnementaux à l’extérieur de l’École d’environnement », m’a expliqué Michelle Maillet. Avant de continuer : « Comme par exemple en géographie, on offre plusieurs cours qui explorent la géographie physique. Dans le fond, ce sont tous les processus qui se passent à la surface ou près de la surface de la planète Terre. On a des cours sur les systèmes environnementaux, où l’on regarde l’hydrologie, les sciences climatiques. On regarde aussi l’interaction avec les systèmes humains. Par exemple, on étudie comment le climat affecte la vie dans la ville où des humains se sont établis, comment les humains, avec leurs actions, ont interagi avec ce climat-là aussi. On observe comment l’infrastructure dans nos villes a aussi un impact sur le système environnemental. » En plus du département de géographie, Michelle Maillet liste les départements de Sciences atmosphériques et océaniques (Atmospheric and Oceanic Sciences- ATOC), de Sciences de la terre et des planètes (Earth and Planetary Sciences- EPSC), Science du système terrestre (Earth System Science- ESYS), qu’elle loue pour leur grande richesse en matière d’enseignement sur les changements climatiques. Elle souligne également la création récente d’un nouveau cours, FSCI 198, intitulé Crise climatique et actions en faveur du climat (Climate Crisis and Climate Actions). Ce dernier se distingue des autres cours donnés à McGill, car : « Au lieu de regarder les impacts négatifs, il cherche à donner de l’espoir avec des solutions : qu’est-ce que les gens peuvent faire du côté politique, individuel, sociétal… » Il a vocation aussi à « inspirer les jeunes, justement très tôt dans leurs études, à vouloir poursuivre d’autres cours plus avancés pour aller chercher justement ces questions-là ». Elle souligne qu’il existe de nombreuses combinaisons possibles de cours parsemées dans les facultés qui offrent différentes approches au problème.

À la Faculté de gestion Desautels, pour les étudiant·es au baccalauréat en commerce, il est possible de choisir une concentration en gestion durable (Concentration in Managing for sustainability). Alejandra, étudiante à McGill en commerce, a choisi cette concentration, car elle a « toujours été intéressée par le développement durable, la préservation de la planète et de l’environnement et tout ce qui se rapporte à l’écologie ». Elle désirait « en apprendre plus sur ce que les entreprises sont capables de faire en matière de développement durable aujourd’hui ».

Un contenu à la hauteur des espérances?

Il semble que l’Université McGill offre un riche éventail de cours en matière d’environnement en mêlant différentes perspectives à travers les différentes facultés. Qu’en est-il du contenu des cours enseignés? J’ai interrogé divers profils d’étudiant·e·s afin d’évaluer la qualité des enseignements à ce sujet. Le club Little Forests Mcgill, qui agit pour la préservation de la nature notamment en plantant des arbres en milieu urbain, m’a accueillie lors d’une de ses réunions, au cours de laquelle j’ai pu interroger plusieurs étudiantes en environnement. Globalement, toutes se sont accordées à dire que les cours qu’elles suivent sont très intéressants et à la hauteur de leurs attentes. Lauren, étudiante en troisième année, a une majeure en environnement et en développement dans la faculté des arts. Les louanges ne manquent pas pour exprimer sa gratitude envers ses professeur·e·s et leurs enseignements : « Les professeur·e·s du département sont tous très bons. On apprend beaucoup. » Elle apprécie particulièrement le côté interdisciplinaire de sa majeure. « L’année dernière, nous avons suivi le cours d’environnement 203, qui traite de l’éthique dans l’environnement. C’était super, car il y avait plus de philosophie et de réflexion. Nous devions aussi faire environnement 200, qui portait sur les systèmes (le cycle de l’eau, le cycle du carbone). Il y a donc à la fois les sciences et les sciences sociales, ce qui est vraiment unique. Que vous soyez en sciences ou en arts, vous devez faire un peu de tout », nous raconte- t‑elle. L’expertise des professeur ·e·s et leur expérience sont très enrichissantes et apportent beaucoup aux leçons en classe.

Alejandra n’a pas regretté son choix de concentration en environnement à Desautels : « J’ai trouvé la concentration très intéressante, car elle donne le point de vue de l’entreprise. J’ai senti que je pouvais apprendre beaucoup et faire la différence grâce à mes études et à ma carrière. » Elle ajoute même que « certains des cours de cette concentration devraient être obligatoires pour tous les étudiants de Desautels ». Elle déplore que le seul cours obligatoire qui s’en rapproche soit Contexte social de l’entreprise (MGCR 460 : Social Context of Business) qu’elle a « vraiment détesté » le jugeant « trop superficiel et qui n’ajoute rien de significatif à ce qu’[elle] pense être du bon sens ».

Bien qu’une majorité soit satisfaite de l’offre de cours en environnement à McGill, cela n’empêche pas quelques déconvenues ayant fait des déçu·e·s. Thomas*, dans le cadre de sa majeure en économie, a pris le cours ECON 347, qui concerne l’économie du changement climatique, et l’a regretté : « Le contenu du cours et le professeur ont été décevants. Je m’attendais à ce qu’il lie l’économie avec les problèmes environnementaux actuels en nous présentant des modèles plus complexes et aboutis. Mais au final le contenu de la classe était décousu sans vrai fil conducteur en plus d’être relativement indigeste à cause des nombreuses digressions semi-climatosceptiques du professeur. » Il ne rejette pas l’entièreté du cours, car il a trouvé certaines notions intéressantes. Toutefois, selon lui, « il faudrait revoir comment le professeur les présente ». Avant de compléter : « Je pense aussi que McGill décrit mal le cours lorsque l’on souhaite s’y inscrire. »

« Quand j’ai commencé à être la conseillère pour le programme en durabilité, en 2019, on avait 47 étudiants. Aujourd’hui, on en a 73 »


- Michelle Maillet, conseillère du Département de géographie

Un intérêt croissant

« Chaque année, on voit les chiffres du nombre d’étudiants qui sont inscrits dans ces programmes [traitant de la protection de l’environnement, ndlr] augmenter », remarque Michelle Maillet. Elle constate l’intérêt accru des étudiant·e·s pour ces questions, qu’elle interprète par « un désir de travailler sur les solutions ». « Quand j’ai commencé à être la conseillère pour le programme en durabilité, en 2019, on avait 47 étudiants. Aujourd’hui, on en a 73. Et chaque année, il y a toujours quelques étudiants de plus qui s’ajoutent », nous confie-t-elle. Amy Janzwood, qui enseigne le cours de sciences politiques sur la politique environnementale mondiale (POLI 350 Global Environmental Politics), a aussi remarqué cet intérêt, car sa classe est toujours en surnombre. « Je pense que le niveau de sensibilisation est déjà très élevé. Les étudiants sont très préoccupés par les questions environnementales et les vivent directement dans leur propre vie ; certains ont été directement touchés par la fumée des feux de forêt, les évacuations et toutes sortes de volatilité. Les effets de ces questions sont souvent très présents dans notre vie quotidienne ». Dans son cours, elle met en avant l’importance de l’action collective pour avoir un impact. Elle cherche à inspirer ses élèves en leur donnant des exemples de résultats positifs grâce à des mobilisations pour la justice sociale et climatique : « J’espère que les étudiants ne se sentiront pas désespérés quant à l’avenir des problèmes environnementaux à l’issue de ce cours et qu’ils comprendront mieux le problème, mais aussi les réponses possibles. »

En outre, beaucoup d’événements pour sensibiliser à la protection de l’environnement sont tenus sur le campus, comme le festival de la biodiversité organisé par le bureau de durabilité qui aura lieu fin septembre. Ainsi, même sans prendre des cours sur le sujet, les étudiant·e·s sont amené·e·s à réfléchir à l’avenir de la planète. « Je pense qu’il ne suffit pas de mettre l’emphase sur les cours, mais de vraiment s’y attaquer par tous les angles. Il y a d’autres moyens à l’extérieur des cours, de donner un peu un goût aux étudiants de s’intéresser à ces questions importantes, » nous partage Michelle Maillet. Elle nous livre une de ses philosophies : « On ne pourra jamais convaincre tout le monde, mais on peut mettre notre énergie sur la grande majorité qui est prête à vouloir se mettre au travail. Puis mettre du vent dans les voiles de ceux qui poussent en avant, de faire tout ce que l’on peut pour les encourager. »

*Nom fictif

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Naviguer au sein du Parlement européen https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/naviguer-au-sein-du-parlement-europeen/ Wed, 28 Aug 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55527 La navigatrice Catherine Chabaud fait le bilan de son expérience en tant qu’eurodéputée.

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Les élections européennes de juin dernier ont été marquées par une montée sans précédent des extrêmes droites en Europe, et d’un net recul des partis écologistes. Ces élections marquent un pas décisif dans la politique européenne, mais elles signent aussi la fin de toute une législature au parlement.

En marge de ces événements, Le Délit a réalisé une entrevue avec Catherine Chabaud, une eurodéputée française qui s’est engagée pour défendre les causes environnementales à l’échelle européenne entre 2019 et 2024. Cet article a pour but de faire le bilan de l’expérience européenne de cette navigatrice engagée, pour qui la politique n’a pas été une carrière à part entière.

En effet, Catherine Chabaud est avant tout connue pour être la première navigatrice à avoir terminé un tour du monde en solitaire lors du Vendée Globe en 1996–1997. Parallèlement à la navigation, elle a aussi été journaliste spécialisée dans les questions environnementales, et s’est investie à plus petite échelle dans divers projets liés à la protection des océans et à la sensibilisation au réchauffement climatique.

Le Délit (LD) : Pourquoi pense-ton à s’engager en politique quand on est navigatrice? Et pourquoi à l’échelle européenne?

Catherine Chabaud (CC) : J’ai eu envie de m’engager à cause des plastiques que j’avais vus en mer, pour la première fois en plein milieu de l’Atlantique en 1991. Je me disais : « La situation est grave et personne n’en parle. » J’ai refusé de m’engager dans la campagne électorale européenne en 2004, en 2009, en 2014, et j’ai fini par accepter en 2019. Pourquoi? Parce qu’en 2019, j’ai compris que, dans un sens, je faisais déjà de la politique depuis longtemps. Je considère que faire de la politique, c’est porter des idées, avoir une vision, essayer d’embarquer les gens, essayer de faire changer le monde pour que cette vision soit appliquée. Moi, la mienne, elle concerne beaucoup la préservation de la mer, de l’océan, et plus généralement, le développement durable. Il y a un moment, je me suis dit : « Il faut que je puisse agir sur le cadre législatif, sur les lois. » Et finalement, l’Europe était le bon échelon pour faire cela, parce que quand tu travailles sur un cadre législatif, surtout au sujet de l’océan, tu ne travailles non pas pour un pays, mais pour 27. Ce n’est pas avec un seul pays qu’on change la gouvernance de l’océan.

« Ce n’est pas avec un seul pays qu’on change la gouvernance de l’océan »

Catherine Chabaud, navigatrice et eurodéputée.

LD : L’Union Européenne est une administration très large. Au Parlement, tous types de sujets et thèmes sont étudiés. Concrètement, comment fonctionne le travail d’une députée européenne, et qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ce travail?

CC : La commission européenne agit comme un gouvernement qui propose une ambition. D’abord, elle a fixé pour les cinq ans un cadre de travail, qui s’appelle le Green Deal (Pacte Vert, tdlr), donnant pour objectif la neutralité climatique en 2050 et avec un point de passage de réduction en 2030 à moins 55% de nos émissions de dioxyde de carbone. Et elle décline cet objectif en toute une série de paquets législatifs, un paquet de lois sur le climat, un paquet de lois sur la biodiversité, sur l’économie circulaire, etc. J’étais membre de trois commissions parlementaires [des groupes de travail dédiés à une thématique, et composés de plusieurs parlementaires qui analysent et préparent les textes de lois avant qu’ils ne soient débattus et votés en séances plénières, ndlr]. Je faisais partie de la Commission environnement, la Commission pêche, et la Commission développement. C’est dans ces commissions qu’on travaillait beaucoup. Je défendais mes idées sur la mer. Par exemple, dans un texte sur les eaux urbaines résiduaires, je disais : « Attention, parce que ces eaux, si elles ne sont pas bien gérées, elles vont aller à la mer et polluer. » C’est à ce moment-là qu’on fait des amendements pour essayer de modifier les textes et de défendre nos idées. En marge du travail législatif, on rencontre ce qu’on appelle des parties prenantes, parce que tu as besoin, quand tu travailles sur un texte, de rencontrer les gens qui sont soit spécialisés, soit concernés par ce sur quoi tu t’apprêtes à voter. Tu as besoin de mieux comprendre les enjeux et connaître leur point de vue. Enfin, une fois qu’on est tous d’accord, on arrive à faire ce qu’on appelle des compromis. Et ça, c’est le plus intéressant, c’est la base de la négociation à l’échelle européenne.

LD : Maintenant que votre mandat s’est achevé, quel bilan faites-vous du travail de l’Union Européenne pour l’environnement?

CC : Comme ça fait 20 ans que je suis engagée, il faut admettre une chose, c’est qu’à l’instant T, je ne suis jamais satisfaite. Je suis toujours impatiente parce qu’il y a une véritable urgence. Mais d’un autre côté, quand je regarde dans le rétroviseur, on a fait des pas de géant depuis 20 ans. Pendant cinq ans, on aura vraiment, à mon avis, construit un cadre [par exemple, avec l’adoption de textes clés comme le Green Deal, le plan Fit for 55 (En forme pour 55), la réglementation sur les plastiques à usage unique, la stratégie européenne pour la biodiversité, ndlr]. Même si en fin de mandat, on a été freiné par de nombreuses forces politiques négatives, la transition est en marche et l’Union Européenne inscrit des choses de manière assez définitive.

LD : Pour vous qui vous êtes engagée à travers de nombreuses manières pour la protection des océans, pensez- vous que la politique soit suffisante pour changer les choses d’un point de vue environnemental?

CC : Je te dis non, puisqu’en fait, ce qui est important, ce sont toutes les formes d’engagement. Il n’y a qu’un seul océan, on est tous responsables à titre individuel et collectif de sa protection. Je peux m’imposer un cadre législatif personnel en changeant mes pratiques. Je peux agir à l’échelle individuelle, à l’échelle familiale, à l’échelle d’un territoire, à l’échelle d’une entreprise. On a besoin de tous les échelons. Les politiques fabriquent un cadre législatif qui doit permettre d’accélérer ces choses, mais c’est tout.

LD : Ces derniers mois, le sujet de la protection de l’environnement a été considérablement mis en suspens au profit des enjeux sécuritaires ou encore de pouvoir d’achat en Europe. La crise agricole de janvier et février 2024 a notamment illustré la tension existante entre protection de l’environnement et préservation du pouvoir d’achat. Ces enjeux sont-ils nécessairement opposés? Comment fait-on pour travailler pour la protection des océans dans ces moments où l’attention semble être portée ailleurs?

CC : Selon moi, la vraie problématique de tous ces enjeux, c’est qu’ils sont traités en silos et pas de manière intégrée, alors que souvent, les réponses à un problème viennent des réponses qu’on va apporter à un autre problème. Certaines personnalités politiques vont par exemple dire : « Ça va bien l’environnement, il y a d’autres priorités. » Non, parce que les enjeux sont tous interdépendants. Le pouvoir d’achat influence la santé, comme l’environnement influence la santé et le pouvoir d’achat. Si tu prends l’exemple de la crise agricole, je suis persuadée qu’elle a été exploitée par des gens qui voulaient à ce moment-là freiner les avancées, notamment sur la Loi sur la Restauration de la Nature qui était censée être dramatique pour les agriculteurs, parce qu’on allait leur demander plus d’efforts. En réalité, les agriculteurs seraient les premiers bénéficiaires d’écosystèmes plus sains. Je crois fondamentalement qu’il y a une valeur, un intérêt économique à la transition écologique. Bien sûr qu’il faut faire attention, qu’il faut redonner du pouvoir d’achat, mais si tu veux traiter ces sujets, il ne faut pas les opposer entre eux. Il faut apprendre à les traiter de manière intégrée.

Dans une vidéo récapitulative de son mandat publiée début avril, Catherine Chabaud conclut : « “Composer, cela suppose d’anticiper”. C’est le maître mot du navigateur. Or, aujourd’hui face à ces crises, nous nous comportons collectivement comme le marin qui verrait la tempête, et ne réduirait pas la voile. Nous sommes déjà dans la tempête, alors agissons. »

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Trudeau : un manque d’action pour l’environnement? https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/trudeau-un-manque-daction-pour-lenvironnement/ Wed, 28 Aug 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55532 Trois raisons qui freinent l’atteinte des objectifs nationaux.

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En 2015, la victoire du gouvernement de Justin Trudeau a été marquée par une série de promesses et de propositions progressistes, notamment une politique environnementale assez ambitieuse. Toutefois, au cours des dernières années, le comportement du gouvernement libéral en matière d’initiatives environnementales laisse transparaître un semblant d’hypocrisie quant aux préoccupations internationales croissantes concernant le changement climatique. Un an après la saison des feux de forêts la plus dévastatrice que le pays ait connu, la question climatique s’avère être au centre des préoccupations pour beaucoup de Canadiens. Si Justin Trudeau a fait preuve d’un certain engagement dans la lutte contre le changement climatique – entre autres par la ratification de l’Accord de Paris en 2015 et la mise en place d’une tarification du carbone – ces efforts semblent inefficaces alors que le Canada fait face à des obstacles structurels de taille pour accomplir une véritable transition écologique. Quelles sont donc ces contraintes qui freinent la politique environnementale de Trudeau?

Les sables bitumineux d’Alberta

Depuis les années 1990, l’économie canadienne repose massivement sur les énergies fossiles. Plus particulièrement, elle investit dans les gisements de sables bitumineux albertains, qui constituent le troisième plus grand gisement pétrolier de la planète, et en est l’un des derniers. Ces sites d’extraction représentent environ 97% des réserves de pétrole brut du pays, dont la quasi-totalité sont situées en Alberta. Si beaucoup considèrent l’exploitation de ces ressources comme un désastre écologique, Justin Trudeau la justifiait en 2017 en prétextant « qu’aucun pays ne trouverait 173 milliards de barils de pétrole dans le sol et les laisserait à leur place (tdlr) ». Leur extraction par les multinationales contribuent ainsi à la fois aux émissions de gaz à effet de serre et à la dépendance économique du pays aux énergies fossiles. En effet, l’exploitation des sables bitumineux en Alberta pose un défi structurel à la province pour toute tentative de transition vers une économie plus verte. L’industrie du pétrole et du gaz représente 21% du PIB albertain, ce qui constitue un poids important dans l’économie de la province. Une réduction de la production de pétrole suite à la mise en place de restrictions environnementales par le gouvernement fédéral impliquerait des coûts de grande ampleur. Elle signifierait également un ralentissement de la croissance du PIB, ainsi qu’une baisse d’emplois dans ce secteur, qui dénombre aujourd’hui des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses.

De plus, ce désastre écologique affecte directement les populations autochtones. L’utilisation des sables bitumineux a été historiquement attribuée aux populations autochtones qui s’en servaient pour l’étanchéité des canoës. Aujourd’hui, celles-ci sont les premières à subir les impacts dévastateurs de l’avidité des géants du pétrole. En plus d’être souvent expropriées de leurs terres ancestrales, les Premières Nations de l’Alberta ont récemment fait la cible d’un nouveau projet par les firmes pétrolières. Ces dernières font recours à une nouvelle technologie dénommée CCS, visant à capter et à entreposer le carbone sous les terres habitées par ces populations pour limiter les rejets polluants.

L’expansion des oléoducs du Trans Mountain

Parmi les décisions préjudiciables à l’environnement émises sous le gouvernement Trudeau, l’expansion des oléoducs du projet Trans Mountain occasionne elle aussi un impact écologique particulièrement néfaste. Racheté en 2018 à la compagnie américaine Kinder Morgan par le gouvernement fédéral, le projet Trans Mountain valait alors 4,5 milliards de dollars canadiens. Cette transaction signifiait alors tripler la capacité de l’oléoduc existant pour acheminer le pétrole brut de l’Alberta jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique. La construction de l’extension de l’oléoduc Trans Mountain s’est achevée le premier mai dernier, permettant désormais le transport quotidien de près de 900 000 barils de pétrole brut.

« Le gouvernement fédéral est donc limité aux différentes volontés des gouvernements provinciaux et ne peut pas forcer unilatéralement les provinces à conclure un accord »

Ce projet, dont le coût s’élève aujourd’hui à plus de 34 milliards de dollars canadiens, suscite de nombreuses critiques de la part des écologistes, des communautés autochtones, ainsi que de certains gouvernements provinciaux. En effet, l’impact écologique de cette construction est désastreux. Le chemin de l’oléoduc passe sur des terres autochtones, détruisant les cours d’eau et écosystèmes dont dépendent ces populations. De plus, les risques de fuites de l’oléoduc sont de plus en plus élevés et ces communautés craignent des marées noires le long des côtes. Le gouvernement Trudeau justifie l’extension des oléoducs comme un moyen de soutenir l’économie albertaine et de sécuriser l’accès aux marchés internationaux. Or, malgré cette motivation économique, le projet Trans Mountain freine les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre énoncés lors de l’Accord de Paris, révélant les véritables priorités du gouvernement quant à l’investissement de ses fonds. Le stratège en matière d’énergie chez Greenpeace, Keith Stewart, avait d’ailleurs déclaré : « Avec cet argent, le Canada aurait pu mettre en oeuvre un programme d’énergies vertes massif. »

Discorde entre l’état fédéral et les provinces

Si le Canada a déjà été qualifié par certains de « bombe à carbone », sa difficulté à allier l’état fédéral et ses provinces pour établir un plan de transition écologique national renforce d’autant plus cette faiblesse aux yeux de la communauté internationale.

Le Canada étant un état fédéral, la discorde entre Ottawa et les provinces représente la plupart du temps un frein contre une quelconque avancée du gouvernement Trudeau vers une transition écologique. En effet, la Constitution canadienne n’octroie à Ottawa aucune compétence directe sur les principales activités émettrices de GES, telles que l’extraction des ressources naturelles, la production d’électricité, les transports, l’agriculture ou l’urbanisme. Le gouvernement fédéral est donc limité aux différentes volontés des gouvernements provinciaux et ne peut pas forcer unilatéralement les provinces à conclure un accord environnemental. Dans ce cadre, toute tentative de réforme par le gouvernement fédéral est sujet aux tensions, en particulier lorsque les priorités des provinces divergent de celles du gouvernement fédéral. Ce fut le cas en 2019, avec l’introduction d’un plan de tarification du carbone par le gouvernement Trudeau, dans le but d’imposer aux commerçants une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, les provinces qui n’avaient pas encore établi de mesures sur la taxation du carbone, telles que l’Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick, ont désormais l’obligation d’instaurer une taxe de vingt dollars par tonne de combustible, qui augmentera chaque année. Si certaines provinces telles que le Québec et la Colombie-Britannique soutiennent cette mesure et furent elles-même les premières à instaurer une taxe carbone sur leurs territoires, d’autres gouvernements provinciaux avaient alors exprimé leur désaccord, affirmant qu’elle constituait une ingérence et qu’elle nuirait à leurs économies locales. Malgré la décision de la Cour suprême en 2021, qui a confirmé la constitutionnalité de cette tarification, la résistance provinciale demeure forte et ralentit considérablement les avancées écologiques du gouvernement fédéral.

Neutralité carbone d’ici 2050?

Le Commissariat canadien à l’environnement et au développement durable déclarait dans un rapport en novembre 2023 que « les émissions de gaz à effet de serre du Canada étaient plus élevées en 2021 qu’elles ne l’étaient en 1990 », et ce, malgré plus de dix plans d’efforts d’atténuation des changements climatiques depuis 1990. Le plan fédéral de réduction des émissions de GES établi en 2022 avait prévu une réduction de 40% en dessous des niveaux de 2005 d’ici 2030, ainsi que zéro émission net à partir de 2050. Ces objectifs apparaissent toutefois instables sous l’engagement peu convaincant du gouvernement Trudeau dans la course climatique.

Le Canada s’avère donc être un bien mauvais élève face à la pression internationale pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles. Bien que le gouvernement Trudeau se soit engagé à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, il continue de soutenir l’exploitation des sables bitumineux et le transport du pétrole pour des raisons purement économiques. Ce manque d’alignement affaiblit la crédibilité du Canada sur la scène internationale en tant que meneur dans la lutte contre le changement climatique.

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Alerte tempête! https://www.delitfrancais.com/2024/08/28/alerte-tempete/ Wed, 28 Aug 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55536 Nos sociétés sont-elles prêtes à faire face aux ouragans?

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Le film Twisters, dont la principale protagoniste est une tornade destructrice, est sorti au cinéma cet été. Il met en lumière le pouvoir colossal de la nature face à l’espèce humaine qui a souvent cru pouvoir la maîtriser. La représentation à l’écran de ce type de catastrophe naturelle ne pouvait pas résonner davantage avec l’actualité. Depuis le mois de mai, le continent Nord-américain a été frappé par de nombreuses tempêtes aux conséquences dévastatrices pour les villes et leurs populations. Avec le réchauffement climatique, les phénomènes météorologiques extrêmes vont se multiplier. Aussi est-il bon de s’interroger sur la capacité de nos sociétés à s’y adapter.

Le Délit s’est entretenu avec le professeur John Richard Gyakum du Département de sciences atmosphériques et océaniques de McGill, qui donne le cours ATOC 185 Natural Disasters (Désastres Naturels) ce semestre d’automne. Il est spécialisé dans la prévision des phénomènes météorologiques extrêmes dans le contexte de la variabilité climatique.

« Je pouvais à peine traverser la rue parce que tout était inondé. On ne pouvait même plus voir par terre tellement il y avait d’eau »

Un été marqué par les ouragans

Le vendredi 9 août, la région de Montréal a été touchée par les vestiges de l’ouragan Debby de catégorie une, originaire de Floride. Un véritable déluge a ainsi ébranlé la ville, puisque c’est 154 mm de pluie qui est tombée en une seule journée, soit l’équivalent de plus d’un mois de pluie. Il s’agit d’un nouveau record qui s’ajoute aux records de chaleur de cet été. « C’est la première fois que ça m’arrive. Je n’ai jamais pensé que ça pouvait arriver ici », témoigne Layla, étudiante à McGill et résidente de Laval, qui nous a raconté avoir renoncé à conduire au vu de l’état des routes ce soir-là : « Je pouvais à peine traverser la rue parce que tout était inondé. On ne pouvait même plus voir par terre tellement il y avait d’eau. » Comme de nombreux autres habitants de la région, Layla a perdu l’électricité chez elle. Toutefois, les conséquences de l’ouragan ne se sont pas arrêtées là. L’eau s’est engouffrée dans de nombreuses habitations et des autoroutes ont dû être fermées. Par ailleurs, certains événements et festivals ont été annulés ou déplacés tels que le spectacle de DJ SHUB et Native Mafia Family qui devait avoir lieu sur la place des Festivals et qui a dû se tenir au MTELUS. Cependant, les conséquences de l’ouragan à Montréal sont à relativiser face à celles subies aux États-Unis, où plusieurs morts ont été recensées.

L’ouragan Debby n’est pas le premier événement météorologique à s’abattre sur les États-Unis cet été. Déjà en mai, une tornade avait balayé la ville de Houston au Texas, plongeant près d’un million de foyers dans l’obscurité et la chaleur suffocante après avoir été privés d’électricité pendant plusieurs jours. C’est cette même ville qui, début juillet, a vu passer l’ouragan Béryl, après avoir eu tout juste le temps de se remettre de la précédente tempête tropicale. Née dans les Antilles, la tempête Béryl s’est rapidement intensifiée pour devenir un ouragan de catégorie cinq (catégorie maximale sur l’échelle de Saffir-Simpson ; une mesure évaluant les dégâts causés par un ouragan en fonction de la vitesse du vent), avant de s’affaiblir en touchant les côtes du Texas. Martin, étudiant à McGill qui habite à Houston le reste de l’année, a subi les deux tempêtes de plein fouet. Il nous rapporte avoir été prévenu seulement 20 minutes avant le passage de la tornade. « La tornade, c’est hyper soudain. Ma mère a essayé de rentrer les voitures mais il y a eu une coupure de courant. Il n’y a pas le temps de se préparer comme pour un ouragan. D’un coup, le ciel est devenu noir comme la nuit », nous décrit-il, avant de poursuivre : « Pendant la tornade, tout le monde se cache dans une pièce fermée, au milieu de la maison, au rez-de chaussée pour ne pas s’envoler. » Bien qu’elle ait été courte, les dommages qu’elle a engendrés ne sont pas négligeables. Martin a pu constater les dégâts après son passage : « il y a pleins de barrières et des portes de garage qui ont été cassées, des arbres qui sont tombés… » Martin regrette que le terrain de soccer ait été rendu inutilisable pour le reste de l’été. L’ouragan Béryl en comparaison s’est montré bien plus clément. « J’ai eu de la chance, je n’ai pas perdu le courant », dit-il. D’ailleurs ce n’est pas la première fois que sa maison est menacée par une tempête tropicale de ce genre. Il se souvient d’un ouragan en 2017, qui l’avait forcé à se réfugier dans la ville d’Austin, capitale du Texas, au risque que sa maison se retrouve inondée. Il raconte : « Il a plu énormément pendant trois à quatre jours sans interruption. L’eau m’arrivait au bassin dans la rue. Pendant deux semaines, il y avait des endroits inondés. On a dû aller chercher des affaires en canoë. Je n’ai pas eu école pendant une semaine ou deux. » Cette année, lors du passage de l’ouragan Béryl, il n’a plu que quatre heures à Houston. Martin souligne que les effets de l’ouragan ont bien été ressentis malgré tout. En effet, les infrastructures n’ont pas eu le temps de se remettre de la tornade précédente, et ont continué à se dégrader davantage.

Au vu de cette actualité inquiétante, des questions se posent : Peut-on prévoir ce genre d’aléa naturel afin de s’y préparer et en atténuer les conséquences? Nos sociétés sont-elles prêtes à réagir et à se prémunir contre des évènements météorologiques de plus en plus destructeurs dans le contexte du changement climatique? John Richard Gyakum a répondu à nos questions.

« Pendant la tornade, tout le monde se cache dans une pièce fermée, au milieu de la maison, au rez-de chaussée pour ne pas s’envoler »

L’incertitude météorologique

Avant de se pencher sur leurs conséquences, il est intéressant de comprendre les mécanismes et les propriétés scientifiques de ces catastrophes naturelles. Si, dans le film Twisters, la météorologue Kate est à la poursuite de tornades pour en découvrir leurs origines et percer leurs mystères, il ne faut pas les confondre avec les ouragans. Tous deux sont des risques météorologiques qui se manifestent sous la forme d’une tempête chargée de fortes pluies et vents tourbillonnants. « Une tornade est une tempête en rotation rapide, mais à très petite échelle. En d’autres termes, la zone de rotation peut avoir un rayon allant de quelques dizaines de mètres à une centaine de mètres. (tdlr) », explique le Professeur Gyakum. À la différence d’une tornade, l’ouragan a beaucoup plus d’ampleur : « Cela varie beaucoup, mais la zone de rotation d’un ouragan peut s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres de rayon. » Les termes « ouragan », « cyclone » ou « typhon » sont à peu près équivalents. Ils sont utilisés pour décrire le même phénomène dans différentes régions du globe. Les typhons se forment dans la partie occidentale de l’océan Pacifique, les cyclones émergent dans la zone comprenant l’océan Indien et l’Australie, tandis qu’on parle d’ouragans dans l’océan Atlantique ou au nord-est de l’océan Pacifique. Néanmoins, il précise que le terme de cyclone peut également désigner des « circulations hivernales qui sont beaucoup plus importantes que les ouragans ». Ces multiples sens expliquent pourquoi la terminologie peut prêter à confusion. Une autre différence marquée est qu’une tornade et un ouragan n’ont pas la même durée de vie. Alors que celle de la tornade se compte en minutes, un ouragan peut causer des dégâts sur plusieurs jours.

« Notre connaissance des ouragans et des tornades s’est améliorée au fil des ans, et notre capacité à comprendre ces systèmes peut se traduire par notre aptitude à prévoir ces événements », observe Professeur Gyakum. Il continue : « La tornade est souvent le phénomène le plus difficile à prévoir. En règle générale, nous ne sommes pas en mesure de prédire si une tornade va se produire à un endroit précis et à un moment précis. Nous ne pouvons que formuler nos prévisions en termes de probabilité. » Toutefois, plus l’échelle est grande, plus il est facile de prévoir ces phénomènes météorologiques : « La prévision des trajectoires des ouragans est très bonne. Mais notre capacité à prévoir l’intensité des ouragans doit encore être améliorée. »

La saison des tornades se concentre sur la période du printemps et du début de l’été. Celle des ouragans dans l’hémisphère Nord commence le premier juin et se termine fin novembre chaque année. Le professeur note cependant : « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’ouragans à d’autres moments de l’année. En 2005, lorsque nous avons eu un très grand nombre d’ouragans, on a observé que des ouragans se produisaient même en janvier. » Les cyclones, encore plus néfastes que les ouragans, peuvent avoir lieu n’importe quand dans l’année mais sont plus fréquents en hiver.

NOAA/NESDIS

Et avec le réchauffement climatique?

« Les conditions météorologiques extrêmes que nous avons connues pourraient être représentatives d’un changement à plus long terme de notre climat », remarque le Professeur en référence aux ouragans de cet été. D’après lui, le consensus scientifique actuel s’accorde à dire que, si le nombre d’ouragans ne risque pas d’augmenter, il faut s’attendre à voir de plus en plus de phénomènes météorologiques plus intenses avec de fortes vitesses de vent, d’autant plus dangereux : « Le nombre d’ouragans extrêmes, très puissants, de catégories quatre et cinq, est susceptible d’augmenter avec le réchauffement climatique. » Cela s’explique par l’augmentation de la température des océans. Ces derniers régulent la météo de la planète et fournissent le carburant aux tempêtes le cas pour l’ouragan Debby. Il ajoute : « Même si ces vieux ouragans diminuent ou perdent de leur intensité, ils transportent toujours une grande quantité de vapeur d’eau, l’humidité des tropiques. Lorsque ces systèmes météorologiques atteignent des régions situées à des latitudes plus élevées, comme le Québec et la vallée du Saint-Laurent, il peut en résulter d’énormes quantités de précipitations. Même si les vents eux-mêmes sont plus faibles, la plupart des dommages sont causés par les inondations associées aux précipitations. » Il se peut même que des ouragans traversent l’océan pour atteindre l’Europe et y provoquer là-bas aussi de fortes pluies et inondations.

Atténuation et adaptation

Alors que l’on pourrait croire que les conséquences les plus graves des ouragans sont causées par les vents violents, ce sont finalement les inondations qui en résultent qui provoquent le plus de dégâts. Ces inondations sont l’une des principales causes de mortalité humaine dans les ouragans. « Avec le changement climatique et le réchauffement de la planète, le niveau de la mer a considérablement augmenté. Lorsque le vent souffle fortement de l’océan vers la terre, il entraîne avec lui une grande partie des eaux de l’océan et provoque de nombreuses inondations. » C’est ce que l’on appelle une onde de tempête. En outre, « l’autre sujet d’inquiétude ne concerne pas seulement les vents qui pourraient s’intensifier dans les ouragans extrêmement puissants, mais aussi les précipitations. Les pluies les plus extrêmes vont devenir plus intenses avec le temps à cause du réchauffement climatique. Simplement en raison de la façon dont l’atmosphère fonctionne, il y aura des périodes plus extrêmes ou plus intenses de fortes pluies », remarque Professeur Gyakum.

« En plus de procurer des moments d’humanité qui permettent de rassembler les communautés touchées, ces catastrophes naturelles sont des leçons d’humilité qui doivent aider à éveiller les consciences et se décider ensemble à agir face à l’urgence du réchauffement climatique »

Face à ces risques, il est donc urgent de s’adapter afin d’amortir leurs effets sur nos sociétés et les vies humaines. Ce n’est pourtant pas une tâche facile. En effet, John Richard Gyakum reconnaît que « l’aspect de l’adaptation est un véritable défi et, en fin de compte, est très, très coûteux, pouvant atteindre des dizaines de milliards de dollars pour chaque ville ». Il poursuit : « À titre d’exemple, plusieurs grandes villes situées le long des zones côtières d’Amérique du Nord ont travaillé à la construction de barrières contre les inondations. C’est le cas de la région de Houston, au Texas, mais également de la Nouvelle- Orléans, en Louisiane, qui a subi l’ouragan Katrina en 2005. »

Or ce coût important comprend seulement les efforts d’adaptation, et ne prend pas en compte ceux d’atténuation du réchauffement climatique qui seront nécessaires à réaliser pour prévenir les risques météorologiques. Le professeur appuie l’importance de ne négliger aucun des deux aspects. Il faut financer aussi bien des mesures d’adaptation, à savoir la modification de nos habitudes de vie pour faire face aux impacts du réchauffement climatique, que des mesures d’atténuation en réduisant nos émissions de dioxyde de carbone, afin de s’attaquer aux causes du problème. Le professeur relève toutefois: « L’atténuation, en termes d’efforts réels pour passer à d’autres sources d’énergie propres, reste très importante. Mais en attendant, nous devons survivre. Et chaque endroit a ses propres besoins d’adaptation auxquels il doit répondre. » Par conséquent, l’urgence nous contraint souvent à prioriser les mesures d’adaptation, au détriment de celles d’atténuation.

Agir pour l’avenir

Les précipitations torrentielles qui se sont abattues ce mois d’août ont mis à l’épreuve les canalisations et le système d’égoûts de la ville de Montréal. Ce dernier n’a pu contenir l’eau qui a débordé, causant d’importantes inondations jusque dans les sous-sols des habitations. Il est clair que la ville a encore beaucoup à faire en matière d’adaptation. La municipalité prévoit un plan de « résilience de [son] territoire et de [son] cadre bâti » et cherche à développer des stratégies sur le long terme. Elle souhaite créer de nouveaux parcs éponges vers lesquels diriger le ruissellement de l’eau lors des fortes pluies, ce qui contribuera également à réduire les îlots de chaleur urbains. De cette manière, la ville cherche à allier efforts de mitigation et d’adaptation.

Ces évènements météorologiques extrêmes nous rappellent l’insignifiance de notre espèce à côté de l’omnipotente dame nature. Dans les moments de détresse, les questions économiques de pouvoir d’achat deviennent obsolètes, quand l’enjeu principal est de survivre. On comprend alors l’importance de réfléchir aux risques sur le long terme, plutôt que de ne se focaliser que sur ceux du court terme. Bien qu’ils détruisent des vies, les aléas génèrent aussi un sentiment d’entraide auprès de leurs victimes. Martin nous raconte qu’ « après la tornade, tout le monde sort de sa maison et va voir les dégâts ». Pour lui, « c’est le moment un peu sympa des catastrophes. Tout le monde agit ensemble pour être sûr qu’il n’y ait pas de blessés. Ce sont les seuls moments où tout le monde s’unit ». En plus de procurer des moments d’humanité qui permettent de rassembler les communautés touchées, ces catastrophes naturelles sont des leçons d’humilité qui doivent aider à éveiller les consciences et se décider ensemble à agir face à l’urgence du réchauffement climatique. Car ce n’est qu’à l’échelle collective que nos actions ont un véritable impact.

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Quand nature et humains ne font qu’un https://www.delitfrancais.com/2024/05/24/quand-nature-et-humains-ne-font-quun/ Fri, 24 May 2024 14:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55437 Nature vive, une expérience immersive au Palais des congrès de Montréal.

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Si vous cherchez une idée de sortie en famille ou de rendez-vous amoureux cet été à Montréal, l’exposition Nature vive au Palais des congrès n’attend plus que vous. Produite et distribuée par OASIS Studios Immersifs en collaboration avec National Geographic jusqu’au 1er septembre 2024, elle propose une expérience audiovisuelle immersive digne de la science-fiction. Elle mêle avec subtilité art et message politique pour sensibiliser à la biodiversité et à la nécessité d’agir pour sa conservation.

En pleine immersion 

Sans doute avez-vous déjà eu l’impression d’étouffer au milieu du tumulte et de l’effervescence d’une grande ville comme Montréal. Assailli de toute part, que ce soit par les notifications du téléphone ou le stress causé par le travail, votre cerveau vous semble sur le point de déborder, si bien que votre seul désir n’est plus que de vouloir mettre tout sur pause. L’exposition Nature vive offre une parenthèse paisible et un parfait échappatoire à la cacophonie du quotidien.

Divisée en trois parties, l’exposition a la même structure qu’une dissertation articulée en trois paragraphes répondant à la question suivante : pourquoi faut-il agir pour la préservation de la biodiversité et des écosystèmes? La première galerie, conçue par Katerine Giguère et Johnny Ranger, sert d’introduction, cherchant  à capter l’attention du visiteur et à éveiller une fascination pour l’environnement auquel il appartient. Afin de mettre en avant la puissance et la magnificence de la nature, des images de National Geographic mettant en scène toutes sortes d’espèces et de paysages naturels, à la façon de documentaires animaliers, sont projetées sur les quatre murs. 

Il s’agit d’une expérience immersive qui touche principalement à deux sens, à savoir la vue et l’ouïe.


Le deuxième tableau contraste drastiquement avec le premier et avance le principal argument de l’exposition : au sein du monde vivant, nous sommes tous interconnectés et ne faisons qu’un. L’artiste Alex Le Guillou utilise l’art numérique génératif pour illustrer les liens d’interdépendance dans la nature, en nous rappelant que nous provenons à l’origine d’une seule et même cellule. La troisième et dernière salle, réalisée par Émile Roy, conclut par une ouverture, en mettant l’accent sur les enjeux environnementaux actuels au regard du réchauffement climatique et appelle au passage à l’acte. En s’appuyant sur des exemples concrets d’initiatives à travers le monde, l’exposition veut montrer que c’est par la collaboration humaine que le défi climatique pourra être relevé.

En pénétrant dans chaque salle, le visiteur est plongé dans un univers parallèle bien éloigné de la civilisation, du trafic et de l’urbanisme montréalais. La visite dure environ quatre-vingt minutes, le temps d’entrer dans une transe méditative. Il s’agit d’une expérience immersive qui touche principalement à deux sens, à savoir la vue et l’ouïe. Les mosaïques hypnotisantes de point et de traits en mouvement de l’art génératif sont accompagnées de musique et bruits ambiants de la nature qui ont le pouvoir de nous transporter au plus profond de votre âme, nous amenant à une introspection et une remise en question de notre mode de vie ne prenant pas toujours en compte la nature.

Changer sa vision du monde

S’il y a un message fort que l’on doit retenir de l’exposition, c’est la nécessité de concevoir le monde d’une autre manière. Plus précisément, il s’agit de repenser la relation que les humains et le monde social entretiennent avec la nature. 

Assis au milieu d’une grande salle, entourés par des images de forêts luxuriantes, de montagnes triomphantes et d’océans aux profondeurs abyssales, on se sent tout petit. Cette mise en scène n’est pas due au hasard. Elle nous rappelle la place de l’Homme comme partie prenante de la nature et maillon d’une chaîne de vie complexe et non pas comme un simple observateur extérieur de celle-ci. L’Homme n’est qu’un animal parmi tant d’autres. Plutôt que de considérer l’environnement comme un réservoir d’où l’on peut puiser et exploiter les ressources à l’infini pour satisfaire nos besoins, nous devons nous rappeler que notre monde social dépend lui-même d’une biodiversité et d’écosystèmes sains.

Au milieu des images d’animaux, les auteurs de la première galerie ont inséré des yeux humains, soulignant l’appartenance de l’Homme à la biodiversité terrestre. « Nous ne défendons pas la nature. Nous sommes la nature qui se défend, » murmure une voix par-dessus la musique ambiante. Face à cette interdépendance des êtres vivants, il est nécessaire de préserver chaque élément constitutif du vivant car si l’un est menacé, nous le devenons tous.  

Cette idée d’interconnexion de toute chose provient des enseignements des peuples autochtones, qui dévouent une grande importance au respect de l’environnement et à l’équilibre de régénération de la nature. Changer notre vision du monde est crucial pour passer à l’action, car c’est cette dernière qui façonne notre manière d’agir. En considérant la Terre comme un habitat à préserver, nous agirons avec plus de responsabilité et pourrons vivre en harmonie avec elle.

À l’aide de ces chiffres impactant, les auteurs nous convainquent que tout espoir n’est pas perdu et que le meilleur remède à l’éco-anxiété est l’action.

Susciter une prise de conscience 

L’exposition a le mérite d’inspirer et motiver ses visiteurs face à la menace du changement climatique. Elle met en avant de nombreuses initiatives à travers le monde en suivant le même modèle : problème environnemental, projet entrepris et résultat positif. Par exemple, le Billion Oyster Project, qui recycle des coquilles d’huîtres provenant de restaurants de New York, a permis de restaurer 122 millions d’huîtres, participant à la préservation de leur récifs. Ces dernières sont essentielles à l’écosystème marin, puisqu’elles contribuent à purifier l’eau et servent d’habitat à plus de 100 espèces. 

À l’aide de ces chiffres impactant, les auteurs nous convainquent que tout espoir n’est pas perdu et que le meilleur remède à l’éco-anxiété est l’action. Mais sera-ce suffisant pour susciter une véritable prise de conscience auprès des visiteurs et un passage à l’acte? 

Si la troisième galerie de l’exposition est un appel à l’engagement pour l’environnement de tous, le message reste assez vague. Les auteurs mettent en avant la nécessité de faire des choix au quotidien pour réduire son impact négatif sur la biodiversité et les écosystèmes mais sans donner d’exemples d’actions concrètes à entreprendre. Ils donnent des pistes pour agir en invitant le visiteur à réfléchir à sa consommation d’électricité et à ses déplacements, ou encore à revoir son alimentation, ce qui reste imprécis. Si l’exposition les inspire à devenir donateurs à des associations protégeant la biodiversité ou à soutenir des projets d’envergure, ce sera déjà cela de gagné. Toutefois, il ne faut pas oublier que réduire son empreinte carbone à l’échelle individuelle ne doit pas être laissé de côté. 

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Vers une mode plus durable https://www.delitfrancais.com/2024/03/27/vers-une-mode-plus-durable/ Wed, 27 Mar 2024 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=55306 La France propose une loi contre la mode éphémère.

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Le 14 mars 2024, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité la proposition de loi présentée par Anne-Cécile Violland, députée du groupe politique Horizons, visant à limiter la pollution engendrée par l’industrie de la mode éphémère (fast fashion). Cette initiative vise à freiner la croissance des entreprises liées à la mode éphémère et à promouvoir une consommation responsable et éthique de la mode.

Qu’est-ce que la mode éphémère?

La mode éphémère, aussi connue sous les appellations de « fast fashion », « mode éclair » ou encore « mode express », est un phénomène qui a révolutionné l’industrie textile au cours des dernières décennies. Cette tendance consiste à constamment produire de nouveaux vêtements en grande quantité et à renouveler sans cesse les collections. Cependant, derrière cette effervescence commerciale se cachent des conséquences sociales, économiques, et surtout environnementales majeures, comme l’a récemment souligné la proposition de loi nº258 en France, ayant pour objectif de diminuer l’empreinte écologique de l’industrie textile.

En effet, l’industrie de la mode est responsable de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), soit plus que les secteurs maritimes et aériens réunis. Avec ses « 7 200 nouveaux vêtements par jour », la marque de mode éphémère Shein incarne parfaitement les excès de la production de masse à bas coût. Cette production excessive est justifiée par les compagnies de mode express en réponse à une demande constante de nouveaux produits. Pourtant, 85% des textiles initialement produits pour le marché se retrouvent au dépotoir la même année. En plus des graves retombées écologiques de cette industrie, leurs méthodes éthiques et sociales, comme le travail des enfants et les rémunerations extrêmement basses, sont souvent critiquées.

Une loi ambitieuse

Pour contrer ces effets néfastes, la France a récemment adopté une proposition de loi visant à réguler l’industrie de la mode éphémère. Cette loi comprend plusieurs mesures clés, notamment une interdiction de la publicité pour les textiles les moins chers, ainsi qu’une taxe environnementale sur les articles à bas prix. Cette taxe, qui sera progressivement mise en place à partir de l’année prochaine, vise à sensibiliser les consommateurs aux impacts écologiques de leurs achats. Les revenus seront utilisés pour subventionner les producteurs de vêtements durables, favorisant ainsi une transition vers une industrie de la mode plus respectueuse de l’environnement. Une des dispositions les plus notables de cette loi est l’obligation pour les producteurs de mode éphémère d’informer les consommateurs quant à l’empreinte environnementale de leurs produits à l’aide d’un éco-score. L’interdiction de la publicité, la promotion de compagnies et l’affichage d’enseignes pour les produits de mode éphémère sera renforcée, avec des amendes allant de 20 000 à 100 000 euros, applicables en cas de non-respect de cette réglementation. Cette transparence permettra aux acheteurs de prendre des décisions plus éclairées et de soutenir les marques qui s’engagent pour la durabilité.

« L’industrie de la mode est responsable de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), soit plus que les secteurs maritimes et aériens réunis »

Sera-t-elle efficace?

Malgré ces mesures encourageantes, des défis subsistent. La mode éphémère est profondément ancrée dans les habitudes de consommation et les pratiques commerciales, ce qui rend difficile sa régulation. L’application et l’impact réel de cette loi restent à être évalués, notamment en ce qui concerne la capacité à réduire significativement les émissions de carbone et la production de déchets textiles. La proposition de cette loi française contre la mode éphémère marque une étape importante dans la lutte contre les pratiques néfastes de l’industrie textile. En mettant l’accent sur la sensibilisation des consommateurs, la transparence et la taxation écologique, la France montre la voie vers une mode plus durable et éthique. La promulgation de cette loi au Sénat français est toujours en attente.

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