Le Délit https://www.delitfrancais.com/ Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 02 Apr 2025 19:18:17 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 En photos : plonger dans l’univers de la mode mcgilloise https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/en-photos-plonger-dans-lunivers-de-la-mode-mcgilloise/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58110 Le campus fourmille d’influences stylistiques : Unveil SS25 en est la parfaite incarnation.

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McGill n’est pas une école de mode, mais sa culture vestimentaire est un miroir fascinant des influences qui y cohabitent. Que ce soit dans les couloirs du campus, dans une salle de conférence sur la politique internationale, ou dans la queue du café Gerts, un éventail de styles se déploie, parmi lesquels s’entremêlent minimalisme européen, streetwear nord-américain et touches vintage montréalaises soigneusement choisies.

Certaines initiatives sur le campus permettent à cette créativité de s’exprimer pleinement : le vendredi 28 mars dernier, le défilé Unveil SS25 du club mcgillois P[H]ASSION a pris place au Bain Mathieu. Ancienne piscine publique, ce lieu s’est mué en un espace événementiel dans les années 90 grâce à l’initiative de la Société pour Promouvoir les Arts Gigantesques (S.P.A.G.).

Hasard ou symbole, la piscine apparaît ici comme une métaphore parfaite de la mode universitaire : un espace où certains plongent tête première, tandis que d’autres, apprennent doucement à flotter. Sous les néons du Bain Mathieu, les mannequins avancent avec une aisance feinte, dissimulant sous leur posture assurée l’adrénaline d’un instant qui, pour la plupart, frôle l’inédit.

Shayé
Shayé
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Lia Valente
Lia Valente

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L’art de MC Snow : entre héritage et réappropriation https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/lart-de-mc-snow-entre-heritage-et-reappropriation/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58107 Échanges pour une meilleure reconnaissance des cultures autochtones.

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Depuis le début de l’année 2025, la crise culturelle au Québec est au cœur des discussions. On souligne à quel point les arts – littérature, cinéma, théâtre, musique – manquent cruellement de financement pour se développer et rayonner. On débat la valeur de cette culture, de son potentiel éducatif. Pourtant, un aspect demeure largement ignoré dans ces échanges : l’art autochtone.

La culture autochtone dans son ensemble subit une marginalisation au sein du territoire canadien. En effet, ce n’est que depuis quelques années qu’une démarche de réparation et de rétribution envers les peuples autochtones a véritablement pris forme. Et si le Québec aime se penser avant-gardiste en la matière, il accuse un retard considérable. Certes, le programme d’enseignement québécois a connu des réformes importantes à l’orée des années 2000, mais la province traîne encore de la patte. Certain·e·s aiment se convaincre que le racisme systémique n’est qu’un mythe, une invention.

Ailleurs, pourtant, des initiatives structurantes sont mises en place. En Alberta, les enfants apprennent à compter jusqu’à 10 en langue crie. Ils·elles visitent des tentes de sudation, mémorisent la reconnaissance de territoire et, surtout, en comprennent l’importance. En Colombie-Britannique, dès le primaire, des consultant·e·s autochtones dispensent des formations aux enseignant·e·s, afin qu’ils·elles puissent aborder la culture et le mode de vie des peuples autochtones de manière juste et éclairée, non seulement en histoire, mais aussi à travers l’art. Car dans la culture autochtone, l’art dépasse sa simple dimension esthétique : il porte une vision du monde, une mémoire, un vécu.

« On porte tous·tes notre passé en nous, et on le transforme en langage – en art. En tant qu’artistes et enseignant·e·s, on a la responsabilité de le faire vivre. C’est pour ça que c’est un tel poids à porter : on nous fait culpabiliser si on ne le fait pas »
MC Snow, artiste en résidence

C’est précisément ce que l’artiste en résidence à McGill MC Snow cherche à transmettre à travers ses sculptures et peintures, qui abordent les défis sociaux liés au contexte postcolonial et à la réappropriation culturelle. Son travail s’ancre dans les techniques et arts autochtones traditionnels, mettant en lumière la transmission des savoirs, des croyances et des pratiques. Il privilégie des matériaux et des techniques ancestrales, tout en explorant les contrastes entre l’art précolonial et moderne.

Le jeudi 27 mars, dans le cadre de l’Initiative d’études autochtones et d’engagement communautaire (ISCEI) l’artiste multidisciplinaire kanien’kehá:ka a pris part à un panel aux côtés de la chorégraphe mohawk Barbara Diabo, de Thomasina Phillips, directrice adjointe du Bureau des initiatives autochtones à McGill, et de Kurt Kershl, le coordonnateur de soutien autochtone de la Commission Scolaire de Montréal Ensemble. Ils·elles ont discuté de l’intégration de l’art autochtone dans les écoles et les universités, un enjeu fondamental pour la reconnaissance et la transmission des cultures autochtones.

Au-delà des identités fracturées

« Je n’ai pas grandi avec une grande connaissance de ma culture, et je pense que c’est une histoire qui ressemble à celle de beaucoup d’autres (tdlr) », confie MC Snow. « J’ai passé ma vie à chercher ce “quelque chose” sans vraiment savoir ce que c’était… » Ce vide identitaire, cette quête sans cesse renouvelée d’un héritage partiellement effacé, MC Snow la transforme désormais en outil de transmission et de guérison.

Face aux questions de Barbara Diabo – « Comment continuer à avancer? Comment donner de la force aux autres à travers notre art? » – MC Snow explique qu’il voit dans l’art un pont entre les mondes : « L’art est l’une de ces langues qui transcendent les barrières, qu’elles soient linguistiques ou culturelles. Il touche aux émotions, à l’humanité même. À ce niveau fondamental, on se comprend tous·tes. C’est un moyen d’expression universel, et c’est justement pour ça qu’il est si essentiel. »

« Certaines communautés ont peur de partager ce qu’elles ont, même quand c’est précieux. Parce qu’après tout ce qu’on a vécu, on craint encore de tout perdre »
MC Snow, artiste en résidence

« L’art transforme des vies. J’ai vu les réactions des gens, que ce soit dans les écoles, au théâtre ou ailleurs. L’impact est réel », témoigne Barbara Diabo. Pour la chorégraphe mohawk, la danse s’apparente davantage à un rituel qu’à une simple performance : « On danse pour nos ancêtres. Vraiment. Ce ne sont pas que des mots. On danse aussi pour les générations futures, pour la terre, pour guérir. C’est un moment de partage profond, une médecine précieuse. […] Quand j’ai commencé à apprendre les danses de ma culture, ma vie s’est dotée d’une toute autre richesse, bien au-delà de ce que pouvait m’apporter le ballet, par exemple. »

Le fardeau de la transmission

« Ce n’est pas seulement une question de transmission de l’histoire. L’art parle aussi de nos préoccupations actuelles, de l’avenir », précise MC Snow. « On porte tous·tes notre passé en nous, et on le transforme en langage – en art. En tant qu’artistes et enseignant·e·s, on a la responsabilité de le faire vivre. C’est pour ça que c’est un tel poids à porter : on nous fait culpabiliser si on ne le fait pas. »

Barbara Diabo aborde cette responsabilité sans détour : « Les danseur·se·s sont, de manière générale, un groupe anxieux. Mais en tant que danseur·se·s autochtones, on porte un traumatisme intergénérationnel qui nous touche encore aujourd’hui. Et en plus, on a un devoir envers nos communautés. On ne peut pas juste être dans le “moi, moi, moi”. Ce ne serait pas juste. On doit aussi transmettre, enseigner, redonner. C’est une grande responsabilité. »

Mc Snow ajoute : « Parfois, c’est ce qui nous freine aussi. Certaines communautés ont peur de partager ce qu’elles ont, même quand c’est précieux. Parce qu’après tout ce qu’on a vécu, on craint encore de tout perdre. » Cette crainte légitime façonne la manière dont les artistes autochtones abordent le partage de leur culture. « Quand j’enseigne nos danses à des non-Autochtones, il y a toute une réflexion derrière », explique Barbara Diabo. « Je leur explique toujours : “Je vous l’enseigne parce que je peux et parce que je veux que vous en fassiez l’expérience, que vous ressentiez quelque chose. Mais vous ne pouvez pas simplement prendre cette danse et la mettre en scène de votre côté.” Parce qu’en ce moment, notre peuple est encore en train de reconstruire sa culture. Elle nous a été arrachée pendant des siècles… Nous sommes encore fragiles face à ce partage. »

La renaissance identitaire par l’art

Cette fragilité se manifeste particulièrement chez les jeunes. « Cette crise identitaire, cette hésitation entre vouloir s’intégrer et vouloir revendiquer son identité… Cette peur est encore bien présente », observe Kurt Kershl. « Et pas seulement chez les jeunes Autochtones, mais aussi chez celles et ceux qui ont une identité mixte. »

Pourtant, les signes d’une renaissance culturelle se multiplient. Barbara Diabo en témoigne : « Quand il y a un·e élève autochtone dans une classe, il·elle se redresse soudain, il·elle se sent concerné·e. Quand j’arrive en classe et que je leur fait part de mon amour pour notre culture, il·elle se redresse encore davantage. »

Pour Kurt Kershl, ces moments de reconnexion justifient tous les efforts : « Ce qu’on fait, c’est avant tout du soutien direct aux élèves. Et c’est ce qui est le plus important dans notre travail : les aider à se sentir légitimes, à comprendre qu’ils·elles ont leur place. On fait parfois des erreurs, nos actions peuvent sembler performatives, pas toujours aussi relationnelles qu’on le souhaiterait. Mais si, de temps en temps, un·e élève trouve sa place grâce à ça, alors ça en vaut la peine. »

« Être ici, échanger avec vous, voir tout ce qu’on met en place pour l’avenir… C’est puissant », conclut MC Snow. « On ne fait pas que parler, on agit. Et c’est motivant. J’ai hâte de continuer chaque jour, parce que je ressens vraiment que ce qu’on fait a du sens

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Le temps des bouffons https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/le-temps-des-bouffons/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58104 Réflexions sur la soumission volontaire.

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Dans une lettre ouverte publiée le 11 janvier dernier, Jean Chrétien, laquais loyal de sa Majesté Charles III des Rocheuses, défend son illustrissime pays, le Canada, contre des menaces d’annexion proférées par Donald Trump. Un monument poussiéreux des hautes sphères du Canadian Establishment qui fait la promotion des vertus de la souveraineté et de l’indépendance – mais quelle farce!

Les sparages incohérents du président des États-Unis ont l’effet pernicieux de rallier les pleurnichards fidèles à l’unifolié. L’union fait la force! Long Live the King! On veut nous voir ramper en rang docilement vers l’idéal d’une nation canadienne qui refuse de plier l’échine face au monstre américain. Moi, ramper, ça me fait mal aux genoux, je préfère m’abstenir. Pourtant, je l’avoue, je partage la complaisance fédéraliste pour nos arrogants voisins du sud. Leur cirque d’illuminés ploutocrates ne fait plus rire personne. Ce que j’abhorre, c’est plutôt l’utilisation canadienne des conjectures trumpiennes pour marteler d’éternelles tentatives hypocrites de suppression de l’identité québécoise.

L’ex-premier-ministre libéral Jean Chrétien (ministre de l’In-Justice sous Trudeau père, illustre mentor!) en profite pour jouer de sa réputation, nous rappelant dans sa lettre son fort goût pour les pirouettes politiques à l’intégrité douteuse. L’épouvantail de l’indépendance aura passé sa carrière à faire de l’ingérence son modus operandi, effrayant les Québécois pour mieux les assimiler à une confédération restrictive et abusive. Le Scandale des commandites? C’est lui. Le love-in du Non quelques semaines avant le référendum? Encore lui. Chrétien ne recule devant rien pour frauduleusement dilapider les fonds publics et détruire le projet indépendantiste apportant des contributions déterminantes aux défaites du Oui en 1980 puis en 1995. Effronté tout de même de faire la leçon à qui que ce soit sur l’importance de l’autodétermination d’un peuple quand on a dédié sa vie politique à l’éradiquer systématiquement.

« Avides de pouvoir et d’influence, ils s’entretuent pour gravir les échelons de l’administration néocoloniale. Premier-bouffon. Bouffon-général. Bouffon-gouverneur. Quand on est tanné de se battre, mieux vaut se vautrer dans une lâcheté aseptisée et défendre une ribambelle d’enjeux minables »

La quête pour l’indépendance n’est pas un caprice. La frayeur fédéraliste actuelle, ironiquement, le démontre parfaitement. La campagne de propagande pro-Canada orchestrée par les élites du pouvoir martèle que jamais le pays ne cédera sa terre, son pouvoir, sa culture et son identité – peu importe les bienfaits socio-économiques proposés par l’envahisseur. Voilà qui est curieux. La menace hypothétique auquelle fait face le Canada s’avère étrangement similaire au traitement que celui-ci réserve aux Québécois depuis 265 ans déjà. On redoute ce que l’on sème. Destruction de la langue et de la culture, partage des pouvoirs inéquitable, chantage économique… toutes les méthodes sont bonnes pour bâillonner le peuple québécois et le priver de son identité distincte. On réduit le passé de notre glorieux pays francophone à quelques allusions folkloriques dont les souvenirs s’effacent graduellement de la mémoire collective. Le gouvernement canadien résiste à « l’envahisseur » tout en servant d’exemple aux États-Unis quant à l’assimilation répugnante d’une nation souveraine. Pathétique. À des fossiles néo-colonialistes comme Trudeau (le père, le fils et le Saint-Esprit) et Chrétien, l’Histoire ne donne que très peu souvent raison.

Pour faire oublier à un peuple qu’il existe, il faut lui faire oublier qu’il a pu exister. Chrétien et ses sbires sont les artisans de cette identité canadienne illusoire, un nationalisme artificiel financé par les bénéficiaires du fédéralisme néocolonial. Les grands aristocrates du Beaver Club, les quartermasters et autres voraces WASPs (White Anglo-Saxon Protestants) se liguent depuis des siècles pour faire des Québécois un petit peuple, un bassin de cheap labor insignifiant. Quand il s’agit d’exploiter les ressources québécoises, l’amour canadien est sans mesure. Même chose quand un référendum s’annonce.

On est exploités par nos geôliers, jusqu’à ce que leurs chaînes nous meurtrissent trop et que par la force du nombre on gagne la volonté d’aspirer à la libération absolue de notre peuple.

Nous sommes les victimes inféodées d’un Canada hypocrite, profiteur, menteur, assimilateur un Canada bâti sur les larmes et la sueur des Québécois francophones. Un pays de Frobisher, de Molson et de McGill, aidés
dans leur funeste entreprise par quelques déserteurs opportunistes trahissant leur peuple. On me dira que ces temps sont révolus, que le patronat anglo-protestant n’est plus une menace à l’épanouissement de notre Québec, que le combat pour l’indépendance est un vestige archaïque dans un système de mondialisation frénétique. Voilà une belle pensée d’adorateur du Commonwealth, qui frémit d’excitation quand on aligne statu quo, oppression et assimilation dans un plan de société. Quand on profite de la misère de l’autre, il suffit de le nourrir juste assez pour ne pas qu’il crève de faim. Les boss sont peut-être bien morts, mais leur héritage gruge encore la détermination des Québécois. L’enjeu de la libération du Québec, tout comme sa culture et son identité, n’est pas un combat statique, monolithique. Par la montée de mouvements de valorisation de l’identité québécoise et de la nécessité de son indépendance au 20e siècle, le peuple condamné à se prostrer pour l’éternité prend son destin en main. Ainsi naissent le Rassemblement pour l’indépendance nationale, le Front de libération du Québec, le Parti Québécois déterminés à octroyer une souveraineté chèrement payée et amplement méritée aux Québécois.

Le sabotage fédéral s’amorce aussitôt que le mouvement se démocratise et gagne en importance pas question de laisser un petit peuple réaliser qu’il peut devenir grand. On nous menace de refuser le résultat du référendum, de nous soutirer nos maigres pensions, de faire du Québec le paria miteux de l’Amérique. Le Québec, étouffé par un Canada qui dépend de lui, ne trouve pas la force de se séparer. Les chaînes sont rouillées mais on se refuse à s’en débarrasser, on y est trop habitués.

À l’incertitude, certains préfèrent la servitude.

L’internalisation de l’oppression canadienne donne naissance à un infect regroupement de bouffons fédéralistes obsédés par l’unité d’un pays dysfonctionnel depuis sa création. Avides de pouvoir et d’influence, ils s’entretuent pour gravir les échelons de l’administration néocoloniale. Premier-bouffon. Bouffon-général. Bouffon-gouverneur. Quand on est tanné de se battre, mieux vaut se vautrer dans une lâcheté aseptisée et défendre une ribambelle d’enjeux minables. Pour essayer d’oublier qu’on trahit son peuple, rien de plus efficace que se liguer avec ceux qui affirment qu’il n’existe pas. Le pire dans tout ça? L’oppresseur fédéraliste originel cède sa place à une confrérie de bouffons qui se portent volontaires pour assujettir leurs frères québécois contre un titre, médaille de l’Ordre du Canada en option.

Les Québécois libéraux fédéralistes comme Chrétien, ils pullulent. Ils empestent la petite bourgeoisie (ou la grande aristocratie) et les idées de grandeur opportunistes. Par leurs manigances, ils corrompent la pureté
du débat identitaire québécois. Ils s’appliquent minutieusement à rendre le statu quo alléchant, indispensable. Ils rendent l’indépendance partisane, ils profanent l’idéal de liberté, ils crachent sur l’identité québécoise.

L’indépendance, je le répète, ce n’est pas une idéologie qu’on peut placer bêtement sur un spectre. C’est une évidence, un instinct, une nécessité à la condition humaine.

Sont Québécois tous ceux qui aiment la culture québécoise et veulent s’en faire les bâtisseurs.

Sont Québécois tous ceux qui désirent l’avancement collectif de la société qu’ils intègrent.

Sont Québécois tous ceux qui veulent voir la nation prospérer loin du joug abusif d’une confédération qui ne voit en nous qu’une vache à lait gouvernée par une assemblée de bouffons.

Sont Québécois tous ceux qui rêvent d’indépendance.

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Calendrier culturel https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/calendrier-culturel-9/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58100 Avril 2025

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Ça fait quoi, de mourir? https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/ca-fait-quoi-de-mourir/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58089 Critique de Mickey 17.

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Peu de films arrivent à l’écran en 2025 avec autant d’attentes que Mickey 17. Pour le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho, l’enjeu était de faire suite à l’un des meilleurs films de la décennie, Parasite. Six ans plus tard, le cinéaste est de retour avec Mickey 17 (adapté du livre Mickey7 d’Edward Ashton), un film ambitieux qui dépeint la cruauté de l’humanité dans un univers de science-fiction. Les studios de production étaient au rendez-vous, avec un budget de plus de 100 millions US et, après quelques désaccords, ont concédé au réalisateur une liberté rarissime, notamment lors du montage final.

Le prologue nous met en appétit. On est en l’an 2054 et Mickey (Robert Pattinson) s’engage dans une mission de colonisation sur une planète glacée, baptisée Niflheim, pour se soustraire à une dette accumulée sur Terre. Comme il ne possède aucune compétence particulière et que les places à bord sont limitées, Mickey s’engage en tant que « Remplaçable » (Expendable). Son rôle est simple : servir de cobaye aux scientifiques du vaisseau. Il faut trouver la formule d’un vaccin? Déterminer le taux de microbes néfastes sur une planète inconnue? Fureter en terre périlleuse? Envoyez Mickey! Grâce à une imprimante innovante, Mickey peut esquiver la mort et se réimprimer en Mickey 1, 2, 3… à chaque dérive.

Je tire mon chapeau à Robert Pattinson. Mourir n’est jamais simple, mais il le fait avec justesse tout au long du film. Lorsque ses doubles se rencontrent à l’écran, c’est un régal pour le spectateur. Mignon, mou, enflammé et sinistre, Pattinson passe par toutes les émotions dans le(s) corps de(s) Mickey(s) et confirme ainsi sa polyvalence en tant qu’un des plus grands acteurs de sa génération.

« Le conflit, trop cliché et prévisible, oppose le mal absolu contre les héros humanistes et s’achève par une séquence interminable »

La mission spatiale est dirigée par Kenneth Marshall (Mark Ruffalo), qui semble vouloir faire appel à un amalgame de figures d’actualité avec son maquillage bien orange, son appétit pour les conquêtes spatiales et ses casquettes rouges. Quelques années plus tôt, cette caricature nous aurait bien amusés. Bong a été inspiré par les dirigeants autoritaires les plus notoires, tels que Nicolae Ceaușescu en Roumanie et Ferdinand Marcos aux Philippines. Mais aujourd’hui, ce personnage nous fait plutôt penser à un sketch de Saturday Night Live, décortiquant les maelströms médiatiques de la semaine d’avant.

Bong Joon-ho a ses habitudes. En termes de message politique, le film exprime un anticapitalisme prégnant : Marshall et sa femme Ylfa (Toni Collette) symbolisent la classe sociale des huppés, se nourrissant de steak et de vin, alors que les moins chanceux ingèrent leurs calories en bouillie. Nous remarquons aussi les créatures monstrueuses saturées d’effets spéciaux et très appréciées de Bong, qui rappellent, celle culte, de The Host. Comme toujours, elles viennent semer le désordre parmi les humains, ces derniers n’étant que rarement irréprochables.

Malheureusement, le film sombre dans la grisaille, elle-même engloutissant la planète où résident les personnages. Le conflit, trop cliché et prévisible, oppose le mal absolu contre les héros humanistes et s’achève par une séquence interminable. Par ailleurs, en dehors de Mickey, les rôles ne sont pas très développés et manquent de profondeur. Certains personnages cruciaux de l’intrigue, comme l’amoureuse de Mickey, Nasha (Naomi Ackie), ne laissent guère d’impression durable.

Emporté par le gros budget et les effets spéciaux à revendre, Bong Joon-ho s’est un peu perdu avec Mickey 17. Les innombrables thèmes du film – l’innovation hasardeuse de la technologie, la colonisation, et évidemment la mort – noient le spectateur. Le film reste finalement sans éclat, malgré quelques gags intermittents, et souffre d’une comparaison inévitable avec les chef-d’œuvre précédents du même réalisateur. Une fois ressortis de la salle de cinéma, nous restons sur notre faim.

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Arrêt des règles : faut-il s’inquiéter? https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/arret-des-regles-faut-il-sinquieter/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58083 Comprendre l’impact de l’alimentation sur l’équilibre hormonal.

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L’été précédant mon entrée au lycée, j’ai décidé de faire un régime, afin de faciliter mon intégration dans un nouveau cercle social et de me sentir bien dans mon corps. Pendant les deux années qui ont suivi, mes règles se sont arrêtées. En les perdant, j’ai également renoncé à une partie de ma féminité. Si j’étais alors d’avis que le sacrifice en valait la peine, je comprends aujourd’hui l’impact qu’un dérèglement du cycle menstruel peut avoir sur la santé. Il est temps de lever les tabous concernant la santé féminine et de clarifier le lien entre l’alimentation et le bon fonctionnement de nos hormones, car perdre ses règles n’est pas normal. Le désir de se conformer aux normes sociétales de beauté et d’apparence physique ne devrait jamais se faire au détriment de notre santé physique et mentale.

Les troubles alimentaires

Un sentiment de satisfaction m’a d’abord envahie lorsque j’ai commencé à perdre du poids. Jour après jour, alors que je me regardais dans le miroir, me pesais sur une balance, j’observais les effets rapides d’un régime alimentaire drastique sur mon corps. La sensation d’avoir un tel contrôle sur mon apparence physique me galvanisait. C’était donc si facile de sculpter mon corps comme de la pâte à modeler pour lui donner la forme que je voulais! Je me voyais déjà ressembler aux filles aux corps parfaits qui s’affichent sur les réseaux sociaux, mais à quel prix? Tous les soirs, alors que je me couchais, mon ventre poussait des cris de détresse. Je me suis vite habituée à ne plus voir arriver mes règles. Après tout, c’était moins incommodant au quotidien. Je me rends compte seulement aujourd’hui que j’ai été victime d’anorexie nerveuse. Cette maladie mentale fait partie de la famille des troubles alimentaires, qui contribuent à la diminution de la consommation alimentaire et peuvent perturber l’équilibre hormonal. Sandrine Geoffrion, diplômée d’une maîtrise à l’Université de Montréal en nutrition et membre de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec (ODNQ), m’a expliqué l’impact de ces troubles sur le cycle menstruel.

Selon elle, différents facteurs peuvent influencer nos menstruations : le stress, l’alcoolisme, le tabagisme, et l’alimentation. Elle explique que notre cycle menstruel est contrôlé par les fluctuations d’hormones progestérone et œstrogène. Ces dernières jouent aussi un rôle dans la régulation de l’appétit et de l’énergie. Afin d’assurer la synthèse et le bon fonctionnement des hormones menstruelles, plusieurs nutriments sont nécessaires. Ainsi, si l’on mange trop peu ou pas proportionnellement à notre activité sportive, « le corps se met comme dans un état de survie, et peut couper dans les fonctions les moins nécessaires » au détriment de la fonction reproductive. « C’est plus difficile de porter un enfant à terme quand on n’est pas capable d’avoir assez de nutriments pour couvrir ses propres besoins », observe-t-elle.

Le manque de calories peut ainsi conduire à l’absence des règles, que l’on appelle l’aménorrhée. Le DSM‑5 – le manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux – identifie trois catégories de troubles alimentaires : l’anorexie nerveuse, la boulimie, et l’hyperphagie boulimique. La nutritionniste explique que l’anorexie est caractérisée par « une peur intense de prendre du poids » et s’accompagne souvent d’une distorsion de l’image corporelle ou dysmorphie corporelle : « On ne va pas nécessairement voir son corps tel qu’il est. Malgré une maigreur extrême, quelqu’un peut se percevoir comme gros ou grosse. » Une personne atteinte d’anorexie nerveuse adopte une restriction alimentaire stricte, ce qui conduit à une réduction importante du nombre de calories consommées. La boulimie provoque des conséquences similaires, bien qu’elle prenne une tout autre forme. « Les personnes [atteintes de boulimie, ndlr] mangent de grosses quantités d’aliments dans de très courtes périodes, qui sont suivies par des comportements compensatoires tels que des régimes drastiques, jeûnes, vomissements et prise de médicaments provoquant la diarrhée », explique la nutritionniste. Enfin, l’hyperphagie boulimique se traduit par des compulsions alimentaires, mais sans les comportements compensatoires. La diététicienne précise qu’en plus d’avoir d’importantes conséquences sur la santé physique, ces trois troubles provoquent également des « émotions négatives, un sentiment de perte de contrôle, de la culpabilité et de la honte, ou encore un dégoût de soi-même ». Leurs conséquences sur la santé mentale sont ainsi tout aussi graves, pouvant même conduire à la mort.

Bien que n’importe qui soit susceptible de développer des troubles alimentaires, peu importe le genre, les femmes sont les plus concernées. Toutefois, la dysmorphie musculaire (ou bigorexie), une autre forme de trouble alimentaire, affecte plus particulièrement les hommes, qui les pousse à s’entraîner intensément pour être plus musclés, à instaurer des règles fixes par rapport à leur alimentation et parfois à prendre des suppléments. L’orthorexie, à savoir l’obsession de manger sainement, touche aussi bien les hommes que les femmes.

« C’est plus difficile de porter un enfant à terme quand on n’est pas capable d’avoir assez de nutriments pour couvrir ses propres besoins »

Sandrine Geoffrion, nutritionniste

La quête de la perfection

Selon la nutritionniste, les troubles alimentaires peuvent être accompagnés d’exercice physique excessif, qui favorise les carences alimentaires et la déficience en énergie ; facteurs propices à l’aménorrhée. Evonne, étudiante à McGill et coureuse assidue, témoigne du combat douloureux qu’elle a dû mener pour retrouver ses règles. « J’ai perdu mes règles, ou plutôt je ne les ai jamais eues jusqu’à ma première année d’université (tdlr) », raconte-t-elle. Alors qu’elle était encore au lycée, elle pensait que c’était normal, ayant entendu parler de personnes qui ne les ont eues que plus tard. Elle ne s’est donc pas inquiétée jusqu’au jour où son entourage a fini par remarquer son état de santé se détériorer. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle a décidé de consulter un médecin. Les résultats de ses premières prises de sang étaient alarmants : « J’avais des niveaux d’œstrogènes comparables à ceux d’un garçon prépubère d’environ 13 ans, et mes taux d’hormones de croissance étaient catastrophiques.» Le peu d’énergie qui lui restait de ses entraînements de course à pied n’était pas suffisant pour lui permettre d’interagir socialement, affectant ainsi ses relations amicales.

Selon elle, ce n’est pas une coïncidence que son cycle menstruel se soit modifié lorsqu’elle a augmenté son kilométrage en course à pied. Elle est passée à un rythme de 70 à 80 kilomètres par semaine sans prendre de jours de repos. Ignorant les signes de détérioration de sa santé, elle a fait comme si de rien n’était, car, au fond d’elle, la perte des règles était synonyme d’accomplissement. « Parce que, dans le domaine de la course de fond, il existe une stigmatisation qui laisse entendre que si tu t’entraînes suffisamment dur, tu devrais perdre tes règles. Si ton pourcentage de masse grasse est bas au point que ton corps ne puisse plus avoir de règles, c’est une preuve de réussite », confesse-t-elle.

Et cela s’est révélé payant sur le court terme dans sa quête de performance, car elle a pu gagner des titres provinciaux et a été sur le point de rejoindre l’équipe nationale pour sa catégorie d’âge, ce qui a contribué à son bonheur.

Aujourd’hui, après avoir été éduquée sur les conséquences de l’aménorrhée, elle réalise à quel point elle a mis en danger sa santé. Elle analyse son comportement ainsi : « C’était un sentiment de fierté, j’avais l’impression de correspondre aux normes imposées. Mais en réalité, cela m’a seulement conduite à des problèmes de santé dont je ne suis pas fière. Cela a vraiment affecté mon bien-être et mes relations avec les autres. » Cette fierté de coureuse était une pièce fondatrice de sa personnalité et elle était prête à sacrifier sa santé pour la conserver. Un déclic s’est opéré lorsqu’elle est allée voir un spécialiste qui l’a mise en garde sur les conséquences que pouvait entraîner l’aménorrhée sur sa fertilité, pouvant l’empêcher de fonder une famille un jour : « Quand cette réalité m’a frappée, cela a été très difficile, et c’est là que j’ai eu peur. »

Si Evonne a sacrifié son équilibre hormonal dans sa quête de performance sportive, c’est bien la recherche de la perfection physique qui m’a conduite à négliger le mien. Moi non plus, je ne suis pas fière quand je regarde les photographies du temps de mon aménorrhée, me trouvant pâle, maladive, et laide. En voulant me rapprocher des standards de beauté, j’ai perdu ce que j’avais de plus précieux : ma féminité.

« J’avais des niveaux d’œstrogènes comparables à ceux d’un garçon prépubère d’environ 13 ans, et mes taux d’hormones de croissance étaient catastrophiques »

Evonne, étudiante à McGill

Comment s’en sortir?

Maintenant, je me sens soulagée à chaque fois que j’ai mes règles, car cela signifie que je suis en bonne santé. Néanmoins, il m’arrive encore d’être hantée par mes anciens troubles alimentaires et d’être rattrapée par l’interruption de mes menstruations. Evonne admet aussi qu’aujourd’hui encore, son cycle menstruel traverse des fluctuations et qu’il est difficile de le stabiliser.

Toutefois, elle sait désormais comment réagir : « Si jamais il y a une période prolongée, de plus de deux ou trois mois, où je n’ai pas mes règles, je sais qu’il faut consulter un médecin. » Après avoir été suivie par une nutritionniste, elle a appris à adapter son régime alimentaire à son volume d’entraînement.

Sandrine Geoffrion rappelle : « La règle d’or, c’est qu’il faut avoir des apports énergétiques suffisants en général. Ce n’est peut-être pas facile dans notre société où règne la culture des diètes, mais on évite au maximum les régimes excessifs. » Avoir une alimentation équilibrée et variée permet de diminuer les risques de carence, sans développer de préoccupations excessives en lien avec l’alimentation. D’ailleurs, « il y a beaucoup de micronutriments qui sont importants pour nos hormones, comme le zinc, le calcium, le magnésium, ou le fer, dont on peut facilement combler le besoin en mangeant de façon diversifiée. Il ne faut donc pas sous-estimer l’importance de s’alimenter ». Elle ajoute que les besoins énergétiques sont différents pour chaque phase du cycle menstruel : « Les phases d’ovulation et lutéales, pendant lesquelles le corps se prépare aux prochains saignements, peuvent être caractérisées par des rages alimentaires. Notre corps est bien fait et nous envoie le message qu’il faut manger davantage au courant de la journée. » On peut adopter des collations qui intègrent des aliments faits de grains entiers et des fruits pour éviter d’avoir excessivement faim le soir. De plus, pendant la phase des saignements, il peut être important de consommer davantage d’aliments riches en fer, que l’on trouve dans la viande rouge ou les lentilles, par exemple, avec de la vitamine C, trouvée dans les fruits et légumes, qui permet de mieux l’absorber.

L’arrêt des menstruations a des conséquences profondes et graves sur la santé physique et mentale des femmes qui en souffrent et on ne peut plus les banaliser. Il est important de recourir à l’aide médicale lorsque l’on est concerné par l’aménorrhée ou par un trouble alimentaire. La nutritionniste recommande la ligne d’écoute et d’aide gratuite Aneb, qui offre un soutien aux personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire.

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À la recherche d’une mémoire fracturée https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/a-la-recherche-dune-memoire-fracturee/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58071 Une critique de La femme de nulle part.

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B ambino de Dalida résonne dans les quatre murs de la salle. Les écouteurs vissés dans les oreilles, des lunettes de soleil pour se dissimuler au monde, Nora danse. Une danse d’abandon, une danse qui lui permet d’oublier ce gouffre qu’elle ne parvient pas à combler.

La femme de nulle part, mise en scène par Anna Sanchez, explore l’histoire d’une famille oubliée. Nora, personnage principal, découvre une photo de sa grand-mère prise à Oran, en Algérie, mais, faute d’explications de la part de son père, elle décide de partir à la recherche de cette mémoire inachevée.

Une ignorance révolue

Étant Algérienne, cette pièce m’a laissée mitigée, un peu perdue entre ce dont je me sens proche et la perplexité qui m’envahit. Souvent, en tant qu’enfants d’immigrants, notre histoire subit une fracture qui nous écarte dans une ignorance douloureuse. Nous vivons dans une mélancolie, portant le poids d’une histoire que l’on ne connaît pas vraiment. Pour Nora, interprétée par Théa Paradis, cette mystérieuse photo semble être la clé de cette tristesse. Une image prise à Oran, durant l’ère coloniale en Algérie, où sa grand-mère se tient côte à côte avec une jeune femme algérienne, Lina. Après cette découverte, Nora se lance dans une recherche effervescente sur cette époque troublante.

Entre les manifestations dénonçant la mort de Nahel Merzouk au mains d’un policier français en 2023 et les archives de la guerre d’indépendance, Nora se sent déchirée ; coupable et révoltée d’être descendante d’une personne qualifiée de « pieds-noirs », terme désignant les populations d’origine européenne installées en Algérie durant la période coloniale française. La pièce s’efforce de mettre en lumière et, d’une certaine manière, de dénoncer le racisme et le colonialisme français. Je trouve cependant que cette dénonciation demeure limitée par le fait que l’histoire est racontée du point de vue d’une personne issue des pieds-noirs.

Mon attachement personnel à la guerre d’Algérie limite peut-être mon empathie envers cette grand-mère pieds-noirs. Pourtant, contrairement à mes parents, je comprends le sentiment d’arrachement que plusieurs pieds-noirs déplorent. Comme eux, je suis attachée à une Algérie composée de souvenirs évanescents et de personnes disparues. Au-delà de la déchirante séparation entre la grand-mère et son amie Lina, il n’en demeure pas moins que les pieds-noirs ont grandi en Algérie avec une vision trompeuse de la réalité. Cette vie en sol algérien ne leur appartenait pas, ni ses belles maisons, ni la nourriture dans leurs assiettes, et surtout pas ce pays.

Une tristesse inconnue

Cette quête débute par une tristesse que Nora peine à comprendre. Elle ressent un vide, un manque plus profond que celui que laisserait l’absence d’un parent. Cette mélancolie persistante ronge Nora et, après son départ spontané pour Paris, ne fait que croître, alimentée par l’incompréhension et le vide qui l’habitent.

Ce vide, beaucoup le connaissent bien : celui de l’identité, de l’histoire oubliée. Cette quête pour savoir d’où l’on vient, je la comprends également. La douleur de Nora dans sa recherche est incarnée avec une intensité poignante. À travers ses monologues emplis de questionnements et ses gestes souvent déséquilibrés, Nora se blottit dans des tissus qui l’enveloppent, comme une tentative fragile de se protéger du monde extérieur. La pièce transmet ainsi cette tristesse profonde, tout en la soulignant d’un subtil sous-ton d’humour. Ces interludes comiques sont stratégiquement placés, permettant de mettre en lumière l’absurdité de certaines situations, mais surtout l’inexprimable tristesse qui les habite.

Une fin en Istikhbar*

Malgré mes divergences avec le point de vue narratif de cette pièce, la composition musicale, les accessoires simplistes et des dialogues empreints de force parviennent magnifiquement à transmettre cette émotion de mélancolie face à l’inconnu. Un sentiment qui s’ancre profondément dans l’estomac, une sensation à la fois douloureuse et douce. Cette histoire de découverte est belle dans son interprétation, oscillant entre hauts et bas. À la manière du chaâbi, une musique traditionnelle algéroise, la pièce se construit progressivement, accélérant jusqu’à une fin qui marque en réalité un nouveau commencement. Le début d’une Nora un peu moins perdue, une jeune femme qui commence à comprendre d’où elle vient.

*L’introduction musicale d’une chanson chaâbi, qui peut durer de quelques minutes à plusieurs heures.

La pièce La femme de nulle part est présentée jusqu’au 12 avril au Théâtre Denise-Pelletier.

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Une grève historique en soutien à la Palestine https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/une-greve-historique-en-soutien-a-la-palestine/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58070 Les étudiants exigent le désinvestissement du complexe militaro-industriel.

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Ce jeudi 27 mars, l’assemblée générale de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) a approuvé, grâce à une majorité écrasante, la motion soutenant la grève étudiante en soutien à la libération de la Palestine. Cette motion, proposée par l’étudiante Rama Al Malah, visait à obtenir le soutien officiel de l’AÉUM envers la grève étudiante de trois jours ayant lieu du 2 au 4 avril. La grève n’est évidemment pas obligatoire : les étudiants décident eux-mêmes de ne pas se présenter en classe, espérant forcer l’Université McGill à désinvestir des fonds d’investissement qui participent au financement de compagnies d’armement soutenant l’invasion militaire de Gaza. Comme précisé dans la motion, on compte parmi les entreprises visées Lockheed Martin, Airbus, Textron, BAE Systems, Safran ou encore Thales. La motion a été adoptée avec 679 voix pour, 10 contre, et 3 abstentions.

L’assemblée générale

L’assemblée générale s’est déroulée à la fois en personne et en virtuel, permettant une partipation massive des étudiants. N’ayant à monter qu’un étage pour atteindre la salle du bal du bâtiment de l’AÉUM, où s’est déroulée l’assemblée, une partie de l’équipe du Délit s’est retrouvée au cœur d’une foule impressionnante. Plus de 300 élèves, nombreux à arborer fièrement un keffieh, s’étaient déplacés pour prendre part à ce moment historique. La motion est en effet la première de l’histoire de l’AÉUM à passer en faveur d’une grève étudiante. Rama Al Malah, dans son discours d’introduction, a présenté la motion comme la revitalisation d’un mouvement à la hauteur des soulèvement étudiants qui ont marqué l’histoire : « Les étudiants ont longtemps été à l’avant-garde du changement, menant la charge contre la guerre du Viêt Nam, se tenant en première ligne du mouvement des droits civiques et menant la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui, même si le public ne l’a pas encore pleinement compris, ce sont encore les étudiants qui nous guident vers la vérité et la justice (tdlr) » a‑t-elle déclaré.

Elle a également rappelé que le désinvestissement est un objectif tangible et réalisable. En effet, en 2023, l’Université avait déjà accepté de désinvestir d’entreprises majeures dans les combustibles fossiles après plus d’une décennie de mobilisation étudiante, notamment incarnée par l’association étudiante Divest McGill.

L’assemblée générale s’est déroulée dans une atmosphère respectueuse et empreinte d’humilité, malgré quelques interventions contestataires qui ont davantage suscité des rires que de véritables confrontations. À l’adoption de la motion, la salle a explosé de joie : les étudiants, euphoriques et victorieux, se sont levés d’un seul élan, entonnant les chants emblématiques des manifestations pro-palestiniennes. La motion devait encore être ratifiée en ligne pour confirmer son adoption définitive, mais le sentiment du devoir accompli était déjà palpable.

À la sortie, une manifestation de petite ampleur, plus festive que véritablement militante, s’est tenue devant le bâtiment de l’AÉUM. Elle s’est déroulée sous une surveillance policière costaude : les forces de l’ordre étaient mobilisées en nombres conséquents, visibles à travers les fenêtres du bâtiment dès le début de l’assemblée générale. Lundi 31 mars au soir, la motion a définitivement été acceptée, avec un taux de ratification de 72%.

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Les Canadiens de moins en moins heureux? https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/les-canadiens-de-moins-en-moins-heureux/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58058 Le Délit décrypte le rapport mondial sur le bonheur 2025.

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Ce jeudi 20 mars, l’édition 2025 du rapport mondial sur le bonheur (World Happiness Report 2025) a été publiée, offrant une analyse de référence sur la satisfaction mondiale. Cette année, le rapport s’est particulièrement concentré sur la perception des notions de bienveillance et de partage. Comme on pouvait s’y attendre, les pays du Nord figurent en tête : la Finlande, le Danemark, l’Islande et la Suède occupent les quatre premières places. Le Canada, en revanche, continue de chuter et se retrouve 18e, alors qu’il était 6e en 2013.

Le Délit s’est entretenu avec Christopher Barrington-Leigh, professeur spécialiste de l’« économie du bien-être » à McGill, qui analyse l’influence des liens sociaux sur le bonheur.

Quelle méthodologie?

Le rapport repose sur l’échelle de Cantril, un outil où les participants évaluent leur bien-être sur une échelle de 0 à 10. Les différences entre pays sont ensuite expliquées à l’aide de six variables : le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé, la générosité, l’absence de corruption, la liberté de faire des choix de vie et le fait d’avoir quelqu’un sur qui compter.

Si Barrington-Leigh reconnaît la valeur du rapport, il met en garde contre les conclusions hâtives sur le classement des pays. « Le classement est mis en avant parce qu’il est sensationnaliste et attire beaucoup l’attention chaque année. Les journalistes l’adorent. (tdlr) » Cependant, il est toujours compliqué de tirer des conclusions hâtives quant au rapport, notamment quand il mesure quelque chose d’aussi subjectif que le bonheur. Les intervalles entre pays peuvent également être très faibles, ce qui fait perdre en crédibilité aux résultats. Si deux pays sont éloignés de cinq places au classement, mais que les différences de bonheur entre eux et les pays les séparant sont très faibles, il serait probablement plus sensé de classer les pays en différents groupes plutôt qu’individuellement.

Le bonheur en déclin au Canada

Malgré les limites du classement, le professeur estime que la baisse du Canada reflète une tendance réelle. L’édition précédente du rapport avait mis en lumière une diminution marquée du bien-être des jeunes au cours de la dernière décennie. Le professeur estime que les réseaux sociaux – bien qu’il en reconnaisse les atouts – ont probablement leur rôle à jouer dans le déclin du bonheur chez les jeunes. Le professeur pointe l’impact négatif des réseaux sociaux sur le bien-être des jeunes et plaide pour des régulations sur la publicité ciblée, car « les réseaux ne visent pas à générer du bienêtre, mais du profit. Ils cherchent aussi à créer du conflit et de la polarisation, car c’est le meilleur moyen de créer de l’engagement. Il est nécessaire de protéger les gens face à ça ».

La clé du bonheur : la qualité des liens sociaux

L’impact des relations sociales sur le bonheur est un point central du rapport. Selon Barrington-Leigh, la richesse matérielle réduit le stress quotidien expliquant pourquoi les pays riches sont en moyenne plus heureux. Pourtant, cela n’explique pas tout. Comment expliquer qu’un pays comme le Mexique puisse se hisser devant le Canada au classement?

Barrington-Leigh maintient que la qualité et la diversité des relations sociales que nous entretenons sont les piliers de notre bonheur. Le professeur explique que les niveaux importants de bonheur dans certains pays d’Amérique latine et centrale sont une énigme depuis longtemps. La réponse résiderait dans des choses simples : selon le professeur, la musique et la danse ; selon le rapport, le temps consacré à partager des repas avec ceux qui nous sont chers. Ces sociétés baignent dans une culture riche qui met de l’avant les liens familiaux et communautaires, beaucoup plus que nos sociétés du Nord.

Rester optimiste

Les conclusions du rapport peuvent sembler décourageantes, mais des initiatives positives émergent. En 2022, Ottawa a adopté le Cadre de qualité de vie pour le Canada, intégrant des mesures de satisfaction à l’égard de la vie et du sentiment de sens. Le Canada est l’un des rares pays à placer explicitement le bien-être au centre de ses politiques publiques.

D’un point de vue plus local, Barrington-Leigh rappelle que le Québec est depuis peu la province la plus heureuse du pays. Une qualité des institutions et un système de protection sociale robuste pourraient expliquer cet écart avec le reste du Canada.

Si le bonheur canadien est en déclin, des leviers sont à explorer pour inverser la tendance. Miser sur les liens sociaux, changer le modèle qu’emploient les réseaux sociaux pour provoquer de l’engagement et repenser les priorités sociétales pourraient être des solutions à explorer.

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Nuit blanche : à quel prix? https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/nuit-blanche-a-quel-prix/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58056 Procrastiner au détriment de sa santé.

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E n tant qu’étudiant, il est souvent difficile de trouver le bon équilibre entre la pression académique, un emploi à temps partiel, la vie sociale et du temps pour l’exercice physique. Inévitablement, lors de la mi-session et de la fin de la session, l’une ou plusieurs de ces priorités sont négligées au profit d’autres. Il est impossible d’avoir un équilibre parfait pendant 24 heures, sept jours sur sept, tout au long de 12 semaines de cours en préservant sa santé. Alors, pour beaucoup en quête de la perfection ou tout simplement dans le but d’accorder une importance égale à toutes ces priorités, il leur arrive de faire des nuits blanches afin d’accomplir toutes leurs tâches, notamment académiques.

C’est cool, faire ça?

Le concept d’une nuit blanche à l’université est synonyme de panique. C’est une stratégie qui n’est utilisée que lorsqu’une échéance approche, et que chaque heure de travail est cruciale. Remise à midi, examen à huit heures du matin : dans ces situations, il n’y a pas de temps à gâcher à faire autre chose que se consacrer à atteindre l’objectif, et les seules heures restantes sont celles de la nuit. Lors d’une nuit blanche, la performance devient primordiale, quitte à prendre le dessus sur le sommeil. Les éléments clés sont essentiellement un café ou une boisson énergisante et des collations pour éviter de s’endormir. Le lieu idéal est la bibliothèque – notamment McLennan qui est ouverte 24 heures sur 24 lors des périodes d’examen – ou parfois sa chambre, pour se motiver à remettre son travail et aller dormir le plus vite possible. En théorie, passer la nuit sans dormir avec des amis ne semble pas si horrible que cela ; pour certains c’est même une partie intégrante de l’expérience universitaire. La réalité est qu’avoir eu peu d’heures de sommeil impacte le cerveau, la performance académique et l’humeur des étudiants. Qui est heureux après avoir passé la nuit à avoir écrit un travail final?

Afin d’obtenir un point de vue étudiant sur le phénomène, Le Délit s’est entretenu avec Léa*, étudiante en littérature française, qui a effectué plusieurs nuits blanches lors de ses semestres à l’université. L’étudiante mcgilloise explique que les nuits blanches sont une nécessité pour elle, surtout lors de périodes chargées : « C’est généralement parce que j’ai tellement procrastiné que ça devient ma seule option pour être capable de finir des travaux à temps. » En mettant de l’emphase sur sa propre procrastination, Léa admet que la qualité de ses travaux effectués lors de nuit blanche n’est pas à la hauteur de ceux effectués dans d’autres circonstances. En effet, le manque de sommeil et l’adrénaline associée à la nuit blanche peuvent donner l’illusion que les étudiants réussissent bien sous pression. Cependant, dans ces circonstances, l’état de l’étudiant nuit sans doute à la qualité du travail et à l’attention aux détails normalement effectués par les étudiants. Léa souligne les effets d’une nuit blanche sur sa santé physique et mentale : « Je remarque que je suis plus vulnérable aux situations stressantes, ce qui est normal puisque je n’ai pas dormi. À part cela, je ne me sens généralement pas bien, car j’ingère beaucoup de caféine pour rester éveillée. » Quant à l’idée que faire une nuit blanche est parfois un élément clé de « l’expérience universitaire typique », Léa n’est pas d’accord, car son « expérience universitaire se passe très bien sans avoir à passer 12 heures à la bibliothèque la nuit. »

En général, une nuit blanche est essentiellement due à la procrastination ou à un simple manque de temps pour faire toutes les tâches. Une journée sans sommeil, de nombreuses boissons caféinées et de la concentration à longue durée aboutissent à une combinaison néfaste pour le cerveau et le corps. Il est possible qu’une nuit blanche soit inévitable, mais cela ne fera que diminuer votre qualité de travail, votre productivité et bien-être, rendant difficile de finir sa session en pleine forme. Pensez‑y deux fois la prochaine fois que vous songez à faire une nuit blanche pour rendre un travail scolaire. N’y a‑t-il pas une autre option?

*Nom fictif

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Ligne rouge franchie en Turquie https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/ligne-rouge-franchie-en-turquie/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58053 Contestations historiques face au virage autoritaire d’Erdoğan.

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Depuis le 19 mars, la Turquie est le théâtre d’une profonde crise politique ; l’arrestation d’Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et figure majeure de l’opposition, en est l’élément déclencheur. D’importantes manifestations se déroulent chaque jour depuis, pour dénoncer le coup déloyal du président Recep Tayyip Erdoğan en perspective des élections présidentielles de 2028. Plus qu’un simple épisode judiciaire, cet événement marque un tournant inquiétant dans la trajectoire politique du pays.

Une autocratie assumée

Ekrem İmamoğlu, membre du Parti républicain du peuple (CHP), s’est imposé en 2019 comme l’adversaire politique principal d’Erdoğan en remportant la mairie d’Istanbul, bastion symbolique et stratégique du pouvoir. Il représentait aux yeux de nombreux Turcs un espoir de renouveau démocratique. Son arrestation pour corruption et liens supposés avec une organisation terroriste a été dénoncée par ses adhérents et par la France, entre autres, comme une manœuvre politique visant à l’écarter de la course présidentielle de 2028.

2028 marque la fin du second et dernier mandat autorisé pour Recep Tayyip Erdoğan. Toutefois, beaucoup redoutent une manœuvre constitutionnelle de sa part pour prolonger son règne. Un potentiel scénario semblable à celui de Vladimir Poutine en Russie, combiné à une répression croissante, alimente les inquiétudes, tant au niveau national qu’international. Cette arrestation marque le franchissement d’une ligne rouge vers la voie de l’autocratie, dans un pays déjà classé 117e sur 167 dans l’indice de démocratie 2024 établi par The Economist. Alors que Erdoğan parvient à concentrer de plus en plus de pouvoir entre ses mains, que la presse indépendante est progressivement censurée et que le judiciaire est accusé de partialité, la Turquie semble prendre un tournant autocratique, brisant tout espoir de démocratie pour les prochaines années sous Erdoğan.

Les rues turques en ébullition

Depuis l’arrestation d’Ekrem İmamoğlu, la Turquie est en proie à une mobilisation populaire d’une ampleur inédite. Le 29 mars, près de 2,2 millions de personnes se sont réunies dans le parc de Maltepe à Istanbul, selon les organistateurs. Ce rassemblement, autorisé au dernier moment, a transformé la rive asiatique de la ville en un immense océan rouge et blanc, aux couleurs du drapeau national. Sur scène, Özgür Özel, président du CHP, a dénoncé ce qu’il qualifie de « coup d’État du régime » et promis de poursuivre la « marche vers le pouvoir ».

La foule, composée de tous les bords de l’opposition, de militants de gauche, d’étudiants, de mouvements féministes ou ultranationalistes, semblait unie par une même conviction : défendre les libertés démocratiques.

« La jeunesse manifeste parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Nos conditions de vie sont pires que celles de nos parents »
Ece, étudiante à McGill

À la suite de cette mobilisation, de larges répressions ont été instaurées : plus de 2 000 personnes ont été arrêtées depuis le début des événements, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Alors que les chaînes de télévision et les journaux proches du pouvoir contrôlent près de 90% du paysage médiatique turc, l’autorité de surveillance des médias RTÜK a imposé de nouvelles sanctions à des diffuseurs de l’opposition. Les chaînes NOW TV, Halk TV et TELE1 ont reçu des amendes, tandis que Sözcü TV s’est vue interdite d’antenne pour les 10 prochains jours. Des ONG dénoncent un usage excessif de la force. Les journalistes sont également pris pour cibles ; 12 d’entre eux ont été arrêtés à ce jour. Malgré la répression et la censure, le mouvement ne faiblit pas. Selon un sondage de l’institut Konda, 73% des Turcs soutiennent les manifestations, y compris au sein de l’électorat traditionnel d’Erdoğan.

La voix de la diaspora : la jeunesse turque à McGill

À des milliers de kilomètres d’Istanbul, la jeunesse turque installée à Montréal suit de près les événements. Pour un étudiant turc de McGill, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité, « ce qui se passe est une attaque contre la démocratie et contre notre pays (tdlr) ». Selon lui, l’arrestation d’İmamoğlu « rapproche la Turquie d’une dictature, et, malheureusement, on n’en est pas si loin ». İmamoğlu, dit-il, « représente l’honnêteté et la justice ». Il estime que les manifestants « devraient avoir le droit de protéger leurs droits et leur pays contre un gouvernement tyrannique ». Quant au soutien persistant pour Erdoğan par certains Turcs, il l’explique par « de l’ignorance ou de l’égoïsme ». Il confie également ressentir de l’inconfort et de l’anxiété à exprimer ses idées, surtout en ligne : « J’ai vu des journalistes et d’autres opposants être arrêtés. »

Il conclut : « En fin de compte, ce sont eux qui se font frapper et asperger de gaz lacrymogène. Notre inconfort n’est rien comparé au leur. » Ece, également étudiante à McGill, perçoit ces événements « d’une manière positive ». Pour elle, cette mobilisation révèle un changement de mentalité : « Les gens laissaient passer les abus, mais cette fois, ils réagissent. » Elle souligne l’importance symbolique d’İmamoğlu, capable de rassembler des appuis « provenant d’horizons politiques très différents », dans un pays profondément divisé. « Il utilise un langage inclusif, et je pense qu’on a besoin de ça. » Même si elle dit avoir perdu espoir dans la culture de la protestation après la répression du mouvement de Gezi en 2013, elle affirme que la situation actuelle est différente : « La jeunesse manifeste parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Nos conditions de vie sont pires que celles de nos parents. » Des membres de sa famille participent aux marches ; des amis à elle ont été arrêtés ou blessés. À Montréal, elle manifeste chaque samedi, le visage couvert : « Ils arrêtent des gens juste pour avoir tenu un drapeau. Alors, on est prudents. »

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Un son n’est pas un mot https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/un-son-nest-pas-un-mot/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58050 S’il y a bien un terme à la mode ces dernières années, c’est « polarisation ». Il fait son apparition dans les articles de journaux, au sein de l’Assemblée nationale, sur nos campus universitaires et parfois même autour de la table familiale. Son utilisation est loin d’être déraisonnable : en effet, les tensions qui habitent… Lire la suite »Un son n’est pas un mot

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S’il y a bien un terme à la mode ces dernières années, c’est « polarisation ». Il fait son apparition dans les articles de journaux, au sein de l’Assemblée nationale, sur nos campus universitaires et parfois même autour de la table familiale. Son utilisation est loin d’être déraisonnable : en effet, les tensions qui habitent les débats dans l’espace public sont telles qu’il semble parfois impossible d’éviter d’être poussé vers un pôle ou l’autre. Il est devenu aberrant et incongru de ne pas avoir de parti pris. Être désolé pour la guerre, où qu’elle soit, n’est plus suffisant : il faut absolument choisir son camp et le défendre farouchement. « Et toi, pour qui es-tu dans la guerre? » Être en désaccord avec une politique, quoi qu’elle vise, ne peut pas se conjuguer sans une attaque personnelle au parti qui en fait la promotion. « Si le gouvernement coupe l’immigration, c’est parce qu’il est xénophobe. »

Le phénomène de polarisation n’est pas entièrement méprisable ou sordide pour autant. Lorsque les dirigeants nous inspirent davantage la méfiance que la confiance, qu’on entend des déclarations qui s’attaquent à notre identité, ou qu’on est les témoins quotidiens d’images atroces de crimes de guerre, comment ne pas réagir viscéralement? Se lever, dénoncer ces injustices, faire connaître à ceux qui souffrent mon soutien : lever ma voix… n’est-ce pas la seule réaction à avoir?

Inconditionnellement, rester silencieux dans une telle situation, c’est laisser l’autre s’exprimer au détriment de mes idées. Pourtant, si lutter contre les injustices n’est pas controversé, mais bien souhaitable, il demeure essentiel d’en définir la méthode : « parler fort », ce n’est pas « dire vrai ». La polarisation oublie ce précepte. Certains associent, à tort, la force de leur voix à la pertinence de leurs propos. Être polarisé, c’est vouloir faire entendre ses hurlements idéologiques pour enterrer la raison du débat en collectivité. Trop souvent, on oublie que parler trop fort nous empêche d’écouter.

La polarisation est tout le contraire du dialogue. Elle ordonne : « Écoute-moi! », plutôt que d’accueillir, « Je t’écoute ». Elle renferme, « Tu es ceci », plutôt que de s’ouvrir, « Qui es-tu? ». Elle tente de convaincre, « Tu devrais », plutôt que de comprendre, « Que devrais-je? ». Si la polarisation est si attrayante, et le dialogue si difficile, c’est bien pour l’humilité que ce dernier demande. Il demande de reconnaître que je ne suis pas le seul à souffrir d’injustices, que je peux moi aussi être un oppresseur pour autrui, et que ceux à qui je m’adresse ont droit à la même dignité humaine que moi, peu importe leurs idées. Le dialogue est pourtant peut-être le seul moyen de lutter contre cette polarisation.

Parlons ici d’un vrai dialogue, et non pas d’une querelle ou d’une dispute. D’un dialogue où j’accepte d’être silencieux, de laisser l’autre s’exprimer en retenant mes rétorques, pour l’écouter dans l’espoir que lui soit silencieux et m’écoute à son tour. D’un dialogue où l’écoute ne se fait non pas en ruminant mes idées dans l’attente de mon tour de parler, mais bien dans une tentative authentique de compréhension de ce qui m’est communiqué. Non, écouter un argument opposé, ce n’est pas trahir ses idées. Et oui, participer honnêtement au dialogue est difficile. Intérieurement, un grand effort est nécessaire alors que toutes sortes d’émotions sont suscitées et ne demandent qu’à nous voir agir en leur nom. Si ces émotions sont bien souvent justifiées et ne doivent pas être négligées, agir impulsivement en raison de ce bouillonnement interne est souvent une entrave au dialogue.

Parlons ici aussi d’un dialogue avec notre interlocuteur dans sa personne, et non pas celui qu’on vit par le biais des commentateurs politiques. Ne substituons pas celui devant nous avec l’image qui nous est faite de lui par ce que nous consommons dans les médias. Au contraire, écoutons-le malgré ces images et substituons-les par celle de notre interlocuteur.

Dans ce climat de polarisation croissante, l’éducation supérieure peut être une solution. Elle peut nous fournir une manière d’avancer, et de se constituer avec humilité une opinion consciente sur les enjeux de société. Elle nous apprend à raisonner en nous basant sur des faits, à nuancer nos propos, et à défier les prémisses et principes mêmes de nos champs d’études. Elle nous pousse à creuser en profondeur les sources de problèmes, qui sont souvent bien plus complexes qu’elles n’en ont l’air. Elle nous expose à des théories et des idées parfois différentes des nôtres. Combien sommes-nous à avoir commencé McGill avec une certaine conception de notre champ d’études, pour en sortir avec une conception radicalement différente? L’université est, et se doit de rester un espace où les idées peuvent circuler et entrer en dialogue. Si nous-mêmes, membres de l’université, sommes polarisés au sein de cet espace, comment pouvons-nous espérer trouver autre chose ailleurs?

La polarisation est parmi nous. Elle nous affecte tous. Maintenant, face à ce constat : que devons-nous faire? Que pouvons-nous faire? Une première étape dans le processus de guérison social semble s’imposer à nous : avoir l’humilité de se poser les question « Suis-je de ceux qui contribuent à cette polarisation? » et « Qu’ai-je à perdre d’être plus à l’écoute? ».

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À la petite fille que j’étais https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/a-la-petite-fille-que-jetais/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58033 Et à la femme que je deviens.

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Ê tre une fille, c’est souvent apprendre à se surveiller. À être jolie mais pas trop, brillante mais pas arrogante, gentille mais pas soumise. Être rayonnante sans être fake, être forte sans être envahissante. Être intelligente, mais en n’osant jamais faire d’ombre aux hommes qui nous entourent. Occuper la place qui nous est réservée sans jamais trop sortir du moule.

Être une fille n’a jamais été simple. Au 19e siècle, on attendait des femmes qu’elles soient silencieuses et décoratives, confinées à la sphère domestique et réduites au statut de simples accessoires. Au 20e, elles ont acquis des droits, mais pas sans devoir se révolter. On leur a demandé de travailler sans déranger, de s’émanciper sans trop ébranler le statu quo, de devenir modernes tout en demeurant modestes. Aujourd’hui, la femme — et la fille qui l’a précédée — jongle avec cette myriade d’injonctions contradictoires, mais tellement normalisées : être ambitieuse mais douce, indépendante mais désirable aux yeux des hommes, affirmée mais jamais trop bruyante, jamais trop dérangeante.

Ce texte se veut un rappel, à moi et à toutes les filles de ce monde. Un rappel qu’on a le droit de vivre pleinement, sans permission. Que le regard des autres ne devrait en rien influencer notre trajectoire, qu’elle est valide quelle qu’elle soit, que l’indulgence est le secret d’une relation saine avec soi-même.

Girlhood : grandir fille

À l’école primaire, j’étais en tout point ce qu’on attendait d’une jeune fille. Relativement performante à l’école, avide de lecture, attirée par les arts plastiques. J’étais douce, calme, je ne faisais jamais trop de bruit. J’étais celle qui faisait tout comme il faut, celle qui plaisait aux adultes. Mais en vieillissant, quelque chose a changé. J’ai pris de l’assurance. J’ai commencé à parler plus fort, à défendre mes idées, à dire non. J’ai occupé un peu plus d’espace, sans m’excuser. Et ça, ça n’a pas toujours plu.

On nous apprend à être sage, pas à être libre. À être aimables, pas affirmées. Très tôt, on intègre — pas par choix, mais par une sorte de mimétisme des femmes qui nous ont élevées — l’idée qu’il faut se faire petite pour être acceptée, pour plaire. Qu’il faut mériter l’amour, l’attention, l’écoute. Qu’il ne faut surtout pas déranger. Alors, chaque fois que je m’autorise à vivre un peu plus pleinement — sortir, danser, dire ce que je pense — une petite voix me demande si je ne vais pas trop loin. Être une fille, c’est souvent avoir peur d’être trop. Trop bruyante, trop visible, trop vivante. Et paradoxalement, pas assez : pas assez mince, pas assez jolie, pas assez douce, pas assez parfaite.

Chaque petite chose que je fais pour moi, pour ma propre jouissance, vient avec un prix : culpabilité, justification, jugement. Comme s’il fallait mériter la joie. Comme si vivre librement, c’était déjà transgresser quelque chose. Être une fille, c’est souvent être sa première ennemie. Mais j’apprends, doucement, à devenir ma meilleure alliée.

Vivre comme des filles

Hier, on m’a tirée au tarot. La scène illustrait parfaitement les meilleurs aspects du girlhood : un groupe de copines assises au sol après une longue soirée à danser, à chanter. Il devait être quatre heures du matin quand une amie a sorti ses cartes et m’a demandé de réfléchir à ce que je voulais vraiment. Instinctivement, avec tous les questionnements qui me hantent à l’aube de ma graduation, c’est d’être acceptée par mon entourage qui m’est immédiatement venu à l’esprit.

Pourquoi toujours vouloir plaire? Vais-je toujours me soucier du regard des autres? Et si mes amies me disent souvent envier ma confiance, à quel point d’autres peuvent-elles sentir les yeux constamment rivés sur elles?

On en a parlé longuement avec ces copines, et la conclusion à laquelle nous sommes parvenues est que c’est un sentiment quasi universel, et ce, encore plus chez les filles. Cette conversation faisait écho aux idées d’une professeure qui nous parlait des pressions sociétales ressenties par les femmes partout à travers le monde : d’être de bonnes mères tout en contribuant à l’économie nationale via l’intégration professionnelle des femmes. Elle comparait ces pressions au panoptique décrit par Michel Foucault dans Surveiller et punir ; l’idée d’une société disciplinaire et contrôlante.

Se faire plaisir et dire oui

Ces derniers temps, je pense souvent aux petits plaisirs. Ceux qu’on minimise, qu’on croit anodins, presque superficiels ou dispensables. Une soirée improvisée entre copines. Un café en terrasse quand il fait juste assez doux. Complimenter quelqu’un dans le métro. Être une fille, bien que la société nous indique le contraire, c’est aussi se faire plaisir, traiter ces moments qui peuvent sembler superflus comme des choses précieuses. Parce qu’à quelque part c’est ça, la vraie résistance : se faire plaisir.

La vie est courte, mais surtout, elle est imprévisible. Et, dans un monde qui pousse les jeunes filles à la performance constante, au contrôle de soi et au dépassement, ralentir, savourer et dire oui à ce qui nous fait du bien devient un acte presque radical, une forme de défiance de l’ordre établi. S’autoriser ces petits plaisirs, ce n’est pas être égoïste, c’est être vivante, c’est se permettre de vivre sans entraves ou inhibitions.

Et ça, ça commence souvent par l’entourage. Par les gens qu’on choisit d’aimer, avec qui on se sent pleinement soi. Ceux — et souvent celles — qui nous célèbrent sans nous comparer, qui nous applaudissent quand on ose, qui nous accueillent et nous tiennent la main quand on en a besoin. Ce sont ces personnes qui comptent vraiment, parce que ce sont celles-ci qui ne nous jugeront jamais, qui nous aideront à bâtir la vie dont on rêve.

« Et, dans un monde qui pousse les jeunes filles à la performance constante, au contrôle de soi et au dépassement, ralentir, savourer et dire oui à ce qui nous fait du bien devient un acte presque radical, une forme de défiance de l’ordre établi »

Pour mes amies, j’essaie d’être celle qui dit toujours oui. Qui dit « vas‑y ». Qui dit « t’as le droit, c’est important ». Celle qui applaudit, qui admire : on m’a déjà dit que j’étais la plus grande fan de mes amies, et cette idée résonne encore aujourd’hui en moi. Le regard extérieur a la tendance pernicieuse de dresser une compétition malsaine et factice entre les filles, alors qu’entre nous, on devrait cesser de se comparer et enfin s’autoriser à vivre notre vie.

Et après?

Il n’y a pas de conclusion parfaite à ce genre de texte. Pas de leçon toute faite, pas de mode d’emploi préétabli pour se libérer du regard des autres. Seulement une main tendue. Un rappel qu’être fille, c’est quelque chose de beau. Quelque chose qui devrait être célébré. Et que sortir du moule, c’est ce qui fait de chacune de nous celle que nous sommes. Sois douce avec toi. Sois ta meilleure amie. Sois honnête, mais indulgente avec celles qui t’entourent. Danse un peu plus longtemps. Ris fort. Pleure sans gêne. Dis oui à ce qui te fait réellement envie, et non à ce que les autres attendent de toi. Parce que la vie est trop courte pour se priver de vivre au maximum, et que, en tant que fille, tout est à portée de main.

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Aux urnes : élections fédérales 2025 https://www.delitfrancais.com/2025/04/02/aux-urnes-elections-federales-2025/ Wed, 02 Apr 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=58021 Un aperçu des chefs et des plateformes des principaux partis.

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L e 28 avril prochain, les Canadiens se rendront aux urnes pour élire leur 45e gouvernement fédéral. Cette élection fait suite à la dissolution du Parlement, annoncée le 23 mars par la gouverneure générale Mary Simon, à la demande du premier ministre Mark Carney. Depuis quelques semaines, la campagne électorale bat son plein : sur les réseaux sociaux et dans la rue, les partis politiques s’activent pour rallier le plus grand nombre d’électeurs à leur cause. Pour de nombreux étudiants de l’Université McGill, l’élection d’avril est une première occasion de participer au processus démocratique fédéral. Afin de vous accompagner dans votre réflexion et vous permettre de faire un choix éclairé, Le Délit propose un guide des plateformes des cinq principaux partis politiques en lice.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois (BQ)

Yves-François Blanchet est à la tête du Bloc québécois depuis 2019. Avant de faire le saut en politique fédérale, il a longtemps évolué sur la scène provinciale au sein du Parti Québécois, où il a notamment occupé le poste de ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs. Originaire de Drummondville, il représente la circonscription de Belœil-Chambly. Le Bloc québécois occupe une place particulière dans le paysage politique canadien, étant exclusivement implanté au Québec. Son objectif ultime demeure l’indépendance du Québec, mais il se veut aussi un porte-parole des Québécois à Ottawa, intervenant sur les dossiers qui touchent directement la province. Depuis son arrivée à la tête du parti, Blanchet martèle un message clair : « Si c’est bon pour le Québec, on va être pour, et si ce n’est pas bon, on va être contre. » À l’approche des élections de 2025, il mise sur cette même stratégie en appelant les Québécois à lui donner un mandat fort afin de mieux défendre leurs intérêts face au gouvernement fédéral.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti Démocratique (NPD)

Jagmeet Singh, avocat de formation, cumule désormais 12 années de présence sur la colline du Parlement en tant que député du Nouveau Parti démocratique (NPD) et sept ans à la tête du parti. Il est le premier chef permanent d’un grand parti fédéral à être issu d’une minorité visible ; Singh est sikh et porte le kirpan. Sur le plan idéologique, le NPD se revendique comme un parti progressiste et social-démocrate. Singh se positionne comme un fervent défenseur des familles de la classe moyenne et des travailleurs. Parmi ses principales priorités figurent l’augmentation des investissements dans les services publics, en particulier la santé et l’éducation, ainsi que la mise en place d’un programme national d’assurance-médicaments et de soins dentaires. Il plaide également en faveur d’une transition écologique, misant sur les énergies renouvelables et la réduction des subventions accordées aux industries polluantes. Alors que les élections approchent, Singh cherche à convaincre les électeurs que son parti représente une alternative viable aux libéraux et aux conservateurs, en promettant un gouvernement qui place les citoyens ordinaires au cœur de ses priorités.

Stu Doré | Le Délit

Mark Carney, chef du Parti Libéral du Canada (PLC)

Mark Carney est le premier ministre sortant du Canada. Avant de succéder à Justin Trudeau le 9 mars 2025, il n’avait pas d’expérience en politique : s’il remporte la circonscription de Nepean, en Ontario, lors des prochaines élections, ce sera sa première victoire électorale officielle. Issu du milieu financier, Carney a bâti une carrière en tant que gouverneur de la Banque du Canada (2008–2013), où il a participé à la gestion de la crise financière mondiale. Il a ensuite dirigé la Banque d’Angleterre (2013–2020), devenant ainsi le premier étranger à occuper ce poste. Son expertise économique l’a également conduit à conseiller Justin Trudeau pendant la pandémie. À la tête du Parti libéral, Carney incarne une rupture avec la politique plus progressiste de Trudeau, adoptant une approche plus centriste, voire pragmatique, en matière d’économie. Dès son premier jour en fonction, il a aboli la taxe carbone et prévoit également d’éliminer la taxe sur les produits et services (TPS) sur l’achat de propriétés de plus d’un million de dollars. S’il est réélu, il compte faire de l’équilibre budgétaire sa priorité. À l’approche des élections, Carney cherche à convaincre les électeurs que son expérience en gestion économique et en gestion de crise fait de lui le premier ministre idéal pour assurer la stabilité du Canada dans un contexte mondial incertain.

Stu Doré | Le Délit

Pierre Poilievre, chef du Parti Conservateur du Canada (PCC)

Pierre Poilievre évolue dans le paysage politique canadien depuis 2004, année où il est élu député à la Chambre des communes pour la circonscription de Carleton, en Ontario. Reconnu pour son style percutant et parfois conflictuel, il s’est rapidement imposé comme une figure influente du Parti conservateur du Canada. En 2022, il accède à la tête du parti, devenant ainsi chef de l’opposition officielle. Sur le plan idéologique, Poilievre se positionne comme un fervent défenseur du conservatisme économique, plaidant pour une réduction des impôts et une approche axée sur la liberté individuelle. Le Parti conservateur, sous sa direction, met de l’avant l’accessibilité au logement, le redressement des finances publiques et la lutte contre la criminalité. Ses slogans, dont « Couper les taxes et impôts », « Bâtir des logements », « Réparer le budget » et « Stopper les crimes [sic] », incarnent sa vision d’un Canada plus prospère et sécuritaire. À travers ses prises de position tranchées, il cherche à séduire une base électorale préoccupée par le coût de la vie, la bureaucratie et la sécurité au Canada.

Stu Doré | Le Délit

Jonathan Pedneault et Elizabeth May, cochefs du Parti Vert du Canada (PVC)

Le Parti vert du Canada est actuellement dirigé par deux cochefs, Elizabeth May et Jonathan Pedneault. Si le parti remportait une majorité à la fin du mois, ce serait Pedneault qui deviendrait premier ministre. Ancien journaliste, il a couvert des conflits dans plusieurs pays d’Afrique avant de rejoindre Amnistie internationale. Il s’est lancé en politique en 2022 et a été élu cochef du Parti vert en 2025 aux côtés de May. La plateforme du Parti vert repose avant tout sur la protection de l’environnement, avec des engagements forts, tels que la responsabilisation des grands pollueurs et la suppression des subventions aux compagnies pétrolières et gazières. Le parti adopte également une position progressiste sur les enjeux sociaux, prônant une meilleure accessibilité aux services de santé et la protection des droits des minorités. À l’approche des élections, Pedneault tente de convaincre les électeurs que le Parti vert est prêt à gouverner en proposant une vision axée sur la justice climatique et sociale.

Stu Doré | Le Délit

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Le brutalisme : appréciable ou détestable? https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/le-brutalisme-appreciable-ou-detestable-2/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57951 Critique du film The Brutalist de Brady Corbet.

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Le 2 mars dernier, le film The Brutalist (Le brutaliste) du réalisateur Brady Corbet a remporté trois Oscars : meilleur acteur pour Adrien Brody, meilleure musique de film ainsi que meilleure photographie. Avec ses 3 heures 45 minutes, entre le scandale d’intelligence artificielle et son choix audacieux d’un tournage en 70 mm, The Brutalist a su provoquer la discussion à Hollywood et marquer les esprits – ainsi que la saison des Oscars.

Renouveau à Hollywood

L’œuvre de Brady Corbet s’empare d’un sujet déjà largement traité à Hollywood, abordant le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et les migrations forcées qui ont suivi. Bien que The Brutalist n’innove pas en matière de récit, il apporte un angle inédit avec le thème du rêve américain. Le film raconte l’histoire de László Tóth, incarné par Adrien Brody, un architecte renommé d’origine juive hongroise, qui immigre à New York après la Seconde Guerre mondiale. Il travaille dans un premier temps dans un magasin de meubles, puis dans les mines de charbon, avant de refaire son prestige dans l’architecture en adoptant le style brutaliste des années 1950. L’œuvre est divisée en deux parties, chacune correspondant à une tranche d’années. La première (1947- 1952) offre un aperçu réel et brut de la réalité des immigrants des années 40 : de New York à Philadelphie, les tensions familiales, les banques alimentaires et la dépendance à l’héroïne sont tous des thèmes qui offrent un aperçu cru et sombre des réalités du « rêve américain ».

La deuxième partie (1953–1958) suit László Tóth dans son nouveau projet architectural : l’Institut Van Buren, financé par le riche homme d’affaires Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce). Ce dernier souhaite construire un centre communautaire à l’architecture grandiose en Pennsylvanie, en l’honneur de sa mère. Au fil des années, les retrouvailles familiales, les tensions professionnelles entre László et Harrison Lee, ainsi que les traumatismes passés se croisent et s’entrelacent. Cette deuxième partie met en lumière l’exceptionnelle performance d’Adrien Brody, qui incarne un homme déchiré entre ses ambitions de grandeur et son identité d’immigrant, un conflit qui entrave son intégration dans la société américaine. Entre les retrouvailles familiales, les difficultés liées à l’identité et les luttes personnelles, tant physiques qu’émotionnelles, les traumatismes et le désir de renouveau se mêlent et se confrontent tout au long de l’histoire.

D’entrée de jeu, la qualité cinématographique de The Brutalist est évidente. L’oeuvre a été filmée avec une caméra 70 mm, un choix que le directeur Brady Corbet justifie : « La meilleure façon d’accéder [aux années 1950] était de filmer quelque chose qui avait été conçu dans la même décennie (tdlr) ». Cette décision artistique s’avère un franc succès. Dès le premier plan, l’immersion est parfaite : le protagoniste est dans un train, en route vers ce que l’on croit être un camp de concentration. Mais dès l’ouverture des portes, un plan sublime révèle la Statue de la Liberté, symbole d’espoir pour les immigrants. Grâce au format 70 mm, nous sommes instantanément projetés dans l’atmosphère des années 50. Tout au long de l’œuvre, les plans statiques (mines de charbon, chantiers de construction, carrières de Carrare en Italie, maisons grandiose de Pennsylvanie, ou encore plans d’architecture illuminés) se dotent d’une dimension sublime grâce au style de caméra et au travail du cinématographe Lol Crawley. Composée par le compositeur Daniel Blumberg, la bande originale de The Brutalist est aussi une partie clé de sa réussite. Les 10 premières minutes du film sont accompagnées d’une musique ininterrompue, qui établit l’atmosphère pour le reste de l’œuvre.

Un prix mérité ?

Les qualités esthétiques du film ne l’ont pourtant pas exemptées de scandale. En effet, en janvier dernier, l’éditeur de The Brutalist Dávid Jancsó a révélé que les voix d’Adrien Brody (László) et de Felicity Jones (Erzsébet) avaient été modifiées avec l’intelligence artificielle afin de peaufiner l’accent hongrois dans quelques scènes. Si certains ont critiqué cet usage, arguant qu’il diminue le talent du jeu d’acteur, d’autres y ont simplement vu une campagne de diffamation avant la saison des Oscars. Bien que cela n’altère en rien le travail des acteurs ni la beauté du film, nombreux sont ceux qui sont restés perplexes lorsque Adrien Brody a remporté l’Oscar du meilleur acteur, considérant que d’autres nominés, dont la performance n’avait pas été enrichie par l’intelligence artificielle, l’auraient davantage mérité.

Ce film comporte des scènes de violence sexuelle.

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Aux portes de la Franche-Comté https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/aux-portes-de-la-franche-comte/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57946 Critique de Vingt Dieux.

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Comté, comté et comté. Oui, Vingt Dieux, le premier long métrage de la réalisatrice Louise Courvoisier, est un film qui trace les escapades d’un jeune adulte délinquant, Totone, incarné par Clément Faveau (son premier rôle à l’écran). Laissé à lui-même, contraint de s’occuper de sa petite sœur sans travail fixe, il picole et commet des tas de bêtises. Finalement, ne serait-ce pas un film qu’on a déjà vu mille fois, démontrant ce passage à l’âge adulte rugueux rempli d’incertitude et de quête de soi? Pas si vite. Il y a aussi du fromage et l’accent jurassien.

Pour son premier long métrage, Louise Courvoisier a choisi la région où elle a grandi, la Franche-Comté, située à l’Est de la France. Le paysage y est pittoresque, vallonné, brumeux et c’est là qu’on trouve l’essentiel de la production du fromage comté. Dans cette campagne auprès des vaches, elle réussit à évoquer cet air frais jusqu’aux salles de cinéma calfeutrées.

Pour les comédien·ne·s, le lieu est aussi familier. Le film repose sur un « casting sauvage », c’est-à-dire que la réalisatrice elle-même a parcouru la région à la recherche de ses acteur·rice·s. Nous sommes donc très loin des divas et des studios hollywoodiens. Les jeunes ne trichent pas sur leur âge et les vaches sont bel et bien laitières. Dans cette distribution, on ne trouve pas d’acteur·rice·s de formation, mais plutôt des agriculteur·rice·s de métier : notre personnage principal, Clément Faveau, est issu de l’industrie volaillère.

« Dans cette campagne auprès des vaches, elle [Louise Courvoisier] réussit à évoquer cet air frais jusqu’aux salles de cinéma calfeutrées »

À l’arrivée, une authenticité notable transpire de ce film. Prenons Maïwène Barthélémy, dans le rôle de l’agricultrice Marie-Lise, qui fait son entrée dans la vie de Totone, lui fournissant le lait nécessaire à la production du fromage. Parmi ses vaches, elle est très à l’aise. Devant la caméra, idem. À la fois bourrue et sensible, elle est d’un naturel convaincant dans son premier rôle au cinéma. D’ailleurs, elle poursuivait un brevet de technicien supérieur (BTS) en production animale dans un lycée agricole au moment du casting. Bien qu’inexpérimentée, une distinction de taille lui est attribuée : le 28 février, elle est récompensée avec le César de la meilleure révélation féminine. D’un tapis en foin jusqu’au tapis rouge.

Parfois, le réalisme est tel qu’on se demande si on ne serait pas face à un documentaire. Les fêtes de village, les ateliers fromagers, et les caves d’affinages ne ressemblent pas à des décors de tournage, mais à des lieux de vie et de travail. De plus, on en apprend énormément sur la manufacture du comté : l’ingrédient clé pour la coagulation du lait cru (la présure), le temps de maturation d’un Comté d’appellation d’origine protégée (AOP) (il faut de la patience), et surtout comment arriver à transporter une roue entière de comté sur une petite mobylette (le jugement bien naïf de Totone !).

Si le thème des jeunes qui grandissent à la campagne a déjà été exploité souvent au cinéma, Louise Courvoisier réussit néanmoins à y apporter sa propre empreinte. Vingt Dieux dévoile les difficultés – parfois clichées – de la vie rurale, en ne s’appuyant toutefois pas trop sur une vision sombre. Cela reste un film d’aventure doux, amusant et sensuel. Si vous cherchez un film pour accueillir les beaux jours de printemps, Vingt Dieux est un film rafraîchissant qui vaut le détour. Retrouvez-le en salle au Cinéma Beaubien et à la Cinémathèque québécoise.

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Manie ou TOC? https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/manie-ou-toc/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57941 Comprendre les troubles obsessionnels compulsifs pour moins les subir.

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La vie d’un étudiant est loin d’être de tout repos. Les sources d’anxiété sont aussi nombreuses que les tâches à accomplir et chacun adopte ses propres stratégies pour y faire face. Si certains préfèrent la méditation et le yoga, d’autres se rassurent grâce à leur routine et à certaines manies. Néanmoins, il arrive que nos habitudes deviennent envahissantes, au point d’être chronophages et d’alourdir notre charge mentale plutôt que la soulager. Vérifier une dizaine de fois que son réveil est bien programmé, s’assurer une fois, puis trois fois, que le four est bien éteint… À partir de quel moment peut-on parler de troubles obsessionnels compulsifs (TOC)?

Catherine Courtois-Ouellet, psychologue spécialisée en TOC à l’Institut Allan Memorial du Centre Universitaire de Santé de McGill (CUSM) démystifie ce problème de santé mentale et explique en quoi il se différencie d’une simple manie.

Obsessions et compulsions

Selon la psychologue, les TOCs se manifestent par la présence d’obsessions ou de compulsions, même si en général les deux vont de pair. Les obsessions sont « des pensées intrusives qui surviennent à notre esprit alors qu’on ne souhaite pas les avoir » et se traduisent souvent en doutes. Elle donne un exemple : « Est-ce que j’ai touché quelque chose qui était contaminé? ». Ces obsessions peuvent aussi se présenter sous la forme « d’images récurrentes et intrusives » qui s’imposent à l’esprit.

Les compulsions sont « des comportements répétitifs qui visent à évincer les obsessions et réduire la détresse qu’elles provoquent ». Elles agissent ainsi comme mécanisme de protection : « Par exemple, on peut se laver les mains à répétition pour s’assurer de ne pas être contaminé ou de ne pas contaminer les autres. » Ces compulsions ne sont pas toujours visibles. Elles peuvent également se faire mentalement, comme lorsqu’une personne « répète une série de chiffres pour empêcher qu’un malheur ne survienne aux gens qu’elle aime » ou lorsque l’« on se remémore le déroulement des évènements de la journée pour s’assurer que tout est sans risque ». Contrairement aux manies, à savoir des habitudes anodines, les TOCs peuvent avoir des répercussions graves sur ceux qui en souffrent. Si beaucoup trouvent du réconfort dans des rituels sans grande incidence sur leur quotidien, sommes-nous tous susceptibles de développer des TOCs aux conséquences plus néfastes?

Un problème de croyance

La psychologue explique que les symptômes du TOC se présentent sur un spectre et présentent différents degrés de sévérité. La pensée superstitieuse peut ainsi être une tendance moins sévère de TOC. Plus le TOC prend de la place dans notre vie, plus il est sérieux. « Pour être capable de poser un diagnostic de troubles obsessionnels compulsifs, il faut que les obsessions, les compulsions, prennent au moins une heure dans la journée de la personne, créent une interférence importante dans son fonctionnement ou entraînent une détresse significative », précise la psychologue.

D’après elle, un mélange de facteurs mène à l’apparition d’un TOC, même si les causes ne sont pas encore bien connues. D’un côté, il y a un aspect génétique et neurobiologique inhérent à la personne, de l’autre, des facteurs extrinsèques peuvent exacerber une fragilité préexistante à la suite d’événements de vie angoissants : la perte d’un être cher, la transition de l’adolescence à l’âge adulte… Cela explique pourquoi l’âge typique d’apparition d’un TOC est 19 ans, au début de l’âge adulte. Étant fortement influencé par le contexte, le TOC ne relève pas d’un trouble de la personnalité, mais est plutôt associé à un problème de croyance : « la personne avec le TOC fait trop confiance à son imaginaire, à défaut de faire confiance à son bon sens et à la réalité. »

Reprendre le contrôle

Vivre avec des TOCs sévères peut devenir très contraignant au quotidien. « Peut-être que le TOC va pousser la personne à ne plus vouloir quitter son domicile, ou à s’isoler pour différentes raisons », illustre la psychologue. La personne atteinte de TOC peut même éviter la présence de certaines personnes ou situations qui sont liées à ses obsessions, de peur de causer du tort. Cela peut limiter les choix en matière d’emploi ou dans la sphère privée, ainsi que rendre plus difficile l’entrée dans une relation amoureuse. Mais alors, est-il possible d’atténuer les conséquences négatives des TOCs?

« La personne avec le TOC fait trop confiance à son imaginaire, à défaut de faire confiance à son bon sens et à la réalité »

Catherine Courtois-Ouellet, psychologue

« Les compulsions sont une illusion de contrôle parce qu’elles reflètent des comportements qui n’ont pas d’incidence réelle », observe la psychologue. Finalement, elles représentent une perte de temps et amènent le TOC à avoir le contrôle sur nous. Toutefois, il est possible de retrouver notre liberté d’action via différentes thérapies. L’une d’entre elles, nommée la thérapie d’exposition et de prévention de la réponse (EPR), consiste à s’exposer à nos peurs sans faire les compulsions. Il s’agit donc d’apprendre à tolérer les situations qui donnent naissance à nos obsessions ainsi que l’anxiété qui en découle. L’ajout de notions issues de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) à l’EPR peut enrichir cette approche en aidant la personne à développer une nouvelle relation avec ses pensées intrusives et ses émotions difficiles. Plutôt que de lutter contre les obsessions ou de chercher à réduire l’anxiété à tout prix, l’ACT encourage à reconnaître ces expériences comme passagères et à rediriger l’énergie vers des actions alignées avec ses valeurs. Une autre approche complémentaire, la thérapie cognitive comportementale basée sur les inférences (TCC‑I), se concentre sur la manière dont les obsessions émergent, en mettant l’accent sur les processus de raisonnement plutôt que sur l’anxiété. Selon cette approche, les obsessions ne proviennent pas d’une hyperactivation de l’anxiété, mais plutôt d’une confusion entre imagination et réalité. La TCC‑I aide ainsi le patient à remettre en question les inférences erronées à l’origine de ses obsessions et à reconstruire une perception des situations redoutées qui est plus juste et ancrée dans l’ici et maintenant.

Bien qu’il soit possible que le TOC ne disparaisse pas entièrement pour certains, il peut perdre de son emprise et devenir plus gérable au quotidien, jusqu’à s’apparenter davantage à une habitude intrusive ou à une fragilité plutôt qu’à une source majeure de détresse.

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L’ONU, miroir du monde : quand la culture façonne la diplomatie  https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/lonu-miroir-du-monde-quand-la-culture-faconne-la-diplomatie/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57928 Les Nations Unies à travers les yeux de la McGill Youth Advisory Delegation.

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Loin des salles de classe et au cœur du siège des Nations Unies, chaque année, la Délégation Consultative des Jeunes de l’Université McGill (McGill Youth Advisory Delegation ou MYAD) s’engage dans un travail minutieux de recherche et de plaidoyer pour que les voix des jeunes soient entendues sur la scène internationale. En tant qu’organisation bénéficiant d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) depuis 2006, la mission de l’ONG mcgilloise est claire : façonner des politiques qui reflètent les préoccupations et aspirations de notre génération.

L’année scolaire des délégués est rythmée par la rédaction de recommandations politiques centrées sur la jeunesse, destinées aux trois grandes commissions de l’ONU à New York : la Commission du développement social (CSocD) en février, la Commission de la condition de la femme (CSW) en mars et la Commission de la population et du développement (CPD) en avril. Leur engagement culmine avec la publication du Youth Policy Report, un document entièrement rédigé par les délégués de MYAD, et présenté aux missions permanentes ainsi qu’aux délégués jeunesse de l’ONU lors de leurs commissions respectives.

« Plus qu’une commission, la CSW69 a été une célébration du multiculturalisme, alors que la diversité se manifestait à travers le partage »

C’est dans ce cadre que sept étudiantes mcgilloises et moi-même avons pris la route pour New York la semaine du 10 mars 2025, pour participer à la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW69), le plus grand rassemblement mondial dédié à la promotion de l’égalité des genres. Au-delà des discours et des panels, notre présence à l’ONU fut remplie de rencontres diplomatiques stratégiques, où nous avons eu des échanges avec la mission permanente de la Roumanie, les représentants de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de UN Women, ainsi qu’avec les délégués jeunesse de la Suède et de l’Allemagne, parmi tant d’autres. Ces discussions nous ont permis de comparer nos approches respectives en matière de plaidoyer, tout en mettant en lumière une perspective essentielle : la diversité culturelle au cœur de la commission.

CSW69 : microcosme de la culture internationale

Dès notre arrivée au siège des Nations Unies, une mosaïque culturelle s’est dévoilée sous nos yeux. Les couloirs résonnaient de conversations en dizaines de langues, les habits traditionnels côtoyaient les tailleurs de bureaux, et les événements reflétaient la richesse des perspectives. Plus qu’une commission, la CSW69 a été une célébration du multiculturalisme, alors que la diversité se manifestait à travers le partage. En effet, parmi les nombreuses initiatives culturelles, le Royaume d’Arabie saoudite offrait aux participants la possibilité d’écrire leur nom en calligraphie arabe et a organisé un grand souper général d’iftar en l’honneur du ramadan, tandis que plusieurs événements interconfessionnels mettaient en lumière l’importance du dialogue entre croyance et tradition.

L’un des moments les plus marquants de notre séjour fut la cérémonie d’ouverture de la CSW69, lors de laquelle le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pris la parole pour souligner l’urgence de l’émancipation et de la liberté des femmes à travers le monde. Son discours, empreint de gravité et de détermination, fut ponctué d’un moment de légèreté lorsqu’un membre du public lui posa la question fatidique : « Quand aurons-nous enfin une femme secrétaire générale? (tdlr) » Ce à quoi il répondit, avec humour : « Je ne vais pas m’excuser de ne pas être une femme quand même. » Un éclat de rire a traversé la salle, rappelant que, même dans des discussions aussi sérieuses, l’humour peut aussi être un vecteur de connexion.

En tant que déléguées, nous nous sentions honorées de participer à la plus grande commission de l’ONU à New York. Le fait d’être témoins des stratégies déployées pour faire avancer l’égalité des genres nous a rappelé que notre rôle en tant que jeunes étudiantes est essentiel dans la construction d’un avenir plus juste. Entre traditions partagées et dialogues engagés, la CSW69 nous laisse avec la conviction que les identités culturelles ne sont pas des barrières, mais des ponts vers une compréhension commune – un aspect clé de l’idéologie onusienne.

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On écrit parce qu’on aime https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/on-ecrit-parce-quon-aime/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57925 Un poème par Ivan Gaspart.

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On écrit parce qu’on aime … écrire! Aujourd’hui, c’est ma bile qui implose, on n’écrit ni pour soi ni pour autrui, on écrit parce qu’on aime tellement toutes les choses que l’on lit que c’est uniquement le mélange de toutes ces lectures qui nous pousse à faire le choix d’écrire. Au commencement, on créa le mot et son sens. C’est là que de toutes les entrailles enivrées, on s’exclama « Que l’harmonie soit ! », et l’harmonie fut. C’est l’humain que l’on déchaîne, les mots virevoltent et toutes les âmes se révoltent, car écrire c’est tellement beau qu’on écrit pour écrire, pour l’harmonie de tous les mots. Comme cent bols de soupe font une marmite, cent mots font un passage et dans ce passage, on perd sa boussole, noyée dans la soupe ; les mots forment un corps et à ce corps il y a deux yeux, et moi, c’est dans ces deux yeux que je me perds ; c’est comme un trou béant qui avale les mots, tranche la langue, rend muet ; et pourtant dans un regard des milliers de mots sont dits, et des regards, y’en a des douzaines qu’on échange, et on aimerait tellement que le corps comprenne mais il manque le mot, et sans mot pas d’harmonie, et sans harmonie on se perd dans les choses futiles jusqu’à ce qu’un jour, on lève le regard et on regarde la Lune parce que elle, elle ne disparaît jamais, elle est toujours là pour qu’on s’y perde les soirs où on devient bleu.

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Une année de plus, mais toujours pas plus certaine https://www.delitfrancais.com/2025/03/26/une-annee-de-plus-mais-toujours-pas-plus-certaine/ Wed, 26 Mar 2025 11:00:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=57921 Choisir entre études, travail, voyage ou tout ce dont on rêve.

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Hier, je célébrais mon anniversaire. Aujourd’hui, je suis une année plus vieille, et une année plus proche de la fin. Malgré tout, je vois cette nouvelle année comme un nouveau début. Cette année marque aussi la fin d’un chapitre important, avec ma remise de diplôme qui arrive à grands pas. Bien que je tente de me rassurer et de rester optimiste face au futur, ça reste une période d’instabilité, d’incertitude, et je ne sais à quoi m’attendre des mois qui viendront.

On parle souvent de la vingtaine comme des plus belles années d’une vie, d’une ère de liberté teintée par la frivolité et la légèreté d’esprit. On en parle comme d’une période d’exploration de soi. On souligne ces soirées qui ne finissent jamais, ces départs en voyage sur un coup de tête, cette liberté intarissable. Et quelque part, il y a du vrai dans ce portrait de la vingtaine. Mais, on parle beaucoup moins souvent du vertige que cette période peut impliquer, surtout vers la fin des études. Ce moment étrange où les repères tombent un à un, où les échéances changent de nature. Ce ne sont plus des devoirs à remettre ou de la matière à apprendre par cœur, mais plutôt des candidatures à envoyer, des décisions à prendre, et des portes qui se ferment parfois avant même qu’on ait pu les pousser.

Depuis que je suis toute jeune, les différentes étapes de la vie étaient relativement balisées : l’école primaire, le secondaire, le cégep, puis l’université. On avançait tous ensemble à travers ces étapes préétablies, ce calendrier commun. Notre vie était dictée par un rythme que l’on partageait tous plus ou moins, qu’on suivait tous. Et maintenant? Il n’y a plus de sentier battu. Certains d’entre nous cesseront leurs études, certains poursuivront des études universitaires de deuxième cycle. Certains travailleront dans le champ professionnel auquel ils ont dédié leurs études. D’autres changeront complètement de milieu. Il n’y a plus de guide : nous sommes, plus que jamais, libres. Cette liberté, bien qu’elle ait une part de beauté, est profondément angoissante — du moins, pour moi.

J’ai 23 ans. Je suis jeune. C’est ce qu’on me répète souvent. Mais pourquoi, alors, ai-je l’impression d’être en retard? Pourquoi est-ce que chaque jour passé à ne pas « avancer » me semble perdu? Ce sentiment, je sais que je ne suis pas seule à le ressentir. Autour de moi, plusieurs amis vivent la même chose : une sensation d’être suspendus dans les airs, entre deux mondes, celui de la vie académique et l’autre de la vie professionnelle, à la fois pressés d’agir et paralysés par la peur de se tromper. Détenteurs de baccalauréats, nous espérons pouvoir faire ce que nous désirons, mais rien n’est si simple. Un dilemme se présente à moi et à tous ceux qui graduent : poursuivre ses études, entrer sur le marché du travail ou voyager, lâcher tout pour voir le monde? Faire une maîtrise, accepter n’importe quel emploi en attendant, prendre une année de pause, déménager loin d’ici, rester? Chaque option semble valide. Et chaque option semble risquée. Chaque option a une part de bien, mais peu importe ce qu’on choisit, des sacrifices devront être faits.

Ajoutons à mes angoisses un marché du travail extrêmement compétitif qui n’aide en rien.

Trouver un emploi à Montréal en ce moment, ce n’est pas une mince affaire. Même avec un baccalauréat en main, même en étant bilingue, même en ayant fait tout ce qu’il fallait. Les stages, le bénévolat, les jobs étudiants. On m’avait dit que ça paierait. Pourtant, tous les emplois qui semblent intéressants exigent souvent plusieurs années d’expérience ou des qualifications qu’aucun jeune diplômé ne peut espérer avoir. Comment peut-on commencer au bas de l’échelle si ce bas est lui-même inatteignable? Comment puis-je prouver que j’en vaux la peine?

« Autour de moi, plusieurs amis vivent la même chose : une sensation d’être suspendus dans les airs, entre deux mondes, celui de la vie académique et l’autre de la vie professionnelle, à la fois pressés d’agir et paralysés par la peur de se tromper »

Tout ce qu’il reste à faire, c’est se comparer. Comment peut-on l’éviter? On se compare à ceux et celles qui ont obtenu la maîtrise de leurs rêves, qui partent en Europe vivre leurs ambitions, qui démarrent un projet, qui semblent avoir trouvé leur voie. Une part de moi est heureuse pour eux, mais il est quasi impossible d’éviter de ressentir un peu de jalousie. Je tente de me convaincre que chaque parcours est unique, que ce n’est pas une course. Et surtout, que même ceux qui semblent les plus confiants ont aussi des doutes, des échecs et des questionnements.

Le plus important, à mon avis, c’est d’apprendre à normaliser l’incertitude. À se dire que c’est pas si
mal de ne pas savoir tout de suite. Qu’il est acceptable de prendre une pause, de réfléchir, de se tromper de chemin pour mieux avancer par après. Que de faire un choix maintenant ne signifie pas se condamner à jamais à cette décision. C’est mon cas actuellement, et on ne m’a pas assez souvent dit que c’était normal de se tromper, de se questionner, d’angoisser face au futur.

On a grandi dans un monde qui valorise la productivité, la performance, la rapidité. Ce que j’ai envie de dire aujourd’hui, c’est que ce qui demande le plus de courage, c’est de ralentir, de se poser les questions, de prendre le temps de se demander ce qu’on veut vraiment. J’ai eu envie moi aussi de sauter immédiatement vers la maîtrise, parce que c’était un choix qui impliquait peu de remise en question, peu de changement dans mes habitudes. Il aurait été bien plus facile pour mon esprit de continuer dans la lignée où j’évolue déjà, mais il est bien plus courageux que je me pose pour réfléchir à ce que je désire vraiment. Bien que cela puisse donner l’impression de stagner, c’est un travail qui représente largement plus pour mon futur.

Je ne sais pas exactement où je serai dans six mois. Peut-être ici, peut-être ailleurs. Peut-être à la maîtrise. Peut-être en plein changement de domaine — pas parce que je n’aime pas ce que je fais, mais parce que ça fait longtemps que je me suis demandé si j’aimais vraiment ce que je faisais. Peut-être que je serai encore à la recherche de ce qui me passionne réellement. Et honnêtement, ce n’est pas aussi dramatique qu’on nous le fait croire.

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